Martin Normand, chroniqueur
Francopresse
Martin Normand, chroniqueur
«Il y a un vieil adage qui est souvent repris en francophonie canadienne : quand on n’avance pas, on recule», écrit notre chroniqueur Martin Normand.
«Il y a un vieil adage qui est souvent repris en francophonie canadienne : quand on n’avance pas, on recule», écrit notre chroniqueur Martin Normand.

Les périls de faire du surplace

FRANCOPRESSE – Il y a un vieil adage qui est souvent repris en francophonie canadienne : quand on n’avance pas, on recule. Alors que s’écoulent enfin les derniers jours de 2020, le temps est venu de faire un retour sur une année pas comme les autres ; une année où le progrès en matière de promotion et de protection du français a fait du surplace, mettant en péril des acquis qui contribuent à l’épanouissement des communautés francophones en situation minoritaire.

De toute évidence, l’année 2020 en a été une hors de l’ordinaire. Des actions substantielles à la mesure de la crise ont été prises dans l’urgence et ont bousculé l’agenda public.

On ne peut malheureusement pas prétendre que les langues officielles, principalement le statut du français, aient bénéficié de la même attention. Plusieurs dossiers ont été laissés en suspens pendant plusieurs mois et cette persistance du statuquo, malgré quelques annonces encourageantes en début d’année, a fragilisé le statut du français partout au pays.

Une modernisation suspendue

En janvier, divers intervenants rappelaient au premier ministre Trudeau sa déclaration selon laquelle il était réaliste de déposer un projet de loi modernisant la Loi sur les langues officielles dans les six premiers mois de son mandat.

Plusieurs espéraient voir ce texte législatif durant l’hiver 2020.

Voilà que l’année se termine plutôt avec l’annonce par le gouvernement du dépôt d’un livre blanc sur les langues officielles en début 2021. Cet engagement est bien loin de celui pris par le premier ministre au détour d’une question pendant une conférence de presse en octobre 2019.


« On a commencé l’année en espérant une Loi modernisée dans l’année ; on la termine en se demandant s’il est même réaliste qu’un projet de loi soit adopté l’an prochain. »
Martin Normand, chroniqueur Francopresse

Ce report ne fait qu’amplifier les problèmes qui s’accumulent en matière de promotion et de protection du français dans les institutions fédérales, qui ont été mis à l’avant-scène dans leurs réponses à la crise sanitaire.

L’avenir incertain de l’enseignement supérieur en français

En février, la ministre fédérale des Langues officielles Mélanie Joly et la ministre ontarienne des Affaires francophones Caroline Mulroney se rassemblaient à Toronto pour signer officiellement l’entente de financement de l’Université de l’Ontario en français. Il s’agissait d’un dénouement heureux après des mois d’incertitude quant à la réalisation de ce projet.

Voilà que l’année se termine sur des signaux plutôt sombres provenant de nombreuses institutions postsecondaires. L’avenir du Campus Saint-Jean a fait la manchette depuis plusieurs mois. On apprenait récemment que son indépendance au sein de l’Université de l’Alberta est désormais assurée, mais cette annonce ne résout pas les problèmes liés au sous-financement de cette institution qui en limite sa capacité à se développer.

D’autres institutions ont aussi fait état de difficultés financières, des situations déjà difficiles ayant été empirées par la crise sanitaire. À plusieurs endroits, les programmes en français pourraient écoper, notamment à l’Université de Moncton, à l’Université Laurentienne et à l’Université de Saint-Boniface.


« On a commencé l’année en espérant un renouveau de l’éducation supérieure en français au pays ; on la termine en craignant pour la survie de programmes en français. »
Martin Normand, chroniqueur Francopresse

Les gouvernements fédéral et provinciaux se relancent la balle et leur leadeurship fait défaut sur cet enjeu crucial pour assurer, notamment, la formation de professionnels qui pourront travailler en français en santé et en éducation, par exemple.

Des inégalités qui se perpétuent

Ce ne sont que deux exemples qui témoignent bien que la protection et la promotion du français au pays ont fait du surplace dans la dernière année. Mais quand elles font du surplace, le français est en réalité désavantagé, parce que le statuquo perpétue les inégalités.

Le Commissariat aux langues officielles (CLO) l’a bien démontré dans son rapport annuel ainsi que dans ceux sur les situations d’urgence et sur la fonction publique : en l’absence d’actions concrètes et robustes, le français continue de perdre du terrain dans les institutions fédérales et dans la société canadienne.

Des souhaits pour l’année qui vient

Dans ce contexte, il faut souligner les efforts soutenus des organismes de la francophonie canadienne qui martèlent le message et qui consacrent une importante partie de leurs ressources limitées à appeler à un leadeurship renouvelé quant au statut du français. Et l’année 2021 ne s’annonce pas moins chargée.

Il faudra veiller à ce que les communications quant au déploiement d’une importante campagne de vaccination soient équivalentes dans les deux langues officielles.

Il faudra informer la population quant à l’importance des questions linguistiques sur le recensement à venir.

Il faudra être proactifs et stratégiques si une élection fédérale est déclenchée dans les premiers mois de l’année.

Et il faudra être vigilants pour que les communautés francophones minoritaires profitent de leur juste part des programmes de relance économique et sociale.

Si la promotion et la protection du français font du surplace une année supplémentaire, d’autres acquis pourraient être mis en péril. Souhaitons-nous plutôt une année 2021 remplie d’engagements réalisés et de leadeurship assumé.