Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford
Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford

« Not Right Now »

Denis Gratton
Denis Gratton
Le Droit
LE DROIT (ONTARIO) – Notre journaliste à Queen’s Park voulait poser une question en français. On lui a dit de revenir plus tard…

Vendredi, 10 avril, lors de la conférence de presse quotidienne du premier ministre Doug Ford et des autorités de la santé publique de l’Ontario pour faire le point de la situation de la COVID-19 en province, notre collègue Émilie Pelletier a levé le bras pour poser une question. 

Mais avant de la poser, elle a d’abord demandé au premier ministre Ford - en anglais, puisqu’il ne comprend pas le français -  si quelqu’un parmi les gens derrière lui sur le podium pouvait lui répondre en français. « Is there someone available to answer my question in French ? », a-t-elle demandé. (Y a-t-il quelqu’un parmi vous qui peut répondre en français à ma question ?). 

La réponse de Doug Ford: « Not right now ». (Pas maintenant). 

« Not right now ». Sa réponse s’est limitée à ces trois mots… en anglais. Il ne s’est pas excusé pour l’absence d’intervenants francophones à ses points de presse quotidiens comme c’est toujours le cas (ou presque) depuis le début de cette pandémie. Il n’a pas laissé entendre que la situation serait rectifiée sous peu. Rien. Juste un simple et insultant « not right now », avec une indifférence dans son regard qui se traduisait par « on n’a pas de temps à perdre avec le bilinguisme en temps de crise ». 

Vous, journalistes francophones, posez vos questions en anglais. 

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Certains diront que Doug Ford a un peu raison. Que les « chicanes de langues » et de droits linguistiques peuvent attendre par les temps qui courent. Nous sommes en crise. En pleine pandémie. Des gens meurent. Ce n’est pas le temps pour les « nous sommes, nous serons » et « l’avenir est à ceux qui luttent ». 

Mais on pourrait résumer tout ça par l’insolente et sempiternelle question: « les Franco-Ontariens comprennent l’anglais, pourquoi leur parler en français ? ». 

Pourquoi parler le français en ce temps de crise ? Parce que, justement, nous sommes en temps de crise. Parce que, justement, nous luttons tous pour notre avenir. Comme a dit à Radio-Canada le député néodémocrate du Nord de l’Ontario, Guy Bourgouin: « On parle de nos droits, là. C’est maintenant qu’il faut adresser ça, pour qu’on ait ces services-là en même temps (que les anglophones). Les francophones ne sont pas immunisés à la COVID-19 ». 

Et d’ajouter le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), Jean Johnson: «…Dans un moment de crise on ne parle pas réellement de droit linguistique, on parle de l’importance de protéger les citoyens ». 

Protéger les citoyens, a-t-il dit. Protéger les citoyens francophones de l’Ontario qui ne parlent pas et qui ne comprennent pas l’anglais, ou qui ne maitrisent pas assez bien cette langue pour comprendre toutes ses nuances. On parle surtout des ainés francophones. Des nouveaux-arrivants aussi. Mais c’est particulièrement chez nos ainés que ce manque de communications en français peut devenir carrément dangereux puisqu’ils sont les plus vulnérables devant le coronavirus. 

Vrai, on peut leur demander de se fier aux capsules en français que la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, offre sur Twitter et Facebook pour résumer l’annonce gouvernementale du jour. Mais pourquoi devoir attendre un résumé sur les réseaux sociaux ? Puis de toute façon, lorsqu’on n’a pas d’ordi ou de téléphone intelligent… 

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