Retour sur un curriculum qui dérange

Noémie Valois, citoyenne
Lettre ouverte - Le Franco
Le FRANCO (Alberta) – Lettre ouverte d’une citoyenne albertaine, Noémie Valois, au Premier ministre Jason Kenney et à la ministre de l’Éducation, Adriana LaGrange, au sujet du curriculum.

Noémie Valois, à titre de citoyenne et de parent – Le Franco 

Monsieur le Premier ministre Kenney et madame la ministre LaGrange,

Je vous écris pour ajouter mon nom à la longue liste de parents et de membres de la communauté profondément troublés par le programme scolaire proposé, et publié pour consultation publique le 29 mars dernier.

Il m’a fallu un certain temps pour mettre mes pensées sur papier ; et ce processus a été très émouvant. Bien que mon choc et ma colère initiaux se soient quelque peu dissipés, ils ont été remplacés par le chagrin, l’inquiétude et l’anxiété.

Je suis le parent d’un enfant qui fréquente l’école du système francophone, au sein du Conseil Scolaire Centre-Nord. J’ai plusieurs neveux et nièces qui commenceront leurs études dans les deux prochaines années. J’ai grandi et fait mes études dans le nord de la Colombie-Britannique, mais j’ai fait mes études postsecondaires à l’Université de l’Alberta. J’ai choisi de m’installer en Alberta depuis 25 ans.

Comme tous ceux qui vivent et travaillent en Alberta, j’ai un vif intérêt à aider cette province à prospérer et je suis convaincue que la seule façon d’assurer son succès est de veiller à ce que nos enfants et les générations futures acquièrent les aptitudes et les compétences nécessaires pour devenir des personnes bien équilibrées, des penseurs critiques et des citoyens engagés.

Lorsque j’ai examiné le programme d’études proposé, j’ai appliqué plusieurs lentilles – celle d’une francophone de l’Ouest canadien, d’une directrice des technologies de l’information pour une organisation nationale et, bien sûr, d’un parent. J’ai cherché un programme qui représenterait mes valeurs fondamentales de communauté, de diversité, d’équité, de vérité, d’honnêteté, d’ouverture d’esprit et de compassion.


« L’ensemble du programme d’études est défectueux dans ses fondements et son approche. Les consultations publiques demandent des réactions très précises, y compris des propositions de solutions. »
Noémie Valois, citoyenne et parent en Alberta

Permettez-moi d’être franche : ce n’est pas mon travail. Je ne suis pas une experte en développement de programmes d’études ou en pédagogie. Toutefois, de nombreux problèmes peuvent être identifiés, même par une profane comme moi.

Pour les élèves francophones qui n’ont pas eu l’occasion d’apprendre le français comme langue maternelle parce qu’ils vivent dans un environnement minoritaire, pour les enfants qui apprennent l’anglais comme langue seconde ou pour les élèves en immersion française, l’apprentissage doit commencer par un vocabulaire de tous les jours qui a un sens pour l’individu.

Les autres thèmes qui me préoccupent le plus sont les suivants :

  • Le contenu est souvent non adapté à l’âge.
  • L’accent est mis sur la mémorisation par cœur plutôt que sur le développement de la pensée critique.
  • L’accent est mis sur l’histoire américaine plutôt que sur le contexte canadien.
  • L’altération de toute personne qui n’est pas blanche, non chrétienne ou non anglophone.
  • Une grande quantité de contenu religieux.
  • L’absence totale de représentation des citoyens LGBTQ2+.
  • Une représentation insuffisante des personnes PANDC (personnes autochtones noires et de couleurs)
  • Le non-respect des recommandations de la Commission de la vérité et de la réconciliation et l’absence de contenu et de perspective des Premières Nations.
  • Aucune considération pour les enfants neurodivers ou ayant des difficultés d’apprentissage.

Consultez le site du journal Le Franco

En cherchant des exemples spécifiques dans le curriculum qui sont problématiques, je me suis concentrée sur les domaines où je peux parler en toute confiance sur la base de mon expérience personnelle.


« En tant que fière francophone et parent d’un enfant inscrit dans le système francophone, je m’en voudrais de ne pas parler du manque de contenu et de perspective francophone. Il ne suffit pas de faire traduire le programme d’études. Le matériel ne devrait pas se limiter aux perspectives et au contenu historiques. »
Noémie Valois

L’Alberta compte actuellement la troisième plus grande population de francophones à l’extérieur du Québec. La communauté est vivante et en pleine croissance et des perspectives actuelles sont nécessaires, y compris la diversité croissante de la population francophone en Alberta.

Les éducateurs et les groupes communautaires doivent participer à l’élaboration du programme afin de s’assurer que le matériel est vu sous l’angle francophone, permettant ainsi aux élèves francophones de développer leur identité et leur sentiment d’appartenance à notre communauté


« Le programme d’études proposé actuellement équivaut à l’assimilation des élèves francophones par un enseignement des perspectives anglo-saxonnes, principalement, et en leur faisant croire que la «francophonie» est quelque chose du passé, vécue dans l’est de l’Amérique du Nord, et non quelque chose qui est présent en ce lieu et à cette époque. »
Noémie Valois

En outre, il y a des domaines qui, selon moi, vont nuire activement aux enfants :

  • L’inclusion de l’éducation financière est excellente. Cependant, il est inapproprié de demander aux enfants de comparer leur budget familial personnel. En plus d’être embarrassant, cela pourrait causer de la honte et un traumatisme aux jeunes élèves qui n’ont pas la maturité nécessaire pour comprendre les contextes socioéconomiques.
  • Le consentement est un autre domaine crucial à inclure dans le programme scolaire. Cependant, le programme ne se concentre que sur la composante du refus. Le refus est important. Les enfants doivent être encouragés à s’exprimer et à avoir confiance en eux pour le faire.

Toutefois, ce n’est qu’une partie de l’équation et je dirais même la partie la moins importante. Il DOIT incomber à la personne qui fait la demande de recevoir un consentement clair et enthousiaste.

Ne pas fournir de refus, c’est ne pas fournir de consentement. Que cela signifie-t-il pour les enfants qui ne sont pas en mesure de refuser verbalement ou physiquement? Cela place des enfants déjà vulnérables dans des situations encore plus vulnérables.

  • Les composantes de santé et de bienêtre qui exigent que les enfants, dès la première année, se pèsent eux-mêmes sont encore une fois totalement inappropriées. La lecture des étiquettes, le suivi des aliments, de l’apport calorique et des macros, le suivi des activités… Ces approches sont à la base du développement de comportements alimentaires problématiques chez les enfants.

Enfin, j’aimerais faire quelques commentaires sur certains des problèmes entourant le processus. 


« Ce projet est plein d’erreurs factuelles, plagié et truffé de croyances idéologiques. »
Noémie Valois

Les demandes de FOIP (Freedom of Information and Protection of Privacy) concernant le programme ont été refusées, invoquant la confidentialité du cabinet. Le document est édité en temps réel, sans suivi des modifications et sans contrôle de version.

Comment pouvons-nous donner notre avis sur quelque chose qui change constamment? Il n’y a aucun engagement à publier les résultats de l’enquête. Le gouvernement s’est engagé à rendre des comptes et à faire preuve de transparence dans ce dossier, mais malheureusement, ce n’est pas le cas.

En résumé, il ne s’agit pas d’une question partisane. Il s’agit des élèves de l’Alberta et de l’avenir de cette province. Je vais plaider pour que le Conseil Scolaire Centre Nord ne pilote pas ce programme. Je demande fortement que ce programme ne soit pas piloté du tout.


« S’il vous plait, retournez à la planche à dessin. Il n’est pas nécessaire de recommencer à zéro ; nos précieux et limités dollars d’impôts ont déjà été gaspillés. »
Noémie Valois

Utilisez le programme qui a été préparé et qui est prêt à être publié en 2019. Révisez-le (car il a maintenant deux ans), apportez des modifications basées sur les recommandations d’experts albertains et canadiens apolitiques en matière de développement de programmes scolaires (qui sont nombreux). Prévoyez de le mettre à l’essai une fois que la pandémie aura disparu.

J’espère sincèrement que la quantité de commentaires que vous avez reçus démontre à quel point les parents et les éducateurs de cette province prennent votre proposition au sérieux et avec passion. Nous n’allons pas nous laisser faire et rentrer dans le rang. C’est trop important.

Avec tous mes meilleurs souhaits,

Noémie Valois
Edmonton, Alberta.