Serge Miville, professeur adjoint et titulaire de la Chaire de recherche en histoire de l’Ontario français

Démission de Pierre Jury du Droit : Requiem pour l’Ontario français comme sujet politique?

LETTRE OUVERTE – L’annonce récente de la démission de Pierre Jury, éditorialiste depuis 17 ans au journal Le Droit d’Ottawa, devrait ébranler tout l’Ontario français. En choisissant de prendre ses distances avec l’éditorial quotidien, un processus enclenché en avril et qui semble se confirmer avec ce départ, Le Droit contribue à réduire la capacité de l’Ontario français de se penser comme sujet politique autonome, ce qui du même coup affaiblit l’un des rares contre-pouvoirs présents en milieu francophone minoritaire au pays.

La fonction de l’éditorialiste est d’assumer, de manière indépendante de toute intervention de l’éditeur, des partis politiques ou d’influence externe, la vision globale du journal sur les enjeux sociétaux qui concernent son lectorat. Si le journaliste a pour mission de rapporter fidèlement à son lectorat les faits en produisant la nouvelle, l’éditorial l’invite à agir sur celle-ci.

C’est ainsi que l’éditorialiste se distingue du chroniqueur, qui est devenu récemment un mercenaire de l’opinion et qui vend sa plume au plus offrant. L’éditorialiste représente au contraire la stabilité ; une figure continue et permanente de l’engagement de la pensée du journal.

Dans un contexte d’homogénéisation de la nouvelle, de concentration de la presse au sein de conglomérats et de la venue rapide des entreprises anglo-américaines dans l’univers de la nouvelle régionale, cette figure indépendante n’a jamais été aussi nécessaire en francophonie canadienne.

Loin d’être accommodant, l’éditorial en milieu minoritaire a notamment pour objectif de déranger la complaisance des leaders politiques et communautaires et de leur tenir rigueur. Il propose une piste à suivre, dénonce les injustices et engage un dialogue avec le citoyen, devenant ainsi un agent de changement social. À cela s’ajoute sa fonction en démocratie d’agir comme contre-pouvoir aux institutions politiques et sociales.

Le Droit, comme plusieurs autres journaux, a à ce titre veillé au grain en Ontario français depuis le Règlement 17. Répondant présent pour l’ensemble des enjeux sociétaux franco-ontariens, Jury et Le Droit se sont récemment engagés de plain-pied dans la crise linguistique de 2018 en Ontario, contribuant à faire partiellement reculer le gouvernement de Doug Ford dans ses coupures contre les institutions franco-ontariennes. Or, ce retour aux sources semble ironiquement avoir été son chant de cygne.

La vraisemblable fin de l’éditorial quotidien dans Le Droit réduit la capacité de l’Ontario français de s’imaginer comme sujet politique autonome et autoréférentiel. Devenu une denrée rare, cet affaiblissement de l’espace public franco-ontarien est une véritable menace pour son avenir politique. Nous perdons ainsi une voix indépendante des partis, du gouvernement et surtout du milieu associatif dont la survie dépend toujours des programmes de subventions fédérales et qui engendre fréquemment un rapport «bonententiste» avec la province.

La démission de Jury est symptomatique du déclin agonisant de la presse écrite indépendante en Occident. Mais cette crise des médias frappe doublement l’Ontario français en fragilisant ses assises. Ultimement, l’affaiblissement de ce contre-pouvoir représente une inquiétante menace pour l’avenir Ontario français et pour sa capacité de se penser comme entité distincte de la majorité.

Lettre ouverte

LETTRE OUVERTE – L’ancien premier ministre albertain, Ralph Klein, en parlait comme du secret le mieux gardé de l’Ouest. Fondé en 1908, le juniorat Saint-Jean, devenu une faculté de l’Université de l’Alberta en 1977, occupe depuis plus de 100 ans une place incontournable dans la francophonie albertaine, canadienne et internationale.
Langues officielles

OPINION —Nous apprenions récemment que la Commission scolaire English-Montreal avait obtenu un financement du Programme de contestation judiciaire (PCJ) en soutien de ses procédures de contestation de la Loi 21 au Québec. La couverture médiatique a largement fait état des reproches formulés par le gouvernement du Québec sur l’octroi de ce financement, mais a malheureusement fourni peu d’information sur son importance pour les communautés de langue officielle en situation minoritaire.
Opinion

OPINION — Le secteur des arts et de la culture de l’Ontario français commence à subir les contrecoups du différend qui oppose les enseignants ontariens et le gouvernement provincial. L’Alliance culturelle de l’Ontario leur demande d’éviter de pénaliser financièrement les organismes et les artistes.

Notre système de santé est malade. Les infrastructures qui devaient répondre aux besoins en santé de la population canadienne n’y parviennent plus. Les médecins le constatent tous les jours : les patients et les familles leur parlent de l’engorgement des hôpitaux, des longs délais d’attente et des difficultés d’accès aux soins appropriés.

La dualité linguistique, c’est l’affaire de tous les partis qui aspirent à siéger à la Chambre des communes. Tous sont appelés à se positionner à cet égard. Après l’engagement du chef du NPD [le 23 septembre], j’apprécie les déclarations d’Yves-François Blanchet [chef du Bloc Québécois] en solidarité avec les communautés francophones et acadiennes et, surtout, les propositions claires du Bloc Québécois pour la modernisation de la Loi sur les langues officielles.

Dernièrement, la communauté francophone de Whitehorse a reçu la visite de l’équipe des Productions Rivard du Manitoba. Leur but : tourner quatre segments au Yukon sur la francophonie hors Québec, expression qui devrait titrer la série d’émissions.
René Cormier

Le 7 septembre dernier marquait l’entrée en vigueur de la toute première Loi sur les langues officielles (LLO) au Canada. À l’époque, le Gouvernement canadien tentait de rectifier une injustice historique suivant les recommandations de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (1963-1969) qui avait d’ailleurs qualifié la situation de la plus grande crise de l’histoire du Canada.

Lors des dernières élections fédérales, 14 candidats francophones ont remporté des sièges à l’extérieur du Québec. À moins de deux mois du prochain scrutin, il est intéressant de s’interroger à quoi pourrait ressembler la prochaine délégation de députés issus des communautés francophones à partir d’un tour d’horizon des circonscriptions où des candidats francophones semblent avoir de réelles chances de l’emporter. Les projections présentées dans ce texte sont tirées du site 333Canada.com, qui propose un modèle statistique de projection électorale basé sur les tendances électorales, l'évolution démographique et les sondages politiques. Les données utilisées ont été mises à jour le 18 août 2019.
Serge Miville

Serge Miville, Chaire de recherche en histoire de l’Ontario français, directeur de l’Institut franco-ontarien et professeur adjoint, département d’histoire, Université Laurentienne Stéphanie Chouinard, professeure adjointe, science politique, Collège militaire royal de Kingston et Queen’s University
Opinions

La cohabitation linguistique au Canada a deux faces. La première est attrayante. Elle se dessine sous les traits de la Loi sur les langues officielles. Elle présente le visage d’un bel idéal comme un portrait exempt de tout défaut. C’est beau, mais ce n’est pas réel.
Opinions

Le mouvement a touché des centaines de villes sur cinq continents. Les foules les plus imposantes ont été, entre autres, à Sydney, Berlin, Paris, Bruxelles, Londres et Paris. À Montréal seulement, des dizaines de milliers d’étudiants ont protesté. Aux États-Unis, la mobilisation était plus modeste. …
Opinions

À notre époque apocalyptique où le climat s’emballe, les inégalités s’amplifient, il semble tout à fait logique que la fête de l’amour, la Saint-Valentin, prenne une tournure commerciale.
Opinions

« Francophobie ». Voilà que ce mot nauséabond réapparait dans le vocabulaire courant. Il plane sur tout le Canada. Le Nouveau-Brunswick est gouverné par un gouvernement minoritaire à la merci d’un parti hostile aux francophones.
Dans nos journaux

Il est là, juste devant moi. Dix mètres nous séparent et pourtant il reste là, impassible sur son poteau dans son épais manteau blanc. Sa tête pivote, un sourcil se lève de temps à autre pour être certain que je ne m’approche pas plus près. Je recule pour être sûr de pouvoir profiter du spectacle au…