Le Parti conservateur ne doit pas devenir francophobe

Réjean Grenier, chroniqueur
Réjean Grenier, chroniqueur
Francopresse
Depuis quelques années la francophobie montre de plus en plus son petit museau arrogant. On peut penser aux groupuscules antibilinguisme qui pullulent en Alberta, en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Dans cette dernière province, ils ont même réussi à faire élire un premier ministre conservateur, Blaine Higgs, connu pour son vitriol antibilinguisme lorsqu’il était membre du parti Confederation of Regions. Plus récemment, c’est une chronique parue dans le Globe and Mail qui a mis le feu aux poudres. Si on en juge par les commentaires que l’article a suscités, on pourrait presque croire que «conservateur» veut de plus en plus dire «francophobe».

Le 17 janvier dernier, Kenneth Whyte, ex-rédacteur en chef au très «conservative» National Post publiait un article intitulé «Conservatives think the party’s next leader should be bilingual. They are wrong». Whyte commence son brulot en expliquant qu’avant les années ’70, aucun chef conservateur ou libéral n’était bilingue. Comme si le passé était garant de l’avenir!

L’argument principal de Whyte pour appuyer sa thèse d’un chef anglophone unilingue (il n’a évidemment jamais considéré un chef francophone unilingue) tourne autour des chances de succès des Conservateurs au Québec. Chiffres à l’appui, il démontre qu’aucun chef conservateur bilingue — sauf le Québécois Brian Mulroney qui en fait élire 63 — n’a réussi à faire élire plus de dix députés au Québec. Sa conclusion est assez simpliste : «Who cares?»

En ne parlant que de l’électorat québécois, Whyte occulte la vingtaine de circonscriptions hors Québec où les francophones ont un vrai poids politique. Soit il a oublié ce détail, soit il ne le sait même pas. De toute façon, «Who cares» hein?

Et si vous pensez que 20 sièges ce n’est pas important, demandez donc à Justin Trudeau. Il mène maintenant un gouvernement minoritaire après avoir perdu exactement 20 députés lors de la dernière élection.

Que du mépris

Mais revenons à Whyte et aux conservateurs. Il n’y a pas que du mépris pour les francophones chez ce chroniqueur. Son discours tient plutôt de la stratégie politique. 

C’est que, voyez-vous, les deux candidats qui mènent la course au leadeurship conservateur, Peter MacKay et Erin O’Toole, ne sont pas bilingues. En fait, le français de MacKay nous ramène à l’ère du «Vos veaux sont après chier (Vos vœux sont appréciés)» de John Diefenbaker. 

Mais ça, c’était au début des années ’60. Depuis il y a une Loi sur les langues officielles. Et MacKay et O’Toole, députés pendant 12 et 8 ans, ont pu suivre gratuitement des cours de français. Or, ils n’ont jamais appris le français. Ça démontre clairement leur non-respect envers la francophonie canadienne.

Mais Whyte croit que MacKay et O’Toole représentent la meilleure chance de prendre le pouvoir. Il est donc prêt à sacrifier 25 % des Canadiens. Et une aile importante du parti conservateur semble le suivre. Tout ça donne des ailes aux éléments antibilinguisme les plus durs comme le Canadians for Language Fairness qui n’a de «fair» que son nom et le Anglophone Rights Association of New Brunswick qui n’a de «right» que son association avec les conservateurs de Higgs.

Les militants conservateurs commenceront à voter par scrutin postal en mai prochain. La nouvelle cheffe ou nouveau chef sera annoncé(e) le 25 juin lors du congrès national du parti à Toronto. Espérons que les membres du parti se souviendront que, depuis 50 ans, les chefs qui leur ont donné les plus grands succès, Brian Mulroney et Stephen Harper, étaient bilingues.