Martin Normand, chroniqueur
Francopresse
Martin Normand, chroniqueur
«Plusieurs souhaitaient que la discussion s’élargisse pour que cette loi ne soit pas cantonnée à être une loi pour les minorités linguistiques, mais bien une loi qui concerne l’ensemble des Canadiennes et des Canadiens», écrit notre chroniqueur Martin Normand.
«Plusieurs souhaitaient que la discussion s’élargisse pour que cette loi ne soit pas cantonnée à être une loi pour les minorités linguistiques, mais bien une loi qui concerne l’ensemble des Canadiennes et des Canadiens», écrit notre chroniqueur Martin Normand.

Jouer la carte de la langue

FRANCOPRESSE – Une cascade d’évènements récents a fait en sorte que la protection du français au Québec s’est retrouvée au-devant de l’agenda public. Les partis d’opposition à la Chambre des communes ont saisi l’occasion pour souligner l’urgence de revoir la Loi sur les langues officielles (LLO). Or, cet intérêt nouveau pourrait au contraire retarder une fois de plus sa modernisation tant attendue.

Depuis le début, les demandes pour une modernisation de la LLO sont portées par les organismes porte-parole des communautés francophones en situation minoritaires, auxquels se sont greffés quelques autres acteurs.

Or, plusieurs souhaitaient que la discussion s’élargisse pour que cette loi ne soit pas cantonnée à être une loi pour les minorités linguistiques, mais bien une loi qui concerne l’ensemble des Canadiennes et des Canadiens.

Dans ce contexte, le Québec aurait pu devenir un précieux allié des communautés francophones pour faire aboutir le projet.

Le débat linguistique au Québec

Voilà que la protection du français est à l’avant-plan au Québec depuis quelques semaines pour plusieurs raisons : les difficultés de se faire servir en français dans les commerces du centre-ville de Montréal, l’agrandissement prévu du Collège Dawson (un cégep anglophone), l’intention du gouvernement du Québec de déposer prochainement un projet de loi renforçant la Charte de la langue française, les commentaires de la députée Lambropoulos sur le déclin du français au Québec.


« Dans ce contexte, des politiciens et des commentateurs du Québec se sont finalement saisis de la modernisation de la LLO dans les dernières semaines, mais y sont arrivés de façon plus réactionnaire et opportuniste que proactive et désintéressée. »
Martin Normand, chroniqueur Francopresse

On peut certainement se réjouir que les partis d’opposition à Ottawa fassent enfin le relai de la modernisation à la Chambre des communes et utilisent la période de questions pour enjoindre le gouvernement libéral à agir promptement. Mais ils cadrent bien différemment leurs interventions.

La récente déclaration dans le discours du Trône à l’effet que le gouvernement fédéral s’engage désormais à protéger davantage le français, même au Québec, a ouvert la porte à ce que les partis d’opposition réclament une intervention vigoureuse du gouvernement au Québec.

C’est ce qui domine dans les interventions des députés, principalement du Parti conservateur et du Bloc québécois, depuis quelques semaines.

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Les conséquences sur la modernisation de la LLO

Ce nouveau contexte peut avoir deux conséquences sur la modernisation envisagée par les organismes des communautés francophones.

D’une part, il pourrait y avoir des points de tension entre leurs besoins et attentes et celles du Québec dans une éventuelle modernisation. Certains ont déjà souligné qu’ils craignent un élargissement de la Charte de la langue française aux entreprises à charte fédérale, ce qui pourrait avoir comme corolaire un resserrement en faveur de l’anglais dans d’autres provinces.

Ou encore, si l’immigration francophone se retrouvait plus spécifiquement dans une LLO modernisée, il pourrait y avoir des divergences d’intérêt sur l’accueil et l’établissement des immigrants francophones au pays.


« Dans de tels cas, les communautés francophones feront-elles le poids devant le gouvernement du Québec dans leurs efforts de veiller à ce que le gouvernement fédéral reconnaisse leurs besoins? »
Martin Normand, chroniqueur Francopresse

D’autre part, ce débat se déroule dans le contexte d’un gouvernement minoritaire, où le Parti libéral devra compter sur l’appui d’un parti de l’opposition pour faire adopter une LLO modernisée, alors que le calendrier est de plus en plus serré pour y parvenir.

Il est évident que les partis d’opposition mobilisent cet enjeu pour démontrer aux Québécoises et aux Québécois qu’ils sont plus engagés à assurer la protection du français et la promotion des intérêts du Québec que le Parti libéral.

Ainsi, ces partis accepteront-ils d’appuyer rapidement un projet de loi présenté par le gouvernement dans les prochaines semaines? Se satisferont-ils des mesures proposées, chercheront-ils à l’amender ou préfèreront-ils en faire un enjeu, si une campagne électorale devait être déclenchée dans la première moitié de 2021?

Le Parti libéral peut lui aussi faire ce calcul et se demander s’il est avantageux ou non de déposer un projet de loi avant une éventuelle campagne électorale.


« Peu importe le scénario qui se concrétisera, difficile d’imaginer qu’il ne retardera pas à nouveau la modernisation de la LLO. »
Martin Normand, chroniqueur Francopresse

Un livre blanc annoncé

Le gouvernement a confirmé qu’il prépare un livre blanc sur les langues officielles, qui verra à identifier des mesures qui pourraient être prises pour améliorer la protection et la promotion du français au pays.

Est-ce que ce livre blanc pourra ménager la chèvre et le chou en articulant une vision qui réconcilie l’égalité des deux langues officielles et le besoin de protéger le français au pays, y compris au Québec? Est-ce que ce livre blanc réussira à satisfaire les demandes répétées des communautés francophones?

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La tâche s’annonce ardue pour y concilier les intérêts des diverses parties prenantes, et l’intérêt renouvelé au Québec pour la modernisation vient brouiller les cartes.

Il sera difficile pour quiconque de disposer d’une main gagnante d’ici à de nouvelles élections fédérales.