Réjean Grenier, chroniqueur
Francopresse
Réjean Grenier, chroniqueur
Harriett Mathews écoute les panélistes parler de leur démarche artistique, mars 2017. https://www.flickr.com/photos/lac-bac/34955813790
Harriett Mathews écoute les panélistes parler de leur démarche artistique, mars 2017. https://www.flickr.com/photos/lac-bac/34955813790

Qui est Métis?

FRANCOPRESSE – Dans les années ‘70, un professeur de sociologie à l’Université Laurentienne de Sudbury affirmait que tous les Canadiens français avaient du sang autochtone – sans toutefois proposer de preuve pour appuyer ses dires. Si on en juge par l’expansion fulgurante des adhésions aux associations provinciales de Métis, il n’y aurait toutefois pas que les Canadiens français qui pourraient se dire en partie autochtones. La question de qui peut réclamer le statut de Métis divise d’ailleurs plusieurs de ces associations.

Avant de continuer, je dois avouer que je ne suis probablement pas habilité à poser cette question ni à essayer d’y répondre.

Ayant été adopté par une famille québécoise blanche, j’ai toujours considéré cette famille comme étant ma lignée ancestrale. Je n’ai jamais fait de recherches généalogiques et je me considère blanc. Je me limiterai donc ici à ne citer que des Métis avérés.

Le fait d’être Blanc ne devrait cependant pas nous empêcher de vouloir en savoir plus sur la question.

Mon intérêt a été soulevé récemment lorsqu’un ami écrivait sur Facebook qu’il avait reçu le vaccin contre la COVID-19. Sachant qu’il est beaucoup plus jeune que moi, je lui ai demandé comment il avait fait pour obtenir le vaccin. «Je suis Métis», me dit-il.

Je connais ses parents et je ne savais pas qu’ils étaient de descendance autochtone. Il m’a alors expliqué que son père avait fait des recherches généalogiques et avait découvert des ancêtres autochtones en 1783.

J’ai trouvé ça intéressant que quelqu’un qui ne se savait pas Métis puisse remonter jusqu’au 18e siècle pour le découvrir. «Wow, le professeur de l’Université Laurentienne avait peut-être raison!» me suis-je dit.

Une chronique publiée dans le Globe and Mail cette semaine est cependant venue bouleverser cette idée. La chroniqueuse, Shannon Moneo, elle-même descendante de la famille métisse Hamelin du Manitoba, y décrit la progression impressionnante du nombre de Métis depuis 1996. Et elle y voit un problème.

Dans son texte, Moneo explique que les associations de Métis acceptent sur un pied d’égalité deux types de membres : les inscrits (registered) qui peuvent prouver, baptistères et autres documents officiels à l’appui, une descendance métisse ; et ceux qui se disent Métis (self-identified).

C’est ainsi que depuis 2006, les adhésions à la Nation métisse de l’Ontario par ceux qui se disent Métis ont augmenté de 65 %. Même progression en Nouvelle-Écosse, où le nombre de Métis est passé de 225 à 23 000 en 30 ans. En Colombie-Britannique, l’association provinciale compte 22 000 membres documentés et 70 000 membres qui se disent Métis.

Cette situation cause d’ailleurs des dissensions au sein des différentes associations provinciales de Métis, toujours selon la chronique de Shannon Moneo : en 2019, le Conseil national des Métis a suspendu la Nation métisse de l’Ontario, l’accusant de laxisme dans ses critères d’adhésion. Lorsque la présidente de l’association de Colombie-Britannique a appuyé cette décision du Conseil national, son propre conseil d’administration l’a démise de ses fonctions.

Selon Moneo, cet afflux de gens qui se disent Métis vient brouiller les cartes et dilue les efforts des associations envers l’avancement des Métis. Elle cite le président de la Fédération des Métis du Manitoba, David Chartrand, qui écrivait en janvier dernier qu’il «est regrettable que certains semblent vouloir freiner notre succès en ouvrant la porte à des milliers d’individus qui, de façon fautive et frauduleuse, réclament la citoyenneté métisse».

Moneo affirme que le ministre des Services aux Autochtones du Canada, Marc Miller, et les Métis inscrits doivent développer une définition précise et viable de ce que signifie «être Métis». Elle pousse plus loin en demandant si quelqu’un qui a 1/256e de sang autochtone devrait pouvoir se dire Métis.

J’ai pensé à mon ami dont la généalogie autochtone remonte à 1783.