Serge Miville
Stéphanie Chouinard
Stéphanie Chouinard

Le paradoxe Québec/Francophonie canadienne

Serge Miville, Chaire de recherche en histoire de l’Ontario français, directeur de l’Institut franco-ontarien et professeur adjoint, département d’histoire, Université Laurentienne Stéphanie Chouinard, professeure adjointe, science politique, Collège militaire royal de Kingston et Queen’s University

Le protocole d’entente entre le Quebec Community Groups Network (QCGN), l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) a été dévoilé le 3 juillet 2019. Il énonce le double objectif de faire des langues officielles, notamment de la modernisation de la Loi sur les langues officielles, un enjeu électoral d’une part et, d’autre part, de défendre les institutions existantes chez les minoritaires.

Cette annonce en a fait sursauter plus d’un. Alors qu’on prépare un sommet historique organisé par le Secrétariat québécois aux relations canadiennes et la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), cette curieuse alliance entre les associations représentant les francophones de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick avec le QCGN apparait contradictoire et même incompréhensible, remettant en question la solidarité franco-canadienne. Prévisible, elle est, croyons-nous, la manifestation combien limpide d’un régime juridique paradoxal qui, malgré l’horizon partagé entre le Québec et la francophonie canadienne, rend la mise en commun presque impossible.

Par le truchement de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, le gouvernement fédéral force les provinces à assurer l’accès à l’enseignement dans la langue de la minorité — ce qu’elles ont souvent fait à rebrousse-poil, si on en croit les nombreux litiges démontrant la violation de ces garanties constitutionnelles. Ces droits s’appliquent de façon presque symétrique à toutes les communautés de langue officielle en situation minoritaire, les «CLOSM», comme le gouvernement fédéral les appelle, de manière fort clinique et peu éloquente. Du coup, malgré l’inégalité frappante de leurs situations respectives, les droits des francophones hors Québec (FHQ) sont liés à ceux des Anglo-Québécois. Ces derniers, rappelons-le, ont trois universités publiques, un réseau institutionnel beaucoup plus complet et participent à la majorité culturelle et linguistique du Canada et de l’Amérique du Nord.


« Autrement dit, malgré la situation privilégiée de la minorité anglo-québécoise, malgré l’asymétrie des situations et des rapports de force entre les langues et les cultures anglaises et françaises en Amérique, ces communautés sont juridiquement symétriques. Nous serions tous des minoritaires. Pourtant, certains sont plus minoritaires que d’autres. »
Serge Miville

Certains jugent d’ailleurs sévèrement le Québec d’avoir milité contre les FHQ dans l’arène juridique. En effet, sous prétexte qu’une décision favorable aux FHQ menacerait sa propre souveraineté en matière de langue d’enseignement et, ainsi, sa propre capacité de protéger sa langue publique commune, le Québec a souvent cherché à limiter les gains juridiques des FHQ. Le Québec faisait face à la même contradiction fondamentale qui occupe présentement l’AFO et la SANB. Il s’est donc ligué avec les provinces anglophones et, ironiquement, a milité contre l’expansion du fait français au pays afin de se protéger, au grand dam de l’ensemble de la francophonie canadienne.

D’autres ont affirmé que la Cour suprême du Canada a octroyé une certaine marge de manœuvre au Québec en soulignant l’asymétrie des dynamiques linguistiques au pays, reconnaissant que la langue de Molière nécessite une plus grande protection. Or, malgré cette avancée juridique, la réalité politique reste nivelée de part et d’autre. En créant les «CLOSM», le gouvernement fédéral a imposé aux FHQ un statut équivalent à la minorité anglophone.

C’est ainsi qu’il faut comprendre la signature d’un «protocole» d’apparence contradictoire. L’AFO et la SANB craignent, avec la menace qui plane sur l’avenir des commissions scolaires anglophones, que leurs propres conseils, parmi les seules institutions démocratiquement élues et ayant un pouvoir de taxation (et donc de dépense) en milieu minoritaire, soient vaporisés par les gouvernements populistes de Blaine Higgs au Nouveau-Brunswick et de Doug Ford en Ontario, au nom de la «saine gestion des finances publiques». Un tel scénario aurait un impact catastrophique sur l’avenir des FHQ, plus encore que sur les Anglo-Québécois dont le pouvoir d’attraction est largement supérieur.

Le Québec, l’AFO et la SANB, dont l’intérêt partagé est la protection et la promotion du fait français, doivent résoudre ce paradoxe. Puisqu’ils sont des «CLOSM», les FHQ sont juridiquement liés à ceux des Anglo-Québécois. Seul État majoritairement francophone en Amérique, le Québec cherche à limiter l’expansion des droits de sa minorité linguistique pour protéger le fait français chez lui. Cette situation tordue est néanmoins réelle.

Le sommet annoncé pour 2020 devra donc nécessairement poser la question du régime linguistique canadien qui, jusqu’à présent, fragilise la solidarité pourtant naturelle entre le Québec et les FHQ. En effet, la symétrie du régime linguistique et la réduction des minorités nationales acadienne et franco-ontarienne en «CLOSM» sont autant de forces qui nuisent à l’articulation d’un projet commun sur l’avenir du fait français.


NOTA : Les opinions exprimées dans les lettres d’opinion publiées sur Francopresse n’engagent que leur auteur.

Julie Gillet, chroniqueuse
Consentement

FRANCOPRESSE – C’est l’été ; les jours allongent et les jupes raccourcissent. Ce qui n’est pas une raison pour tenter de voir en dessous, quoi qu’en dise la chanson.
Mélanie Tremblay
Éditorial

FRANCOPRESSE – On n’a pas l’habitude de vous parler directement à Francopresse. On préfère laisser nos chroniqueurs et nos journalistes vous tenir informés des dossiers d’actualité d’intérêt pour les francophones de partout au pays. Par contre, aujourd’hui, on considère que c’est différent.
Réjean Grenier, chroniqueur
International

FRANCOPRESSE – Les accusations d’espionnage portées la semaine dernière par la Chine contre deux citoyens canadiens, Michael Kovrig et Michael Spavor, donnent un tout autre sens au titre de ce livre publié en 1961 par Jacques Hébert et Pierre-Elliot Trudeau. Et le fait que ce soit le fils Trudeau qui soit «pogné» avec cette situation rocambolesque est quand même un cruel retour de l’Histoire.
Julie Gillet, chroniqueuse
Fête des Pères

FRANCOPRESSE – Ce dimanche, c’est la fête des Pères! Ou bien est-ce celle des magasins? Je ne sais plus, je confonds toujours. Mais une chose est sure : il y aura du sexisme en cadeau.
Réjean Grenier, chroniqueur
Racisme systémique

FRANCOPRESSE – En voyant l’arrestation et le décès de l’Afro-Américain George Floyd aux mains de policiers blancs de Minneapolis, les Canadiens ont, tout comme des millions de personnes de par le monde, été horripilés. Pour plusieurs, notre première réaction aura été de se dire «qu’heureusement, ça ne se passe pas comme ça ici». Une réflexion un peu plus poussée nous obligera cependant à revoir notre supposée supériorité nationale au sujet du racisme.
Chronique

L’EAU VIVE (Saskatchewan) – Saskatoon, juillet 2013. La caméra de Guy Odishaw est centrée sur une pie d’Amérique, inerte sur la route. Pas de doute, l’animal est mort, vraisemblablement fauché par une voiture. L’image a de quoi attrister, mais malheureusement pour les automobilistes chevronnés que nous sommes, ceci est loin d’être un cas isolé.
Bernard Richard
Éditorial

LE MONITEUR ACADIEN (Nouveau-Brunswick) – La COVID-19 a ébranlé le monde des médias qui, déjà, était affligé depuis quelques années. Depuis le début de la pandémie, en Ontario et au Manitoba, un groupe de presse a fermé 15 de ses journaux. Plus près de chez nous, l’Étoile a suspendu temporairement ses opérations et mis à pied ses employés. Plusieurs journaux, dont La Voix acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard, ont temporairement cessé d’imprimer une version papier pour diminuer leurs frais de production.
Réjean Grenier, chroniqueur
Contre la COVID-19

FRANCOPRESSE – Depuis le début de la pandémie de COVID-19, il est devenu clair que la découverte d’un vaccin est la seule façon de vaincre le coronavirus qui cause cette maladie. Mais pour qu’un vaccin élimine la COVID-19, il faut que la grande majorité des citoyens se fasse vacciner. Or, un sondage Léger effectué du 24 au 26 avril dernier indiquait que seulement 60 % des Canadiens et Canadiennes voudraient recevoir l’éventuel vaccin, alors que 40 % affirment que l’inoculation ne devrait pas être obligatoire. Et pire encore, un récent article nous apprenait que 15 % affirment qu’ils refuseront le vaccin.
François Gravel
Économie

ACADIE NOUVELLE (Nouveau-Brunswick) – Même en temps de pandémie, les pommes de friction entre le gouvernement du Canada et les provinces ne disparaissent jamais complètement. Dernière controverse en date: Ottawa est prêt à verser des millions de dollars au Nouveau-Brunswick, mais en imposant des conditions jugées inacceptables par le premier ministre Blaine Higgs.
Julie Gillet, chroniqueuse
Changements climatiques

FRANCOPRESSE – Des cerfs se promenant nonchalamment dans les rues désertes de Paris, un puma à la recherche de nourriture dans un quartier populaire de Santiago au Chili, des eaux translucides accueillant à nouveau poissons, pieuvres et cygnes à Venise : voilà plusieurs semaines que les images idylliques d’une faune reprenant librement ses droits ont envahi nos réseaux sociaux. Les mesures de confinement permettraient aux animaux de folâtrer gaiment dans nos parcs et forêts délaissés, tandis que la baisse des activités industrielles et du transport aérien entrainerait une amélioration drastique de la qualité de l’air.
Christian Bergeron, PhD, sociologue
Histoire

Tel un volcan, la COVID-19 est venue laver l’actualité ; elle a pénétré tous les pores de nos existences et englouti sur son passage notre vie quotidienne. En à peine quelques semaines, nous vivons tous comme des ermites, sans avoir choisi cette vocation. Même si le déconfinement va progresser, nous pensons à l’avenir et nous oscillons entre les scénarios catastrophiques («plus rien ne sera comme avant») et optimistes («ça va bien aller»), tout en observant qu’un certain monde s’éclipse et qu’un autre se pointe à l’horizon. Beaucoup d’apprentis prophètes, vêtus des habits de la science, s’aventurent dans la lecture du (des) temps. Qui croire?
Économie

FRANCOPRESSE – En utilisant ce titre, loin de moi l’idée de concurrencer l’illustre Émile Zola qui a écrit plus de 400 pages sur le sujet. Mais en guise d’introduction, permettez-moi plutôt de citer un auteur contemporain, Dan Fesperman, qui dans son roman L’écrivain public — que je recommande chaudement — écrit : «[…] l’argent a ses lois et ses servitudes, plus importantes pour eux que le respect de leur pays.» Quand il écrit «pour eux», Fesperman parle des banquiers. Nous reviendrons aux banquiers plus loin. Commençons plutôt par les fraudeurs.
Ça va bien aller

L’EXPRESS (Toronto) – Depuis presque deux mois, on voit apparaitre des drapeaux arc-en-ciel avec la mention «Ça va bien aller», laissant entendre qu’on va se sortir de cette pandémie. Le symbole a été lancé en Italie et a rapidement fait le tour du monde, comme cela avait été le cas dans les années 1990 pour illustrer la Fierté gaie.
Société

FRANCOPRESSE – Ça fait déjà quelques années que je me dis que le monde est vraiment dans la «schnoutte» quand les deux pays qui se battent pour le leadeurship du monde sont la Chine de Xi Jinping et les États-Unis de Donald Trump. Et c’est sans compter la Russie de Vladimir Poutine qui continue à rêver de grandeur. La crise du coronavirus n’a certainement pas changé mon opinion.
Nouvelle-Écosse

ACADIE NOUVELLE (Nouveau-Brunswick) – Ce qui est survenu en Nouvelle-Écosse, dans la nuit de samedi à dimanche, est inimaginable. C’est tellement gros, tellement horrible, que notre cerveau peine à prendre la mesure de ce qui est – et de loin – la tuerie la plus meurtrière de toute l’histoire du Canada.
Francophonie

LE DROIT (ONTARIO) – Notre journaliste à Queen’s Park voulait poser une question en français. On lui a dit de revenir plus tard…
Humanité

FRANCOPRESSE – La pandémie du coronavirus n’en est qu’à ses débuts, mais déjà nous pouvons en tirer quelques leçons. En voici quelques-unes.
COVID-19

FRANCOPRESSE – La crise actuelle de la COVID-19 nous force à faire des choses auxquelles nous ne sommes pas habitués : rester chez nous, travailler à distance, maintenir une distance entre nous, etc. En fait, elle nous fait mettre de côté plusieurs aspects plus frivoles de nos vies pour réfléchir à ce qui est vraiment important. Nous délaissons les sorties, les fêtes et les voyages au profit de l’hygiène, la cuisine, la famille. Mais cette crise devrait aussi nous faire réfléchir à «l’après».
COVID-19

MONITEUR ACADIEN (Nouveau-Brunswick) – Les temps difficiles peuvent faire surgir ce qu’il y a de meilleur et ce qu’il y a de pire chez les êtres humains que nous sommes. La pandémie de la COVID-19 en est la preuve irréfutable, si on en avait besoin.
COVID-19

L’EXPRESS – Il est généralement difficile de discerner les opportunités qui émergent d’une crise – qu’elle soit locale, nationale ou même mondiale. La raison se trouve enracinée dans le fait que la crise ne vient généralement pas seule. Elle est toujours accompagnée d’une incertitude, d’un manque d’information qui nous pousse souvent à spéculer sur les effets négatifs qui en découleront.
Éditorial

L’AURORE BORÉALE (Yukon) – Tandis que le Yukon vit une extrême déception, à la fois sportive, communautaire et économique, tandis que les maux de tête montent (à cause des médias sociaux plus que de la fièvre), il se passe dans le monde un truc complètement malade : un pas vers un changement de paradigme. En cette période de montée de la peur, si c’était plutôt l’optimisme que nous rendions viral?
Chronique

Vous penserez certainement que je fais une fixation sur Radio-Canada/CBC mais non. En fait, j’ai plein d’autres intérêts, mais quelques fois il faut bien rapporter certains développements dans l’actualité qui autrement passeraient inaperçus. En voici un qui cette fois met en scène le réseau anglais de Radio-Canada. Si j’en parle, ce n’est pas juste pour écorcher CBC, mais c’est plutôt pour démontrer la méconnaissance et l’insouciance de nos médias anglais envers les Francos hors Québec.
Chronique

LE SAINT-JEANNOIS (Nouveau-Brunswick) – Une couverture piquée au pied d’un lit ou d’un dossier de chaise : l’image évoque chaleur et tranquillité. Bien qu’on ait tendance à penser que ces couvertures remontent au temps de nos grands-parents, en réalité elles sont nées environ 3400 ans avant notre ère, en Égypte. Culicita, le mot latin désignant une couverture piquée, fut introduit en Europe par les Chevaliers templiers lors de leurs croisades. La France abrégea le mot culcita à cuilte, puis les Anglais le traduisirent à quilt.
Éditorial

AURORE BORÉALE (Yukon) — Sous ses apparats grandioses et éloquents, le français laisse dépasser le jupon de son sexisme. Exit les Beauvoir, Sand ou Veil, c’est la langue de Molière! Encore aujourd’hui, les échos de son idéologie patriarcale et archaïque résonnent dans les salles de classe et de rédaction francophones.
Chronique

Deux évènements, un personnel et l’autre sur les réseaux sociaux, me forcent à réfléchir sur l’état du discours social et politique au Canada. Je crois qu’il est important que nous y réfléchissions ensemble.

Depuis quelques années la francophobie montre de plus en plus son petit museau arrogant. On peut penser aux groupuscules antibilinguisme qui pullulent en Alberta, en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Dans cette dernière province, ils ont même réussi à faire élire un premier ministre conservateur, Blaine Higgs, connu pour son vitriol antibilinguisme lorsqu’il était membre du parti Confederation of Regions. Plus récemment, c’est une chronique parue dans le Globe and Mail qui a mis le feu aux poudres. Si on en juge par les commentaires que l’article a suscités, on pourrait presque croire que «conservateur» veut de plus en plus dire «francophobe».
Éditorial

L'ORLÉANAIS - Je suis né dans l’environnement francophone de la basse-ville d’Ottawa et j’y ai vécu jusqu’à mon adolescence. En 1956, j’ai déménagé avec mes parents à Eastview (maintenant Vanier), encore un milieu très francophone. En 1978, marié et père de deux enfants, j’ai opté avec mon épouse d’élever notre famille à Orléans, un village d’environ 15 000 personnes et majoritairement francophone. À l’époque.
Réjean Grenier, chroniqueur
Chronique

Le site web Le projet Voltaire définit cette expression ainsi : «Une personne qui tente de ménager la chèvre et le chou est … perçue comme cherchant à satisfaire des intérêts ou des protagonistes opposés…». C’est ce qu’a fait de main de maitre l’ombudsman de Radio-Canada, Guy Gendron, dans sa décision concernant l’émission spéciale de la soirée électorale du 21 octobre dernier.