La cause scolaire en Colombie-Britannique : Au secours des héritiers de Champlain

Réjean Paulin
Réjean Paulin
Francopresse
«Beausoleil, Louis Riel, Jackie Vautour… Ast’heure c’est not’ tour». Ce sont quelques paroles de Petitcodiac, une chanson qui combine complainte et révolte pour faire appel à la lutte. Je les ai entendues en marchant dans les rues de Dieppe au Nouveau-Brunswick, dans le cadre du Congrès mondial acadien.

Beausoleil, Louis Riel et Jackie Vautour sont symboles de résistance. Ils ont en commun d’avoir défendu leur cause jusqu’au bout.

Je songeais aux Franco-Colombiens et à la lutte scolaire qu’ils ont lancée, quand ces trois noms ont atteint mon oreille.

Leurs écoles sont trop petites et sont souvent dans un état lamentable. Le Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique et la Fédération des parents francophones de la Colombie-Britannique en ont assez. Ils accusent la province de sous-financer les infrastructures scolaires et le transport des élèves dans le secteur francophone. Les tribunaux inférieurs les ont défaits deux fois. Tenaces, ils ne baissent pas les bras. L’affaire sera devant la Cour Suprême à l’automne.

On peut affirmer sans ambages que le français a avancé envers et contre tous sur notre continent. Il s’est étendu tant et aussi loin qu’une terre était là pour l’accueillir. Seuls nos océans, barrières géographiques infranchissables, ont contenu sa marche.

Comme tous les francophones d’Amérique, les Franco-Colombiens ont hérité de l’œuvre de Samuel de Champlain, commencée il y a plus de quatre siècles dans le berceau de l’Acadie aux abords de la baie de Fundy entre le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse.

Il y a loin de l’Atlantique au Pacifique; plus de quatre fuseaux horaires et des milliers de kilomètres. Il s’est écoulé plus de quatre siècles d’histoire depuis le jour où Champlain a jeté l’ancre à l’embouchure du fleuve Saint-Jean. C’est dans ces proportions qu’il faut mesurer la présence française sur notre continent de même que la lutte que mènent les Franco-Colombiens. La résistance qui s’organise entre nos océans a la même envergure.


« Les Franco-Colombiens sont en train de défendre l’héritage de l’Histoire et le droit de le faire fructifier. Quel serait le résultat d’une victoire? »
Réjean Paulin

Appuiera, appuiera pas?

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, la Fédération des conseils d’éducation du Nouveau-Brunswick, l’Association des juristes d’expression française du Nouveau-Brunswick et l’Association des enseignantes et enseignants francophones du Nouveau-Brunswick ont annoncé leur soutien à la cause franco-colombienne il y a quelques semaines.

D’autres groupes et organismes leur emboitent le pas, soient le Commissariat aux langues officielles, le Québec Community Groups Network, la Fédération nationale des conseils solaires francophones et l’Assemblée des chefs du Manitoba.

Cette cause déterminera ce qui aura priorité entre l’argent ou l’idéal d’une éducation équivalente entre francophones et anglophones. La décision de la Cour Suprême aura des répercussions partout au pays.

Toutefois, rien ne sera facile. Plusieurs provinces vont s’en mêler. L’Alberta, l’Ile-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve-et-Labrador et les Territoires du Nord-Ouest participeront aussi à l’appel. En Acadie, on craint que le Nouveau-Brunswick, province pourtant officiellement bilingue, se range du côté du gouvernement de la Colombie-Britannique. Que fera le Québec? Il avait appuyé l’Alberta qui rejetait les conseils scolaires francophones dans la célèbre cause Mahé. Son silence aujourd’hui est sans doute préférable. Cet allié de cœur a du mal à exprimer son appui à la francophonie canadienne devant la justice.

Les Franco-Colombiens sont en train de défendre l’héritage de l’Histoire et le droit de le faire fructifier. Quel serait le résultat d’une victoire? La réponse se trouve peut-être là où Champlain a mis le pied, soit la ville de Saint-Jean qui a longtemps eu la réputation d’être réfractaire à la francophonie. L’école française porte son nom. Elle comptait environ 300 élèves dans les années 80. Plus de 700 arpentent ses corridors aujourd’hui.

En définitive, les jeunes francophones apprennent dans leur langue quand on leur en donne les moyens. En même temps, la francité prend du panache. Mais pour ce faire, il faut de la ténacité, beaucoup de ténacité… «Beausoleil, Louis Riel, Jackie Vautour»… Un passage à ne pas oublier.