Julie Gillet, chroniqueuse
Un «non» est un «non». Un «bof» est un «non». Un «oui» suivi d’un «non» est un «non». Une absence de réponse est un «non».
Un «non» est un «non». Un «bof» est un «non». Un «oui» suivi d’un «non» est un «non». Une absence de réponse est un «non».

Pour une culture du consentement

FRANCOPRESSE – C’est l’été ; les jours allongent et les jupes raccourcissent. Ce qui n’est pas une raison pour tenter de voir en dessous, quoi qu’en dise la chanson.

J’ai six ans. Ma mère me raconte l’histoire de cette princesse endormie ramenée à la vie par le baiser d’un prince courageux. Je rêve d’être à sa place, d’être choisie par un beau chevalier.

J’ai huit ans. L’institutrice m’explique gentiment que si Nicolas m’embête et se moque de moi, c’est parce que secrètement, il m’aime bien. J’intériorise le fait que c’est normal qu’un homme s’en prenne à moi.

J’ai onze ans. Dans le bus, un inconnu se colle et se frotte à moi. Je ne dis rien, j’ai honte. Je ne prendrai plus ce bus, tant pis si mon trajet dure maintenant le double du temps.

J’ai quatorze ans. Je découvre Mary a un je ne sais quoi au cinéma. Harceler une femme pour la séduire me parait tout à fait normal. Je ne vois pas le problème. Se faire voler un baiser, c’est quand même plutôt romantique, non?

J’ai dix-sept ans. Alors que je suis à la plage avec une amie, un homme nous filme avec son téléphone en se masturbant. Nous lui crions après. Personne ne réagit autour de nous. Nous quittons la plage, dépitées.

J’ai vingt ans. Je rentre chez moi, seule, après une soirée. Quatre hommes en voiture me suivent, m’insultent et essayent de me forcer à monter dans l’automobile. Quand je raconte les faits à mes amis le lendemain, on me demande comment j’étais habillée et si j’étais soule.

J’ai vingt-cinq ans. Mon petit copain insiste pour faire l’amour, «ça fait longtemps». Je me laisse faire pour éviter une énième dispute. Même si je n’en ai aucune envie. Mes copines me disent que je fais bien.

Etc. Etc. Etc.

Tout au long de ma vie, j’ai été confrontée à des gestes déplacés, à des attitudes insistantes et à des comportements inopportuns dans l’indifférence générale. Rares sont les amis à m’avoir soutenue lorsque je montais au créneau contre une blague sexiste. Rares sont les passants à m’avoir aidée lorsque je ripostais face à une remarque malvenue dans la rue. Encore plus rares sont les amants à ne pas s’être mis sur la défensive lorsque je leur parlais de consentement.

Pourtant, je ne suis pas un cas isolé. Au Canada, une femme sur trois a déjà été l’objet de comportements sexuels non désirés en public. Environ 4,7 millions de Canadiennes — soit 30 % des femmes de 15 ans et plus — ont déclaré avoir été victimes d’agression sexuelle au moins une fois dans leur vie. La grande majorité des victimes n’ont pas déclaré l’agression à la police, par honte, par culpabilité ou par peur d’être blâmées.

Les mouvements sociaux comme #MoiAussi ont permis de lever le voile sur cette situation et de faire avancer le débat, c’est certain. Mais n’empêche que certains continuent de penser que ce n’est pas si grave. Qu’il n’y a pas mort d’homme. Pas de fumée sans feu. Qu’il faut bien insister un peu, parfois, pour obtenir gain de cause. Qu’elle n’avait pas à mettre de jupe, aussi, si elle ne voulait pas qu’on la drague. Puis que c’est difficile de savoir, les femmes changent tout le temps d’avis et disent «non» pour dire «oui».

Beaucoup de garçons grandissent avec l’idée que ce qui est important, ce n’est pas d’obtenir le consentement éclairé d’une femme, mais d’obtenir du sexe. Que leurs pulsions sont irréfrénables et qu’il est normal d’essayer de les assouvir par tous les moyens, et que pour séduire une femme, il faut parfois insister. Que la fin justifie les moyens.

De nombreux films, livres et séries les confortent dans cette idée, de La Guerre des étoiles à Games of Thrones, de Millénium à James Bond en passant par Don Juan. C’est ce qu’on appelle la culture du viol : un ensemble de références et de comportements sociaux qui, volontairement ou non, banalisent, excusent ou enjolivent les agressions à caractère sexuel. Ce ne serait pas entièrement la faute au violeur. La victime était si jolie.

Aussi, la culture du viol contribue à diffuser l’idée qu’un «vrai viol» est forcément glauque et violent. Un inconnu qui vous agresse dans un stationnement souterrain. Or, dans plus de 50 % des cas, la victime connait son agresseur. Il s’agit d’un ami, d’une connaissance ou d’un membre de la famille. Peut-être un homme à qui elle n’a pas forcément dit «non» et qui a interprété cela comme un «oui».

Difficile de porter plainte, de se sentir légitime lorsque la société nous envoie le message que nous sommes probablement un peu fautives, nous aussi.

En matière de consentement, il n’y a pas de lignes floues. Comment savoir? En demandant, pardi! Un «non» est un «non». Un «bof» est un «non». Un «oui» suivi d’un «non» est un «non». Une absence de réponse est un «non».

C’est simple : seul un «oui» enthousiaste est un «oui». S’assurer du plein consentement de l’autre à chaque étape d’un rapport intime devrait être le moteur de nos désirs. Sinon, pourquoi ne pas rester chez soi devant Pornhub?

Arrêtons de culpabiliser nos filles. Qu’elles rentrent quand elles veulent, s’habillent comme elles veulent et fassent ce qu’elles veulent, tant que c’est librement consenti.

Éduquons nos garçons à entendre les «non». Apprenons à connaitre nos limites et à accepter celles des autres. À communiquer davantage. Construisons une sexualité plus respectueuse, plus créative, plus libre, cet été et tous ceux qui suivront.

Mélanie Tremblay
Éditorial

FRANCOPRESSE – On n’a pas l’habitude de vous parler directement à Francopresse. On préfère laisser nos chroniqueurs et nos journalistes vous tenir informés des dossiers d’actualité d’intérêt pour les francophones de partout au pays. Par contre, aujourd’hui, on considère que c’est différent.
Réjean Grenier, chroniqueur
International

FRANCOPRESSE – Les accusations d’espionnage portées la semaine dernière par la Chine contre deux citoyens canadiens, Michael Kovrig et Michael Spavor, donnent un tout autre sens au titre de ce livre publié en 1961 par Jacques Hébert et Pierre-Elliot Trudeau. Et le fait que ce soit le fils Trudeau qui soit «pogné» avec cette situation rocambolesque est quand même un cruel retour de l’Histoire.
Julie Gillet, chroniqueuse
Fête des Pères

FRANCOPRESSE – Ce dimanche, c’est la fête des Pères! Ou bien est-ce celle des magasins? Je ne sais plus, je confonds toujours. Mais une chose est sure : il y aura du sexisme en cadeau.
Réjean Grenier, chroniqueur
Racisme systémique

FRANCOPRESSE – En voyant l’arrestation et le décès de l’Afro-Américain George Floyd aux mains de policiers blancs de Minneapolis, les Canadiens ont, tout comme des millions de personnes de par le monde, été horripilés. Pour plusieurs, notre première réaction aura été de se dire «qu’heureusement, ça ne se passe pas comme ça ici». Une réflexion un peu plus poussée nous obligera cependant à revoir notre supposée supériorité nationale au sujet du racisme.
Chronique

L’EAU VIVE (Saskatchewan) – Saskatoon, juillet 2013. La caméra de Guy Odishaw est centrée sur une pie d’Amérique, inerte sur la route. Pas de doute, l’animal est mort, vraisemblablement fauché par une voiture. L’image a de quoi attrister, mais malheureusement pour les automobilistes chevronnés que nous sommes, ceci est loin d’être un cas isolé.
Bernard Richard
Éditorial

LE MONITEUR ACADIEN (Nouveau-Brunswick) – La COVID-19 a ébranlé le monde des médias qui, déjà, était affligé depuis quelques années. Depuis le début de la pandémie, en Ontario et au Manitoba, un groupe de presse a fermé 15 de ses journaux. Plus près de chez nous, l’Étoile a suspendu temporairement ses opérations et mis à pied ses employés. Plusieurs journaux, dont La Voix acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard, ont temporairement cessé d’imprimer une version papier pour diminuer leurs frais de production.
Réjean Grenier, chroniqueur
Contre la COVID-19

FRANCOPRESSE – Depuis le début de la pandémie de COVID-19, il est devenu clair que la découverte d’un vaccin est la seule façon de vaincre le coronavirus qui cause cette maladie. Mais pour qu’un vaccin élimine la COVID-19, il faut que la grande majorité des citoyens se fasse vacciner. Or, un sondage Léger effectué du 24 au 26 avril dernier indiquait que seulement 60 % des Canadiens et Canadiennes voudraient recevoir l’éventuel vaccin, alors que 40 % affirment que l’inoculation ne devrait pas être obligatoire. Et pire encore, un récent article nous apprenait que 15 % affirment qu’ils refuseront le vaccin.
François Gravel
Économie

ACADIE NOUVELLE (Nouveau-Brunswick) – Même en temps de pandémie, les pommes de friction entre le gouvernement du Canada et les provinces ne disparaissent jamais complètement. Dernière controverse en date: Ottawa est prêt à verser des millions de dollars au Nouveau-Brunswick, mais en imposant des conditions jugées inacceptables par le premier ministre Blaine Higgs.
Julie Gillet, chroniqueuse
Changements climatiques

FRANCOPRESSE – Des cerfs se promenant nonchalamment dans les rues désertes de Paris, un puma à la recherche de nourriture dans un quartier populaire de Santiago au Chili, des eaux translucides accueillant à nouveau poissons, pieuvres et cygnes à Venise : voilà plusieurs semaines que les images idylliques d’une faune reprenant librement ses droits ont envahi nos réseaux sociaux. Les mesures de confinement permettraient aux animaux de folâtrer gaiment dans nos parcs et forêts délaissés, tandis que la baisse des activités industrielles et du transport aérien entrainerait une amélioration drastique de la qualité de l’air.
Christian Bergeron, PhD, sociologue
Histoire

Tel un volcan, la COVID-19 est venue laver l’actualité ; elle a pénétré tous les pores de nos existences et englouti sur son passage notre vie quotidienne. En à peine quelques semaines, nous vivons tous comme des ermites, sans avoir choisi cette vocation. Même si le déconfinement va progresser, nous pensons à l’avenir et nous oscillons entre les scénarios catastrophiques («plus rien ne sera comme avant») et optimistes («ça va bien aller»), tout en observant qu’un certain monde s’éclipse et qu’un autre se pointe à l’horizon. Beaucoup d’apprentis prophètes, vêtus des habits de la science, s’aventurent dans la lecture du (des) temps. Qui croire?
Économie

FRANCOPRESSE – En utilisant ce titre, loin de moi l’idée de concurrencer l’illustre Émile Zola qui a écrit plus de 400 pages sur le sujet. Mais en guise d’introduction, permettez-moi plutôt de citer un auteur contemporain, Dan Fesperman, qui dans son roman L’écrivain public — que je recommande chaudement — écrit : «[…] l’argent a ses lois et ses servitudes, plus importantes pour eux que le respect de leur pays.» Quand il écrit «pour eux», Fesperman parle des banquiers. Nous reviendrons aux banquiers plus loin. Commençons plutôt par les fraudeurs.
Ça va bien aller

L’EXPRESS (Toronto) – Depuis presque deux mois, on voit apparaitre des drapeaux arc-en-ciel avec la mention «Ça va bien aller», laissant entendre qu’on va se sortir de cette pandémie. Le symbole a été lancé en Italie et a rapidement fait le tour du monde, comme cela avait été le cas dans les années 1990 pour illustrer la Fierté gaie.
Société

FRANCOPRESSE – Ça fait déjà quelques années que je me dis que le monde est vraiment dans la «schnoutte» quand les deux pays qui se battent pour le leadeurship du monde sont la Chine de Xi Jinping et les États-Unis de Donald Trump. Et c’est sans compter la Russie de Vladimir Poutine qui continue à rêver de grandeur. La crise du coronavirus n’a certainement pas changé mon opinion.
Nouvelle-Écosse

ACADIE NOUVELLE (Nouveau-Brunswick) – Ce qui est survenu en Nouvelle-Écosse, dans la nuit de samedi à dimanche, est inimaginable. C’est tellement gros, tellement horrible, que notre cerveau peine à prendre la mesure de ce qui est – et de loin – la tuerie la plus meurtrière de toute l’histoire du Canada.
Francophonie

LE DROIT (ONTARIO) – Notre journaliste à Queen’s Park voulait poser une question en français. On lui a dit de revenir plus tard…
Humanité

FRANCOPRESSE – La pandémie du coronavirus n’en est qu’à ses débuts, mais déjà nous pouvons en tirer quelques leçons. En voici quelques-unes.
COVID-19

FRANCOPRESSE – La crise actuelle de la COVID-19 nous force à faire des choses auxquelles nous ne sommes pas habitués : rester chez nous, travailler à distance, maintenir une distance entre nous, etc. En fait, elle nous fait mettre de côté plusieurs aspects plus frivoles de nos vies pour réfléchir à ce qui est vraiment important. Nous délaissons les sorties, les fêtes et les voyages au profit de l’hygiène, la cuisine, la famille. Mais cette crise devrait aussi nous faire réfléchir à «l’après».
COVID-19

MONITEUR ACADIEN (Nouveau-Brunswick) – Les temps difficiles peuvent faire surgir ce qu’il y a de meilleur et ce qu’il y a de pire chez les êtres humains que nous sommes. La pandémie de la COVID-19 en est la preuve irréfutable, si on en avait besoin.
COVID-19

L’EXPRESS – Il est généralement difficile de discerner les opportunités qui émergent d’une crise – qu’elle soit locale, nationale ou même mondiale. La raison se trouve enracinée dans le fait que la crise ne vient généralement pas seule. Elle est toujours accompagnée d’une incertitude, d’un manque d’information qui nous pousse souvent à spéculer sur les effets négatifs qui en découleront.
Éditorial

L’AURORE BORÉALE (Yukon) – Tandis que le Yukon vit une extrême déception, à la fois sportive, communautaire et économique, tandis que les maux de tête montent (à cause des médias sociaux plus que de la fièvre), il se passe dans le monde un truc complètement malade : un pas vers un changement de paradigme. En cette période de montée de la peur, si c’était plutôt l’optimisme que nous rendions viral?
Chronique

Vous penserez certainement que je fais une fixation sur Radio-Canada/CBC mais non. En fait, j’ai plein d’autres intérêts, mais quelques fois il faut bien rapporter certains développements dans l’actualité qui autrement passeraient inaperçus. En voici un qui cette fois met en scène le réseau anglais de Radio-Canada. Si j’en parle, ce n’est pas juste pour écorcher CBC, mais c’est plutôt pour démontrer la méconnaissance et l’insouciance de nos médias anglais envers les Francos hors Québec.
Chronique

LE SAINT-JEANNOIS (Nouveau-Brunswick) – Une couverture piquée au pied d’un lit ou d’un dossier de chaise : l’image évoque chaleur et tranquillité. Bien qu’on ait tendance à penser que ces couvertures remontent au temps de nos grands-parents, en réalité elles sont nées environ 3400 ans avant notre ère, en Égypte. Culicita, le mot latin désignant une couverture piquée, fut introduit en Europe par les Chevaliers templiers lors de leurs croisades. La France abrégea le mot culcita à cuilte, puis les Anglais le traduisirent à quilt.
Éditorial

AURORE BORÉALE (Yukon) — Sous ses apparats grandioses et éloquents, le français laisse dépasser le jupon de son sexisme. Exit les Beauvoir, Sand ou Veil, c’est la langue de Molière! Encore aujourd’hui, les échos de son idéologie patriarcale et archaïque résonnent dans les salles de classe et de rédaction francophones.
Chronique

Deux évènements, un personnel et l’autre sur les réseaux sociaux, me forcent à réfléchir sur l’état du discours social et politique au Canada. Je crois qu’il est important que nous y réfléchissions ensemble.

Depuis quelques années la francophobie montre de plus en plus son petit museau arrogant. On peut penser aux groupuscules antibilinguisme qui pullulent en Alberta, en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Dans cette dernière province, ils ont même réussi à faire élire un premier ministre conservateur, Blaine Higgs, connu pour son vitriol antibilinguisme lorsqu’il était membre du parti Confederation of Regions. Plus récemment, c’est une chronique parue dans le Globe and Mail qui a mis le feu aux poudres. Si on en juge par les commentaires que l’article a suscités, on pourrait presque croire que «conservateur» veut de plus en plus dire «francophobe».
Éditorial

L'ORLÉANAIS - Je suis né dans l’environnement francophone de la basse-ville d’Ottawa et j’y ai vécu jusqu’à mon adolescence. En 1956, j’ai déménagé avec mes parents à Eastview (maintenant Vanier), encore un milieu très francophone. En 1978, marié et père de deux enfants, j’ai opté avec mon épouse d’élever notre famille à Orléans, un village d’environ 15 000 personnes et majoritairement francophone. À l’époque.