Martin Normand, chroniqueur
Francopresse
Martin Normand, chroniqueur
Dans son discours du Trône 2020, le gouvernement dit pour la première fois, on ne peut plus clairement, qu’il existe une asymétrie entre les langues officielles au Canada.
Dans son discours du Trône 2020, le gouvernement dit pour la première fois, on ne peut plus clairement, qu’il existe une asymétrie entre les langues officielles au Canada.

Un discours du Trône en demi-teintes

FRANCOPRESSE – Le récent discours du Trône du gouvernement Trudeau est autant un exercice politique qu’un exercice de communication. Le gouvernement profite du moment pour redémarrer son agenda législatif et pour envoyer des signaux quant à son positionnement sur certains grands enjeux. Pour saisir les ambitions du gouvernement Trudeau quant aux langues officielles, il faut regarder ce qu’il y dit, ce qu’il n’y dit plus et ce qu’il n’y dit pas. Sur ce plan, l’exercice de communication laisse penser que la vigilance devra être de mise.

D’abord, il faut souligner que le gouvernement dit pour la première fois, on ne peut plus clairement, qu’il existe une asymétrie entre les langues officielles au Canada.

Sans nier que la communauté anglophone du Québec doive composer avec certains défis, le discours énonce que c’est le français qui a besoin d’une protection plus soutenue au Canada comme au Québec. On peut d’ailleurs voir là une réplique à François Legault, premier ministre du Québec, qui souhaite renforcer le régime linguistique québécois, mais qui se bute à des obstacles provenant du gouvernement fédéral.


« La reconnaissance de cette asymétrie, réclamée depuis longtemps, pourrait inciter le gouvernement à sortir d’un carcan conceptuel et règlementaire et se traduire par des actions ciblées et spécifiques pour protéger le français au pays et donner corps à l’égalité réelle entre les communautés linguistiques. »
Martin Normand, chroniqueur Francopresse

Bien qu’il faille attendre de voir comment cette reconnaissance s’opérationnalisera, il faut applaudir les bons coups quand ils se présentent.

Le récent discours du Trône du gouvernement Trudeau est autant un exercice politique qu’un exercice de communication.

«Renforcer» plutôt que «moderniser»

Ensuite, le gouvernement réitère dans le discours son intention de «renforcer» la Loi sur les langues officielles dans le mandat en cours. Or, dans ce cas-ci, le vocabulaire et l’absence d’une échéance précise en font sourciller plusieurs.

Il ne parle plus de modernisation, comme c’était le cas dans la lettre de mandat de la ministre Joly à l’automne dernier. L’utilisation de «renforcer» plutôt que de «moderniser» peut laisser penser que les efforts pourraient être moins ambitieux que ceux qui sont réclamés et que ce renforcement pourrait se concrétiser par des modifications politiques et règlementaires plutôt que par un processus législatif en bonne et due forme.

À lire aussi : Discours du Trône : vers un traitement asymétrique des langues officielles?

Il s’agit peut-être du mieux que peuvent espérer les nombreuses parties prenantes de la francophonie canadienne qui réclament une action vigoureuse et rapide. Devant un agenda législatif aussi chargé que celui que laisse entrevoir le discours du Trône, la Chambre des communes pourrait ne pas avoir le temps d’étudier convenablement une nouvelle Loi sur les langues officielles, d’autres projets de loi pouvant apparaitre comme étant plus pressants pour le gouvernement.

De nouveaux règlements pourraient entre temps colmater des brèches qui se sont fait jour récemment, notamment quant à la promotion et à la protection des langues officielles et quant à la langue de travail dans la fonction publique. Mais, depuis le discours, la ministre Joly s’est prononcée à quelques reprises pour préciser que l’intention du gouvernement est toujours de moderniser la Loi. Après de longs mois d’attente, seules des actions concrètes dans un délai raisonnable rassureront les intervenants.

Depuis le discours, la ministre Joly s’est prononcée à quelques reprises pour préciser que l’intention du gouvernement est toujours de moderniser la Loi.

Enjeux sociaux et linguistiques intimement liés

Mais au-delà des quelques lignes consacrées aux langues officielles dans le discours, le gouvernement fédéral s’est fixé tout un imposant plan d’action. Or, il n’y dit pas comment les langues officielles seront intégrées dans son exécution.


« En annonçant qu’il souhaite faire de nombreux investissements directs dans le secteur social, le gouvernement propose toute une série d’initiatives à venir qui devront intégrer dès leur conception une composante liée aux langues officielles. »
Martin Normand, chroniqueur Francopresse

Par exemple, les nouvelles normes nationales pour les centres de soins de longue durée intègreront-elles des indicateurs linguistiques? La promesse d’un accès amélioré à un médecin de famille ou à une équipe de soins primaires se concrétisera-t-elle pour ceux qui souhaitent naviguer le système de santé en français? La mise en place d’un système d’apprentissage et de garde des jeunes enfants à l’échelle du Canada prendra-t-elle en compte les besoins particuliers des communautés francophones et leurs souhaits que ces services soient offerts par et pour les francophones?

La liste pourrait continuer, des enjeux linguistiques pouvant faire surface dans le plan d’action pour les femmes dans l’économie, dans la régulation des géants du Web ou encore dans le rétablissement des liaisons aériennes régionales.

Le discours sur les langues officielles dans le discours du Trône est en demi-teintes. Certes, ces discours ne sont pas le moment indiqué pour décliner toutes les manières dont vont s’opérationnaliser les annonces qui y figurent. Ils agissent plutôt comme feuille de route pour les mois qui viennent.

Les acteurs de la francophonie canadienne devront garder les yeux sur cette route pour veiller à ce que les langues officielles ne perdent pas au change devant d’autres priorités.