Le camping gagne beaucoup en popularité au Canada durant le boum économique de la période qui suit la Deuxième Guerre mondiale.
Le camping gagne beaucoup en popularité au Canada durant le boum économique de la période qui suit la Deuxième Guerre mondiale.

Le camping au Canada : un mode de vie devenu loisir

Dominique Liboiron, chroniqueur
L’Eau vive
L’EAU VIVE (Saskatchewan) – Les Canadiens adorent camper. Chaque année, nous sommes des millions à fréquenter les terrains de camping. Mais savez-vous pourquoi le camping est devenu si populaire au pays? Explorons l’histoire surprenante et tumultueuse de ce passetemps qui constitue une partie de notre identité nationale.

Commençons notre découverte avec une définition. Selon l’Encyclopédie canadienne, le camping se définit comme «une façon de vivre dans un abri temporaire ou mobile en plein air». Cette interprétation s’applique non seulement au camping moderne, mais aussi au mode de vie des Premières Nations tel qu’il a existé pendant des milliers d’années. L’histoire du camping remonte donc à des temps bien lointains.

Les explorateurs, les missionnaires et les voyageurs ont aussi été des campeurs. Mais, à la fin de leur ère, c’est-à-dire l’époque de la traite des fourrures, le camping subit un changement profond.

Durant les années 1880, l’économie des fourrures se désintègre. L’excès de chasse pousse les bisons et les castors au seuil de l’extinction et la mine d’or que représentaient leurs peaux s’épuise. De plus, les Autochtones se voient confinés sur des réserves.

Une destruction culturelle s’ensuit. Hormis quelques exceptions, le camping comme mode de vie n’existe pratiquement plus.

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Les Premières Nations se procuraient les peaux et les échangeaient pour des biens matériels avec des entreprises telles que la Compagnie de la Baie d’Hudson. Tout comme ses concurrents, cette dernière perd donc à la fois sa main-d’œuvre et sa clientèle.

Conscients qu’ils doivent s’adapter ou disparaitre, les différents manufacturiers de canots, de tentes et de sacs de couchage essayent alors d’attirer des clients de souches blanches en les ciblant avec des publicités qui encouragent le camping comme loisir. Des objets que l’on associait auparavant aux Autochtones, comme les fameuses couvertes en laine, se vendent désormais pour le camping récréatif.

Les entrepreneurs ne sont pas les seuls à encourager le camping. La création du parc national de Banff, en Alberta, par le gouvernement et la construction du Chemin de fer Canadien Pacifique, en 1885, stimulent aussi le camping. Les premiers campeurs de l’époque appartiennent surtout à la classe aisée.

Vers la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, nous assistons aux premiers camps organisés par les églises, les Scouts, les Guides ou le YMCA. Le camping devient un moyen pour approfondir sa foi, pour développer des amitiés et de l’autosuffisance, ainsi que pour améliorer la santé et le caractère des jeunes. C’est le début du camping pour la majorité des Canadiens tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Notre amour du camping s’explique en partie par des plaisirs doux comme rôtir des guimauves!

Un loisir devenu identité

La pauvreté causée par la Grande Dépression limite l’expansion du camping. Mais, à la suite de la Deuxième Guerre mondiale, le Canada et les États-Unis savourent un boum économique. Après 10 ans de dépression et 6 ans de guerre, les Canadiens s’impatientent de jouir de la vie. Ils veulent des vacances et ils ont l’argent pour se les payer.

Cet essor permet aux Canadiens d’acheter de nouvelles voitures et de voyager. Du même temps, les chemins s’améliorent et les camps se multiplient. La construction de la Transcanadienne débute en 1950 et des terrains de camping sont construits à des intervalles de 100 miles, ou 160 km. Le camping prend alors une ampleur nationale. 

À cela, il faut ajouter la création du vaste réseau des parcs provinciaux et régionaux qui se développe à partir des années 1950 qui encourage à son tour l’effervescence de ce loisir. Les Canadiens trouvent des terrains de camping bien aménagés à portée de main. 

L’industrie des roulottes et des autocaravanes émerge dans les années 1960. Des compagnies telles que Winnebago et Jayco aux États-Unis ou Boler au Canada comptent parmi les pionniers, exploitant un marché en pleine expansion.

Les manufacturiers de tentes développent des modèles en nylon durant ces mêmes années. Des tentes qui pèsent et coutent moins que celles en canevas utilisées autrefois, contribuant ainsi à la popularité du camping.

Depuis les années 1980, le réseau de concessionnaires de véhicules récréatifs et le nombre de magasins d’équipement de camping ne cessent de croitre. Plus les Canadiens campent, plus ils aiment camper. Conquis par les plaisirs simples du camping, nous avons transformé, été après été, ce loisir d’après-guerre en une tradition. Et cette tradition s’est transformée à son tour en une partie de notre identité nationale.