René Cormier
René Cormier

Le Consulat général de France en Atlantique, un instrument diplomatique indispensable aux relations France-Acadie

Alors qu’une rumeur de fermeture du Consulat Général de France à Moncton plane, il semble essentiel au sénateur René Cormier de rappeler l’importance de cet instrument diplomatique pour ces deux peuples.

René Cormier, sénateur acadien indépendant, Nouveau-Brunswick

Solidarité, voilà le mot qui décrit le mieux les relations qu’entretiennent la France et l’Acadie depuis des décennies. Au-delà du lien unique que constitue la langue française, 5e langue en importance mondialement avec environ 300 millions de locuteurs, ces peuples francophones partagent maintes valeurs communes : liberté, égalité, fraternité. Ces mots qui résonnent intensément sont plus que jamais porteurs de sens et d’espoir dans un monde en perte de repères, fragilisé par un repli de nombreuses nations sur elles-mêmes. Alors qu’une rumeur de fermeture du Consulat Général de France à Moncton plane dans nos milieux acadiens et français, il me semble essentiel de rappeler l’importance de cet instrument diplomatique pour nos deux peuples.

Les relations entre la France et l’Acadie sont évidemment culturelles, mais aussi historiques, politiques, sociales et économiques. Au fil des générations, des femmes et des hommes visionnaires ont permis le développement de ces relations et ce sont les organismes et institutions, dont le Consulat Général, qui ont su consolider ces attaches et les façonner à l’image de nos peuples.

En effet, depuis son établissement en 1964, le Consulat Général a un impact considérable dans l’épanouissement du peuple acadien le renforcement de ses liens avec la France. C’est d’ailleurs la rencontre entre le Président De Gaulle et la délégation des «Quatre Acadiens» le 20 janvier 1968, qui marqua l’essor de ces décennies de coopération.

Du fait du rôle conféré au Consul par la France en matière de diplomatie économique et culturelle, le Consulat Général a facilité la multiplication des échanges bilatéraux permettant le partage d’expertise, le développement de liens économiques, la mobilité des jeunes, la conclusion d’ententes entre institutions postsecondaires et la promotion des artistes et de nos cultures respectives. Grâce à une collaboration avec la Société Nationale de l’Acadie, l’organisme porte-parole du peuple acadien sur les scènes nationale et internationale, le Consulat a aussi contribué à la mise en place d’un programme de bourse permettant à de nombreux Acadiens et Acadiennes de parfaire leurs études en France. J’ai eu l’immense privilège de bénéficier de ce programme lors de ma formation théâtrale à Paris. Il agit donc comme un réel catalyseur de développement, d’échange et de partage de connaissances entre les provinces de l’Atlantique et la France.

Dans son livre L’art des Ponts, homo pontifex, publié aux éditions Le Pommier, le philosophe, historien des sciences et homme de lettres français, Michel Serres développe avec son habituelle verve la métaphore des ponts pour décrire le désir de rapprocher, de relier, d’unifier, tant au plan matériel et physique qu’intellectuel et spirituel, des domaines et des territoires différents. Dans ce sens, le Consulat Général représente véritablement ce pont qui se dresse au-dessus de l’océan Atlantique pour assurer l’épanouissement des relations entre nos deux peuples.

Alors que l’hégémonie culturelle et économique de certaines grandes puissances menace le fragile équilibre des relations entre les nations, nous pouvons affirmer que l’avenir de l’Acadie et de la France dépend effectivement de leur capacité à construire des ponts avec les autres peuples francophones du monde. À cet égard, nos deux sociétés ont encore beaucoup à faire ensemble et c’est pourquoi nous devons maintenir des relations régulières et constantes.

Si l’Acadie rayonne plus que jamais en France, il faut aussi reconnaitre que la France est bien présente et vivante chez nous. Nombreux sont les Français qui choisissent notre région pour fonder leurs familles, s’instruire, faire des affaires et célébrer leur culture. Ils le font d’une part en raison de l’attachement à la langue française, que le peuple acadien incarne dans toute sa modernité avec une multitude de couleurs et d’accents, et d’autre part grâce au soutien du gouvernement canadien, des provinces et d’organismes en immigration. Force est de constater que la présence et les actions du Consulat Général de France dans les Provinces atlantiques sont essentielles à cette présence française dans notre région, et nous lui en sommes très reconnaissants.

Émettons ensemble le souhait que, par le maintien d’une présence forte du Consulat Général de France dans les Provinces Atlantiques, nous continuerons à renforcer la solidarité entre nos deux peuples, favorisant leur développement politique, économique, social et culturel au sein de la grande Francophonie.