Ottawa tarde à aider les médias communautaires

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Environnement

Nous lui devons la vie, nos saisons, le beau surnom de Louis XIV et même les aurores polaires. Merci ô grande étoile. Laisse-nous graviter encore un peu près de toi pour profiter de ta superbe. Soleil, ce n’est pas pour le tube de Lara Fabian et ces quelques brûlures chaque été que nous ne cesserons de t’aimer.

Tu es une force de la nature, il se passe chez toi plus d’évènements violents que dans n’importe quel match de la NFL. Une boule de gaz d’hydrogène tellement dense et chaude que tu ferais fondre n’importe qui. À ton cœur, sous 15 millions de degrés, tu es capable de rapprocher et faire fusionner quatre noyaux d’hydrogène en un d’hélium plus léger.

Éditorial

Peu importe les raisons, des gens de partout au monde émigrent vers d’autres cieux : certains pour fuir, d’autres pour chercher et enfin d’autres pour trouver. Une vie meilleure, peut-être, mais certainement, une vie différente.

Le phénomène de l’immigration n’est pas nouveau. Ce qui est cependant relativement nouveau, c’est la course aux immigrants, en particulier ceux qui ont des compétences précises recherchées dans des domaines jugés prioritaires, où il y a des pénuries.

Guy Badeaux

J’ai discuté récemment avec une enseignante à la retraite au sujet du documentaire de Denise Bombardier sur la francophonie canadienne. Je vais taire son nom pour la bonne raison que son cœur s’est toujours ouvert aux bouts de chou qui ont peuplé ses classes plutôt qu’aux controverses médiatisées.

Un court passage l’a bouleversée. C’est celui où Denise au pays des Francos reprend un jeune Franco-Ontarien qui venait d’employer le verbe «supporter» dans le sens d’«appuyer». Anglicisme. Ô sacrilège! Pris en flagrant délit d’inconduite linguistique…

Cette ex-enseignante acadienne m’a fait comprendre en peu de mots que la langue parlée n’est pas qu’affaire de dictionnaire. Elle a à voir avec l’estime de soi et l’expression de sa personne.

«C’est blessant pour ce jeune, dit-elle. Aura-t-il le gout de parler français s’il se fait humilier?»

Jeanne-Mance (nom fictif) parle un français tout à fait correct. Elle est fière de sa langue et heureuse de la transmettre. À l’écouter, on perçoit son idéal, celui d’une langue parlée qui serait un cocon confortable. On y vivrait avec sa famille et ses amis dans des mots nés du cœur plutôt que copiés des grands dictionnaires. 

Faut-il toujours parler lexique en poche? Répondre oui à cette question priverait la langue française de tous ses accents et de ses couleurs locales. Impensable et inconcevable.

«Votre langue n’est pas la mienne», dit Denise Bombardier à l’intention des francophones minoritaires. Or, des années passées en France, au Québec, en Acadie, en Saskatchewan et en Ontario m’ont fait entendre bien des sons français qui ne sont pas les siens, ni les miens, ni les vôtres probablement. Mais ils sont nôtres. C’est ce qui compte. Et bien sûr, dans toutes ses «parlures», on entend des fautes.

Guy Badeaux

Quand une personnalité francophone rend l’âme au Nouveau-Brunswick, il est de mise de déclarer qu’il s’agit d’une lourde perte pour l’Acadie. Peu de gens méritent autant que l’on dise cela à propos d’eux que Robert Pichette.

Robert Pichette est décédé le 24 octobre. Il était âgé de 83 ans. Son héritage est immense. Il est l’un de ceux qui ont contribué à sortir le Nouveau-Brunswick du Moyen-Âge, où la province a été enfermée jusque dans les années 1960.

Élections fédérales

157 libéraux, 121 conservateurs, 32 bloquistes, 24 néodémocrates, 3 verts, 1 indépendante. La carte politique canadienne redessinée par les élections fédérales du 21 octobre peut laisser croire que le Canada est plus divisé que jamais :

– Le gouvernement libéral de Justin Trudeau est reconduit, mais minoritaire et quasiment absent des trois provinces des Prairies qui ont voté massivement conservateur.

– Les conservateurs ont plafonné en Ontario à cause de l’impopularité du gouvernement provincial de Doug Ford, et dans le reste du pays à cause du déficit de charisme d’Andrew Scheer et de sa campagne hors focus.

– Au cours du prochain mandat, les libéraux auront régulièrement besoin de l’appui du NPD de Jagmeet Singh, lui aussi affaibli, qui a presque tout perdu au Québec.

– Le Bloc québécois séparatiste, qu’on croyait moribond, est de retour en force, grâce à un chef dynamique et éloquent.

Le premier ministre Dennis King a rendu publiques les lettres de mandat destinées aux ministres des dix ministères qu’il a créés lors de son assermentation en mai dernier. Ces lettres de mandat énoncent de façon très explicite les priorités de chaque ministère et vont jusqu’à détailler avec lesquels de ses collègues chaque ministre devra collaborer, pour la mise en œuvre desdites priorités. Étant donné la précision de toutes ces instructions à chaque ministre, il faut considérer la possibilité que ce qui ne s’y trouve pas ait été omis intentionnellement, parce que ça ne fait pas partie des priorités.

Le français, invisible

Les grands absents qui ne sont mentionnés nulle part dans les lettres de mandats sont les services en français. Dans les instructions pourtant très précises, aucun ministre n’est invité à collaborer avec le ministre responsable des Affaires acadiennes et francophones (le premier ministre) sur des dossiers pourtant prioritaires de la collectivité de langue française, ni en éducation, ni en santé, ni dans la mise en place de nouvelles initiatives. 

Si les lettres de mandats étaient de simples énoncés vagues et généraux, il n’y aurait pas matière à s’inquiéter, mais comme les directives sont très précises, il y a de quoi s’interroger. 

Guy Badeaux

Les communautés francophones peuvent espérer que les initiatives amorcées à leur intention depuis 2015 vont continuer. Le souvenir des années Harper avait momentanément assombri leur ciel pendant la campagne électorale. La montée au pouvoir des descendants de ce gouvernement guère ouvert aux langues officielles était envisageable. Cette crainte est désormais effacée pour au moins quelques années.

Tout compte fait, la mosaïque politique de 2019 ressemble à celle de 2015; rouge plus que bleue dans l’Est du pays avec des libéraux là où les francophones sont assez nombreux pour désigner le vainqueur.

Cela dit, la teinte orange des néodémocrates va faire tache d’huile aux Communes. Minoritaires, les troupes de Justin Trudeau seront obligées de compter sur le NPD pour gouverner.

Somme toute, le dernier gouvernement avait donné une belle poussée aux langues officielles depuis 2015. Consultations pancanadiennes, engagements en éducation et en immigration, annonce de la modernisation de la Loi sur les langues officielles meublent une feuille de route acceptable. Toutefois, le travail reste à faire.

Les cibles en immigration francophone ne sont pas atteintes, les écoles attendent les nouveaux crédits et la nouvelle Loi sur les langues officielles est toujours à l’étude. Bref, on est loin de l’idéal d’égalité exprimé dans la Charte des droits et libertés et qui alimente les rêves des minorités.

L’égalité est un bel idéal à défendre dans toute société. La constitution canadienne en a fait une fibre du tissu social canadien en matière de bilinguisme. N’empêche que cet idéal ne s’est jamais hissé au rang des grands dossiers débattus pendant cette dernière campagne. 

Créditons toutefois au chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, d’en être préoccupé. Il s’est rendu en Ontario pour rencontrer des Franco-Ontariens pendant la campagne, et a pris la défense des minorités francophones devant ses partisans après avoir remporté son siège aux Communes.

Pour le reste, force nous est de constater que le Canada bilingue n’est pas de ces idées que l’on crie haut et fort pour gagner des votes. Cette vision ne fait jamais l’objet des slogans criés et chantés dans les grands rassemblements-spectacles chers aux stratèges et organisateurs de campagne.

Cela dit, la balance du pouvoir est aux mains d’un parti ouvert aux minorités, ouvert aussi à l’intervention de l’état dans l’évolution de la société en général. 

La participation récente à Tout le monde en parle de trois jeunes femmes engagées dans l’affirmation de leur identité francophone en milieu minoritaire, en Ontario et au Manitoba, a mis en lumière la vitalité de leurs communautés et la nécessité d’une solidarité accrue entre francophones des Amériques afin de relever les défis auxquels ils sont confrontés.

En effet, quelle que soit la communauté d’appartenance des 33 millions de francophones et francophiles des Amériques, la plupart d’entre eux partage collectivement une réalité, soit celle de vivre en situation minoritaire par rapport à l’ensemble de la population du continent. Les enjeux démographiques associés à cette réalité rendent encore plus nécessaire d’affirmer ensemble notre identité linguistique partagée, dans chacune de ses incarnations.

Le Centre de la francophonie des Amériques (Centre), créé en 2008 par la volonté du Gouvernement du Québec, a précisément pour mission de contribuer à la promotion et à la mise en valeur d’une francophonie plurielle et inclusive, porteuse d’avenir pour la langue française. Par ses actions, le Centre favorise l’interaction entre les différentes communautés francophones du territoire. Sa vision est celle d’une francophonie en mouvement et solidaire, dont les liens durables stimulent les échanges et les actions concertées dans le respect de la riche diversité des communautés qui la composent et l’animent.

Le Centre compte aujourd’hui plus de 47 000 membres répartis sur l’ensemble des Amériques et il travaille avec de nombreux partenaires afin d’élargir l’espace francophone et de multiplier les liens entre les communautés. Ces liens de solidarité sont essentiels, ils se tissent dorénavant par-delà les distances en raison des nouvelles technologies et de la mobilisation des acteurs. Les 15 membres de notre conseil d’administration reflètent la diversité de cette francophonie trop méconnue mais si vivante. Ils sont de l’Ouest canadien, d’Haïti, d’Acadie, du Brésil, de Louisiane, de l’Ontario et du Québec.

La vision du Centre s’incarne d’abord et avant tout par les nombreux programmes et activités qu’il soutient. Par ses initiatives, le Centre met en valeur la créativité, l’innovation et la solidarité entre francophones et francophiles. Le Parlement francophone des jeunes des Amériques, le Forum des jeunes ambassadeurs francophones des Amériques, l’Université d’été sur la francophonie des Amériques, la Bibliothèque des Amériques, le concours Slame tes accents et le Réseau des villes francophones et francophiles d’Amérique sont quelques exemples et autant d’occasions de rencontres et d’échanges visant à promouvoir une francophonie inclusive et solidaire.

Nous croyons qu’il nous faut répondre positivement à l’appel au dialogue et à la solidarité lancé par les Franco-Ontariennes Stéphanie Chouinard et Caroline Gélineault ainsi que la Franco-Manitobaine Chloé Freynet-Gagné lors de l’émission Tout le monde en parle. Le Centre s’y engage concrètement et invite toutes celles et tous ceux qui ont le français à cœur à se joindre à lui.


Ce qui s’annonçait être une autre course à deux, entre conservateurs et libéraux, pour les élections fédérales est en train de se transformer.

Au Québec, le Bloc québécois prend de plus en plus de place. Dans d’autres parties du Canada, c’est le Nouveau Parti démocratique, et son chef Jagmeet Singh, qui a gagné en sympathisants au cours des derniers jours. Les plus récents sondages indiquent un gain de 13 % d’intention de vote pour le NPD par rapport au début de la campagne.

Cette tendance est certainement le résultat d’une multitude de facteurs influencés par les performances de tous les partis, mais regardons-en deux.

Guy Badeaux
Enjeux électoraux

Aux détracteurs de l’engagement citoyen chez les plus jeunes, la présidente de la Fédération de la jeunesse canadienne française demande : quand avez-vous pour la dernière fois engagé la discussion avec une personne de moins de 25 ans?

Sue Duguay, présidente de la Fédération de la jeunesse canadienne française (FJCF)

J’entends souvent dire que les jeunes ne s’intéressent pas à la politique. Pour certaines personnes, ce désengagement peut être démontré en étudiant le taux de participation des jeunes électeurs qui est inférieur à celui de la moyenne nationale.

À tous les détracteurs de l’engagement citoyen chez les plus jeunes générations, je demande : quand avez-vous pour la dernière fois engagé la discussion avec une personne de moins de 25 ans?

Je côtoie des jeunes engagés au quotidien et je sais qu’ils ont de grandes aspirations pour leur pays. Je ne suis d’ailleurs pas la seule à le penser!

Le lundi 14 octobre, nous fêtons l’Action de grâce! Petit rappel à ceux qui ont le sommeil lourd en cours d’histoire.

Pourquoi dire merci? Il est primordial de dire merci quand on vous offre un jour chômé et si cela ne tenait qu’à moi, des Thanksgiving il y en aurait une décalogie.

L’Action de grâce trouve ses origines dans les fêtes de la moisson célébrées dans les sociétés paysannes européennes. Agenouillé sur l’île de Baffin en 1578, la tête tournée vers le ciel pour remercier Dieu d’être toujours en vie après un périple usant, Martin Frobisher ne se doutait pas qu’il serait à l’origine de la première Action de grâce. En 1879, le parlement du Canada a fait de cette date une journée fériée et cela fait maintenant 62 ans que nous la célébrons le 2e lundi d’octobre.

À cette occasion, bien souvent dinde farcie et purée de patate douce viennent combler de bonheur nos papilles en reste par rapport à notre esprit déjà gâté d’être tous réunis autour d’une même table.

C’est en revenant de chez mes amis l’année dernière, gonflé comme les pneus de ma Dodge, que je me suis mis à penser à toute cette nourriture. Le lait de poule aromatisé au rhum aidant, il en va sans dire! Je me revoyais deux heures auparavant acquiescer pour la troisième fois à cette question : «Tu reprendras bien encore un peu de dinde, Arthur?» C’est arrivé au moment des aurevoir et en m’y reprenant à plusieurs fois pour m’extraire du canapé que mon esprit s’est éveillé, le corps étant déjà entré en gestation.

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Libre opinion

Alors qu’une rumeur de fermeture du Consulat Général de France à Moncton plane, il semble essentiel au sénateur René Cormier de rappeler l’importance de cet instrument diplomatique pour ces deux peuples.

René Cormier, sénateur acadien indépendant, Nouveau-Brunswick

Solidarité, voilà le mot qui décrit le mieux les relations qu’entretiennent la France et l’Acadie depuis des décennies. Au-delà du lien unique que constitue la langue française, 5e langue en importance mondialement avec environ 300 millions de locuteurs, ces peuples francophones partagent maintes valeurs communes : liberté, égalité, fraternité. Ces mots qui résonnent intensément sont plus que jamais porteurs de sens et d’espoir dans un monde en perte de repères, fragilisé par un repli de nombreuses nations sur elles-mêmes. Alors qu’une rumeur de fermeture du Consulat Général de France à Moncton plane dans nos milieux acadiens et français, il me semble essentiel de rappeler l’importance de cet instrument diplomatique pour nos deux peuples.

Bombardier à TLMEP

Il y a près d’un an, Denise Bombardier a fait réagir certaines populations au pays en leur disant qu’elles sont vouées à disparaitre. Plusieurs Franco-Canadiens ont reçu la claque. C’est à la fois d’une violence remarquable et d’un machiavélisme hautement efficace : insulter pour obtenir une réaction.

Depuis la première et fameuse claque d’octobre 2018, les gens de la francophonie canadienne se sont rapprochés. Ils ont parlé de Denise Bombardier et de ses propos; ils ont possiblement même vidé la question. Il y a eu de l’entraide (on se souvient des manifestations du 1er décembre); il y a eu le développement de stratégies et des liens se sont tissés. Les réseaux se sont affichés et la communauté a rayonné.

De retour dans l’arène publique pour promouvoir son documentaire Denise au pays des francos, le message de Denise Bombardier a été une fois de plus véhiculé à l’échelle transnationale. En tant que leadeur d’opinion, elle en a rajouté une couche, cette fois, avec une incompréhension évidente.

Atlantique

La rumeur de fermeture du bureau du Consulat de France en Atlantique se confirme. Les présidences des organismes de représentation de l’Acadie s’indignent de la décision prise par le gouvernement français.

Louise Imbeault, présidente de la Société Nationale de l’Acadie
Norbert LeBlanc, président de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse
Robert Melanson, président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick
Colleen Soltermann, présidente de la Société Saint-Thomas-d’Aquin
Sophie Thibodeau, présidente de la Fédération des francophones de Terre-Neuve et du Labrador

Un article du quotidien néo-brunswickois l’Acadie Nouvelle publié [le 3 octobre] nous a révélé que la France aurait pris la décision de fermer le Consulat de France dans les Provinces de l’Atlantique en 2022.

Bombardier à TLMEP

« Le problème avec le monde c’est que les gens intelligents sont pleins de doute, alors que les imbéciles sont pleins de certitudes. » Charles Bukowski

Denise Bombardier aime l’attention. Pour une deuxième fois en moins d’un an, elle s’est présentée à la très populaire émission de télé Tout le monde en parle (TLMEP) pour mépriser les francophones vivant à l’extérieur du Québec, y compris les Acadiennes et les Acadiens. Tout ce qu’elle dit n’est pas faux, loin de là. L’assimilation fait des ravages partout au Canada depuis plusieurs années. La qualité du français écrit et parlé est en constante érosion. Et elle a raison de dire que les francophones du Canada devraient avoir «les mêmes droits et les mêmes protections que les anglophones du Québec.»

Mais en s’acharnant sur nous comme elle le fait, Mme Bombardier ne fait que conforter les Kris Austin et Doug Ford de ce monde, eux qui sont pressés de nous voir disparaître. Elle contribue aussi à valider leur conception des francophones du pays, des «cadavres encore chauds» comme l’avait déclaré [Yves Beauchemin] en 1990.

Une semaine après que les Franco-Colombiens aient demandé de meilleures écoles devant la Cour Suprême…

La mâchoire mécanique portée au bout d’une grue articulée enfonce ses crocs dans la brique. Tout un pan de mur s’effondre dans le bruit et la poussière. Pendant trois jours, l’école élémentaire Echo-Jeunesse s’effacera du paysage acadien sous les attaques répétées des machines à démolir.

L’édifice en briques ocre trônait en plein centre de Kedgwick depuis 1952. Il serait facile d’écrire : «Près de 70 ans d’histoire disparaissent sous les élans ravageurs des béliers mécaniques.» Mais ce serait là une façon très déplacée de jouer de la plume. Il a déjà son remplaçant, toutes portes ouvertes pour laisser entrer les cris des enfants au retour de la récréation.

En fait, l’histoire génère le présent. Or, ce présent était là, devant ces murs décrépis, à regarder jouer le pic du démolisseur. Élèves tout heureux d’entrer dans leur nouvelle école, puis parents, grands-parents et même arrière-grands-parents, le cœur lourd en regardant ce berceau de leurs souvenirs tomber en miettes.

Ce sont là des générations dont la chaine ancestrale a transmis la langue française grâce à l’éducation que l’on y a dispensée. C’est le cours normal des choses quand une culture est maitre de son enseignement et qu’on lui accorde les ressources nécessaires à son épanouissement.

Il y a des régions au Nouveau-Brunswick où l’on peut parfois oublier la réticence du Canada anglais face à l’éducation en français. Hélas, il n’en est pas de même ailleurs.

Bombardier à TLMEP

«Puis…? Qu’as-tu pensé du passage de Denise Bombardier à Tout le monde en parle (TLMEP), hier soir?», me demande un collègue lundi matin.

Ce que j’en ai pensé? J’en ai pensé la même chose que la dernière fois qu’elle a été invitée à TLMEP et qu’elle a dit que toutes les communautés francophones hors Québec ont à peu près disparu. Elle parle à travers son chapeau et c’est du n’importe quoi. Denise Bombardier ne m’a pas choqué. Elle ne m’a pas amusé. Elle m’a laissé complètement indifférent. Comme la dernière fois.

En fait, il n’y a qu’une seule différence entre ses deux apparitions à TLMEP. La première fois, en octobre 2018, elle a provoqué pour vendre son autobiographie. Et cette fois-ci, elle a provoqué pour «vendre» le documentaire Denise au pays des francos. Provoquer et faire parler d’elle, c’était sa mission. Comme disait ma grand-mère : «parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en!».

Guy Badeaux

Guy Badeaux

Cet été, j’ai eu le plaisir de rencontrer Shawn Jobin, auteur-compositeur-interprète fransaskois de renommée internationale. Il a accepté gracieusement de me parler de son défi quotidien, celui de vivre avec un trouble anxieux. Dans son dernier album Éléphant, Shawn Jobin partage en paroles et en musique son expérience de vivre avec ce trouble de santé mentale. Je lui ai posé plusieurs questions pour comprendre son cheminement vers le rétablissement.

L’Eau vive – Qui es-tu?

Shawn Jobin – Une personne qui carbure aux valeurs : liberté, justice. J’aime entreprendre plusieurs projets créatifs, je me divise en quatre pour y arriver, je suis hyperactif dans ma créativité.


Qu’est-ce qui t’est arrivé ?

Je suis tombé dans une dépression, un tourbillon anxieux. Je n’étais pas capable de voir loin, de voir le futur. 2014 et 2015 ont été les deux pires années de ma vie. Dans cette solitude-là, et j’avais une phobie de la solitude, je pensais que je devenais fou, seul dans mon petit appartement à Saskatoon.


Qu’est-ce qui t’a aidé ?

Ma femme, Géraldine. On s’est rencontrés quand j’étais dans mon pire état : consommation de substances, etc. Elle voyait le potentiel dans ma personne. Elle était sans jugement, sans prétention, sans attentes. En fait, elle était mon phare dans le brouillard.

Lire l'article dans son intégralité sur le site du journal L'Eau vive.

Le discours populiste s’adresse au peuple. Plus particulièrement, il s’adresse aux moins nantis, aux ouvriers urbains ou agricoles, aux chômeurs, à la petite classe moyenne, ce qu’on appelle les «classes populaires». Son discours politique est fondé sur une critique virulente du système, de ses représentants et de ses élites. Le populisme est aussi vieux que la démocratie elle-même. Mais alors que la démocratie est assaillie de toutes parts, le populisme a fait des gains considérables depuis les dix dernières années.

Selon Team Populism, un regroupement international d’universitaires spécialisés dans l’étude des causes et des conséquences du populisme, le populisme gagne du terrain partout dans le monde. Le nombre de dirigeants tenant des discours populistes aurait doublé depuis le début du siècle. Le populisme est parfois de gauche, souvent de droite. C’est la montée de celui de droite, voire d’extrême droite, qui m’inquiète.

Les politiciens populistes sont nombreux à être au pouvoir : Jair Bolsonaro (Brésil), Narendra Modi (Inde), Viktor Orbán (Hongrie), Andrzej Duda (Pologne), Miloš Zeman (République tchèque), Recep Erdoğan (Turquie), Boris Johnson (Royaume-Uni) et, plus près de chez nous, l’ineffable Donald Trump. Ils sont nombreux à vouloir le pouvoir : le Front national (France), l’Alternative pour l’Allemagne, les Démocrates (Suède), la Ligue et le Mouvement 5 étoiles (Italie), pour ne nommer que ceux-là.

Une amie m’écrivait récemment : «Je constate que partout sur la planète, la droite a le vent dans les voiles. Veux-tu ben m’dire ce qui nous prend?» Ce qui nous prend? Nous sommes fâchés! Le populisme s’adresse aux gens fâchés. Et, comme l’écrit Fabrice Vil dans La Presse le 8 septembre, «ces gens se retrouvent dans le discours des politiciens qui interpellent leurs plus bas instincts. Ce qui est dangereux».

Il est facile de nous croire à l’abri. Et pourtant...

La dualité linguistique, c’est l’affaire de tous les partis qui aspirent à siéger à la Chambre des communes. Tous sont appelés à se positionner à cet égard. Après l’engagement du chef du NPD [le 23 septembre], j’apprécie les déclarations d’Yves-François Blanchet [chef du Bloc Québécois] en solidarité avec les communautés francophones et acadiennes et, surtout, les propositions claires du Bloc Québécois pour la modernisation de la Loi sur les langues officielles.

Ce genre de propositions claires, c’est ce qu’on cherche de tous les partis et j’appelle les chefs du Parti libéral, du Parti conservateur et du Parti vert à préciser leurs intentions à cet égard.

Le Bloc appuie plusieurs changements que la FCFA souhaite voir dans la Loi, comme l’obligation de bilinguisme pour les juges à la Cour suprême du Canada et la stimulation de la croissance démographique de nos communautés par l’immigration francophone. La proposition d’inclure dans la Loi une reconnaissance des réalités spécifiques et distinctes des minorités de langue française au pays est également la bienvenue.

Les Québécoises, les Québécois et les communautés francophones et acadiennes ont en commun d’être inquiets de la perte de statut du français 50 ans après l’adoption de la Loi sur les langues officielles de 1969. C’est pourquoi la FCFA propose que le préambule d’une Loi modernisée reconnaisse clairement que le français est la langue officielle minoritaire au pays et en Amérique du Nord et qu’il faut des mesures spécifiques pour protéger cette langue».

Élections, élections… C’est le grand brouhaha. Justin Trudeau s’est un jour amusé à personnifier Aladin dans une fête entre amis. Il avait 29 ans. Il a eu le souci, par respect pour son personnage, d’en honorer tous les traits, y compris sa peau brune. «Ô scandale!», s’est-on indigné chez ses adversaires. Serait-il resté blanc, on aurait pu crier à l’appropriation culturelle du fait que l’Occident aurait récupéré la légende en dépouillant Aladin de ses traits.

Débat futile qui a atteint des proportions démesurées alors que le pays a d’autres chats à fouetter.

Dans l’animalerie, il y en a un qu’on ne fouette pas beaucoup dans les discours et promesses. Vous me voyez venir… Les langues officielles. L’explication se trouve sans doute dans le fait que l’électorat ne veut pas trop en entendre parler.

Il y a six mois, la firme Léger sondait l’opinion sur la valeur que les Canadiens prêtaient au bilinguisme. En gros, près d’un Canadien sur deux estimait «pas très important» ou «pas important du tout» que le Canada soit reconnu bilingue.

Un sondage réalisé en 2012 par la firme Research House révélait que les Canadiens s’entendaient sur la liberté d’expression, le respect envers les personnes handicapées, la liberté de religion et l’égalité des sexes. Quant aux langues officielles, c’était le flou et l’indécision. Elles n’ont pas percé davantage dans l’opinion publique, depuis.

En campagne électorale, on cherche d’abord à attirer l’attention. Ce n’est pas avec une question qui laisse la moitié de l’électorat indifférent que l’on y parvient. Dans ce cas-ci, un turban sur un visage maquillé a de loin devancé un des fondements de l’histoire du Canada et de sa société, soit la cohabitation égalitaire de ses peuples fondateurs.

Cette phrase de Jacques Brel me revient en mémoire : «Chez ces gens-là, on compte, monsieur».

Et bien oui. C’est ce qu’on fait en politique. Le vote espéré et griffé derrière l’isoloir devient l’ultime objectif. 

Dernièrement, la communauté francophone de Whitehorse a reçu la visite de l’équipe des Productions Rivard du Manitoba. Leur but : tourner quatre segments au Yukon sur la francophonie hors Québec, expression qui devrait titrer la série d’émissions.

En tant qu’artiste francophone, j’ai participé au tournage fait à la galerie d’art Yukon Artists @Work.

Je tiens à préciser que mes commentaires ne visent pas l’équipe super sympathique des Productions Rivard. Je veux ici mettre à jour les pratiques des producteurs télé en général, en témoignant de mon expérience personnelle. Je me suis levée à 6 h du matin, j’ai parcouru 100 km aller-retour pour aller à la galerie d’art, j’ai consacré quatre heures de ma journée à cette production télévisuelle, et ce, sans aucune compensation financière. En plus de ne pas être rémunérée, j’ai cédé mes droits sur l’utilisation totale ou partielle des images captées et des propos que j’ai tenus. C’est une pratique courante chez les producteurs de contenu télévisuel et je la dénonce.

Les producteurs de télévision croient qu’ils nous rendent service en parlant de nous et qu’il est donc normal que nous soyons acteurs bénévoles. Mais dans la réalité, si les acteurs n’existent pas, il n’y a pas d’émission. J’utilise le nom «acteur» parce nous participons à un scénario. Cela n’implique pas de nous faire filmer sur le vif. «Coupez!» «On reprend.» Les équipes de production tiennent pour acquis que nous sommes à leur service et qu’il est normal que l’on chamboule nos horaires personnels et professionnels pour les accommoder. Pourquoi devrions-nous être bénévoles pour aider les producteurs à faire de l’argent? Pour de la visibilité? La visibilité, ça ne paie pas le loyer.