Finalement un peu d’action

Ce qui s’annonçait être une autre course à deux, entre conservateurs et libéraux, pour les élections fédérales est en train de se transformer.

Au Québec, le Bloc québécois prend de plus en plus de place. Dans d’autres parties du Canada, c’est le Nouveau Parti démocratique, et son chef Jagmeet Singh, qui a gagné en sympathisants au cours des derniers jours. Les plus récents sondages indiquent un gain de 13 % d’intention de vote pour le NPD par rapport au début de la campagne.

Cette tendance est certainement le résultat d’une multitude de facteurs influencés par les performances de tous les partis, mais regardons-en deux.

Les analystes ont mentionné à plusieurs reprises que le chef néodémocrate semblait avoir du plaisir en campagne et dans les débats télévisés. Les téléspectateurs ont probablement fait le même constat. Les débats ont permis à M. Singh de se faire mieux connaitre de la population, car il partait de loin en début de campagne; le chef du NPD avait eu peu de visibilité. Il est possible que les électeurs aient été conquis par son ton plus convivial et désinvolte; un effet très similaire à ce que Justin Trudeau a réussi à faire en 2015.

Et il y a peut-être une partie d’entre eux qui aimeraient voir une rencontre entre Donald Trump et Jagmeet Singh!


Lire l’article dans son intégralité sur le site du journal Le Voyageur

Éditorial

LE MONITEUR ACADIEN (Nouveau-Brunswick) – La nouvelle année apporte avec elle de nouveaux défis pour le journal Le Moniteur Acadien. Certains des changements que nous entreprenons se font par nécessité et non par choix, tandis que d’autres font partie des exigences d’un monde en changement et du besoin de s’adapter à de nouvelles réalités pour survivre.

En même temps, nous sommes toujours à la recherche de façons d’améliorer la qualité du Moniteur afin de mieux répondre à vos attentes, aux besoins des commerçants qui nous appuient et à l’évolution des communautés acadiennes que nous desservons.

Le premier élément de renouveau a été imposé par la fermeture de Transcontinental, notre imprimerie depuis sept ans. Heureusement, nous avons pu trouver une imprimerie de remplacement, Advocate Printing de Pictou, en Nouvelle-Écosse, qui nous permettra de poursuivre nos opérations sans interruption. Ce changement, qui prendra effet la semaine du 20 janvier, aura quand même des conséquences. Le journal sera un peu plus petit (2,5 cm ou un pouce plus court) et la livraison sera repoussée d’une journée, du mardi au mercredi.

Si tout va bien, l’année 2020 risque aussi d’apporter un nouveau choix à nos lecteurs. Un de nos projets est de vous offrir une version numérique d’ici quelques mois. Cela demande un investissement considérable mais, encore là, c’est une option qui s’impose dans un monde assoiffé de nouvelles technologies et de nouvelles manières d’avoir accès à l’information. Votre humble serviteur, d’un certain âge, s’informe lui-même par l’entremise d’abonnements à l’Acadie Nouvelle et au Globe & Mail et grâce aux sites web du journal Le Devoir, du Washington Post et du journal Le Point, pour ne mentionner que ceux-là. C’est bien connu, on n’arrête pas le progrès!

Chronique

AURORE BORÉALE (Yukon) – L’ampleur des changements climatiques est sans précédent. Les effets de ces changements sont plus marqués et se produisent à un rythme plus rapide dans le Nord qu’ailleurs dans le monde. Face à ce constat, réduire son impact environnemental est devenu le mantra de nombreuses personnes. Dont moi.

Pour la survie de la planète, des abeilles et des glaciers, je me suis mise à consommer moins, consommer mieux, manger local, refuser les produits transformés, réparer, coudre, recycler. Décrypter les étiquettes, m’informer et passer des heures sur Internet à chercher comment voyager sans faire exploser mon bilan carbone. Me déplacer à vélo, fabriquer mes produits d’entretien, mon pain et mon kombucha.

Chronique

L’EXPRESS, Ontario. «Toute ma vie, je me suis battu pour la francophonie et pour l’égalité des deux communautés linguistiques… Peut-être que la guerre que j’ai menée toute ma vie rapportera quelque chose, et ce, même si les défaites s’additionnent.»

C’est ce qu’écrit Michel Bastarache dans une autobiographie réalisée avec le journaliste Antoine Trépanier comme coauteur, publiée sous le titre Ce que je voudrais dire à mes enfants par Les Presses de l’Université d’Ottawa.

Une préface signée par sa compatriote acadienne Antonine Maillet prédit que «ce récit d’une vie, pétri avec le cœur autant qu’avec le cerveau, restera un joyau indispensable à tous ceux qui se penchent sur leur propre existence, parce qu’il nous révèle à la fois les plages cachées de notre passé, les ambigüités de notre présent et surtout les espoirs insoupçonnés de notre avenir».

La Saskatchewan se prête bien à l’exploration. Nos chemins de campagne mènent tous éventuellement à des endroits intéressants, mais parfois oubliés. Peut-être qu’il s’agit d’une vieille église ou d’une étable balayée par le vent. Un photographe de Shaunavon explore ces coins perdus et partage leur découverte.

Chris Attrell capte surtout les symboles des Prairies. C’est-à-dire qu’il se concentre sur les villages fantômes, les élévateurs et les bâtisses abandonnées. Ce qui distingue sa photographie et la rend mémorable est que Chris Attrell prend souvent ses photos la nuit.

Ni animal, ni végétal, ni champignon, mais bien vivant! Dépourvu de cerveau, mais intelligent! Unicellulaire, mais géant! Rencontre avec le blob, cette créature qui sort de 500 millions d’années de mutisme.

Nombre de marcheurs sont surement passés devant lui, qui est présent dans tous les sous-bois du globe, sans connaitre son incroyable pouvoir, le confondant avec un vulgaire lichen. Non, le myxomycète ne fait pas partie de ce monde : il est tout droit sorti d’un Marvel!

Le parc des Collines de Cyprès compte parmi les parcs les plus visités de la Saskatchewan. La majorité des touristes y vont l’été, mais l’hiver, grâce à sa neige abondante et le calme de sa saison creuse, le parc offre une expérience de plein air digne de votre considération.

Situé à 20 minutes au sud de Maple Creek, ce parc provincial accorde une belle gamme d’activités d’hiver. Vous y trouverez de la raquette, de la motoneige, du toboggan, du ski de fond et du patinage.

«On sait ben! C’est l’garçon de son père!» Expression d’usage courant, mais fort curieuse… On ne peut pas être père sans fils, ni fils sans père. L’un ne va pas sans l’autre.

Cette bizarrerie langagière nous est familière. Elle m’est venue en mémoire en écoutant la gouverneure générale lire le discours du Trône.

Ce n’est pas Julie Payette qui, penchée sur son écritoire à Rideau Hall, a rédigé cet exposé de 40 minutes sur le prochain mandat libéral. C’est plutôt le voisin d’en face, celui du 24 Sussex, Justin Trudeau, qui a couché ces mots sur papier, probablement avec les conseils de son entourage.

Ainsi vont les choses dans notre pays. Le chef d’État agit toujours sur les conseils du premier ministre. Par conséquent, tout comme son père et ses autres prédécesseurs, Justin Trudeau peut dicter ses volontés et intentions à la gouverneure générale.

Le passage suivant m’a rappelé les années de son père.

On va s’affairer à mener «à bien un plan qui procure des résultats pour tous les Canadiens, y compris les femmes, les membres des minorités visibles et linguistiques, les personnes handicapées, ainsi que les membres de communautés LGBTQ2».

Et voilà! Les minorités linguistiques se retrouvent diluées dans la masse, parmi toutes les minorités qui peuplent le Canada. On oublie la notion des deux peuples fondateurs. Entre les lignes, on lit la formule du multiculturalisme cher à Pierre Elliott Trudeau qui en a fait une politique officielle dans les années 70 et 80.

C’était peu de temps après la Commission Laurendeau-Dunton sur le bilinguisme et le biculturalisme.

La vérificatrice générale du Nouveau-Brunswick, Kim MacPherson, a sonné l’alarme au sujet de la diminution de familles d’accueil dans la province. Dans un rapport navrant de 60 pages, elle décrit un système en détérioration.

Une de ses conclusions se lit comme suit : «Le ministère ne gère pas efficacement le placement et les soins des enfants sous leur garde dans les foyers de groupe et les placements spécialisés.» La situation est importante, selon madame MacPherson, parce que «des soins inadéquats peuvent avoir des conséquences désastreuses, contribuant aux tentatives de suicide, aux dépendances, aux problèmes de santé mentale à long terme et à l’itinérance.»

Le rapport nous apprend que de plus en plus de très jeunes enfants sont placés dans des foyers de groupe, y compris des enfants de moins de cinq ans. Comment cela est-il possible? En fait, le nombre de familles d’accueil a diminué de 30 % depuis 2014. Une mère nourricière qui accueille des enfants depuis plus de 20 ans nous disait que la diminution est bien plus grande si on regarde sur une plus longue période.

Le site web Le projet Voltaire définit cette expression ainsi : «Une personne qui tente de ménager la chèvre et le chou est … perçue comme cherchant à satisfaire des intérêts ou des protagonistes opposés…». C’est ce qu’a fait de main de maitre l’ombudsman de Radio-Canada, Guy Gendron, dans sa décision concernant l’émission spéciale de la soirée électorale du 21 octobre dernier.

Dès le lendemain de l’élection, Madame Aude Rahmani d’Ottawa logeait une plainte contre l’émission dénonçant, entre autres, «le parti pris éditorial québécocentriste». Elle écrivait : «Accent mis sur les résultats des circonscriptions québécoises en termes de nombre de vues et de temps d’antenne, et le traitement pauvre ou quasi inexistant des résultats des circonscriptions des autres provinces et territoires.» Elle affirmait qu’étant donné son statut national, Radio-Canada se devait «d’informer avec la même attention et le même respect les spectateurs francophones à la grandeur du pays sur tous les résultats et d’en faire une analyse province par province, territoire par territoire».

Avant de poursuivre, permettez-moi d’avouer que je n’ai pas regardé cette émission. J’ai compris il y a longtemps que, pour avoir une vision vraiment nationale, il faut écouter CBC. Lors de la soirée du 21 octobre, j’ai donc syntonisé CBC et j’ai, à quelques occasions, pitonné pour m’apercevoir que Radio-Canada me parlait encore du Québec. J’ai donc regardé les résultats en anglais. C’est malheureux, mais c’est ainsi.

La plainte de Madame Rahmani ayant été envoyée à la direction de l’information du diffuseur national, c’est un des directeurs du service de l’Information qui lui a répondu. Et comme de raison, il se dit fier de l’émission même si «tout n’était pas parfait». Il défend le québécocentrisme en expliquant que les changements électoraux causés par la remontée spectaculaire du Bloc Québécois nécessitaient une plus grande analyse.

Insatisfaite de ce blabla institutionnel, Madame Rahmani a demandé à l’ombudsman de Radio-Canada de réviser sa plainte.

Ce qui enrage Greta Thunberg et qui nous interpelle tant par sa justesse, c’est qu’elle exige de nos gouvernements d’écouter les vérités scientifiques concernant le réchauffement climatique et d’agir en conséquence.

De façon similaire, c’est bien connu et répété sur de nombreuses tribunes que notre système économique, fondé sur l’idéologie capitaliste, n’est pas viable tel qu’il est conçu maintenant.

«Maman…» Deux syllabes, deux phonèmes, le mot français le plus facile à prononcer, le premier appel parlé d’un jeune enfant à sa mère. C’est comme une seconde naissance : celle du bébé d’abord puis celle du francophone. Ce mot, c’est la jeune pousse fragile qui sort de terre après les semailles. En milieu fertile, elle trouvera le soleil et grandira sans césure pour devenir un beau tournesol. Dans le cas contraire, elle cherchera en vain la lumière.

C’est contre cette issue fatale que l’on doit protéger ce francophone naissant, en évitant la cassure qui brisera sa croissance. Ce n’est pas facile quand on est minoritaires.

Il faut aller plus loin que la Charte des droits et libertés qui ne porte que sur l’enseignement en français. L’enfant a six ans quand il ouvre son premier étui à crayon et découvre le tableau noir. Entre le berceau et l’école, le chérubin aura rencontré sa voisine Judy ou son voisin Trevor à la garderie ou ailleurs. Il aura emprunté leurs mots comme il empruntait ceux de ses parents depuis ses premiers balbutiements. Le milieu ne lui aurait pas apporté cette force nécessaire à la vie. Petit à petit, la confusion va s’installer dans son esprit. Son sentiment identitaire va accuser le choc. L’insécurité finira par gruger sa confiance.

Une initiative toute récente vise à lever cet écueil. La Fédération nationale des conseils scolaires francophones (FNCSF) vient d’annoncer un ensemble de projets de développement de la petite enfance et de services de garde en français dans les communautés minoritaires. Oui, c’est là qu’il faut commencer.

Deux visions de la Francophonie se côtoient. L’une évoque l’avenir d’un Québec en évolution à côté des minorités en perdition. L’autre croit toujours en la force d’un français épanoui partout au Canada.

On a beaucoup entendu parler de la première ces dernières semaines. C’est celle de Denise Bombardier. L’autre provient de Sonia LeBel, ministre québécoise responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne. Elle l’a exposée à Winnipeg, bien loin du plateau de Tout le monde en parle, au congrès annuel de la Fédération nationale des conseils scolaires francophones (FNCSF), au moment même où le documentaire Denise au pays des Francos semait l’émoi.

«Il y a un éveil fragile, une brèche au Québec», a-t-elle dit aux membres de la FNCSF. «Mon travail c’est de l’agrandir. Je suis convaincue qu’une francophonie canadienne forte va servir autant au Québec pour agrandir ses horizons.»

On est loin de la pensée souverainiste. Au soir de la défaite référendaire de 1995, Jacques Parizeau avait invité les Québécois à cesser de s’appeler «francophones». Ceci faisait d’eux une classe à part dont le lien avec la francophonie canadienne était fort ténu.

Loin aussi de la vision de René Lévesque.

Je l’ai rencontré dans une librairie de Charlottetown à l’Ile-du-Prince-Édouard. Il présentait la version anglaise de sa biographie publiée en 1986. Je lui avais demandé ce qu’il pensait de ce concept qui veut que le nord du Nouveau-Brunswick et l’est de l’Ontario agissent comme coussin protecteur de la francité québécoise.

Sa réponse fut immédiate. C’était plutôt le contraire, avait-il répondu. C’est le Québec qui à ses yeux était protecteur de ces minorités.

La vérité est peut-être entre les deux.

Le « Printemps érable », les « carrés rouges », ça vous rappelle quelque chose ? C'était en 2012, inoubliable printemps de grèves étudiantes contre la hausse des frais de scolarité. Je me souviens d'avoir été portée par une immense espérance devant ces milliers de jeunes défilant dans les rues du Québec, impressionnée par le discours et la manière de faire de leurs porte-paroles. À l'instar de beaucoup de citoyens de tous âges, j'ai arboré le carré rouge des étudiants. Leur mobilisation m’a redonné confiance en l'avenir.

C'est ce que j'ai ressenti quand j'ai découvert Greta Thunberg. De l'espoir. Tout le monde connaît désormais la jeune activiste environnementale suédoise. Celle qu'on a appelée «la Jeanne d'Arc de l'environnement» porte sa cause sur toutes les tribunes et inspire des millions de jeunes (et moins jeunes). Il y avait longtemps que scientifiques et autres gens concernés parlaient des changements climatiques. Greta Thunberg les a propulsés à l’avant-scène.

Commencer une nouvelle chronique qui paraitra dans plusieurs médias est un peu énervant. On se demande quel style adopter, un ton enjoué ou « deadpan » sérieux, une accumulation de faits ou plutôt une analyse mêlée d’opinions? On se questionne aussi sur le sujet. Quelle question intéressera des lecteurs de partout au pays? Peut-on trouver un angle national à la hausse d’impôts fonciers à Saskatoon ou la réfection des routes à Sudbury? L’élection de gouvernements conservateurs purs et durs au Nouveau-Brunswick et en Ontario pourrait-elle avoir une incidence sur les Franco-Manitobains? Voilà des questions que je tenterai de démêler dans les prochains mois.

Devant ces dilemmes, j’ai donc choisi de parler d’un sujet qui devrait intéresser tous les Canadiens, soit le sommet de notre pyramide politique, le Sénat.

La semaine dernière, onze sénateurs annonçaient la création d’une nouvelle formation, le Groupe des sénateurs canadiens (GSC) au sein de la Chambre haute. On retrouve dans ce groupe des sénateurs conservateurs, libéraux et même quelques indépendants. Le leader par intérim du nouveau groupe, l’honorable Scott Tannas, affirmait en entrevue à Radio-Canada : «Nous avons été créés pour protéger les régions du pays et les minorités». Là-dessus, le conservateur albertain a bien raison. C’est pourquoi les provinces ont un nombre prédéterminé de sénateurs. On comprend aussi pourquoi M. Tannas serait préoccupé par le fait que sa province n’ait, depuis la dernière élection, aucun député élu du côté du gouvernement libéral. Et qu’il se pose en porte-parole de l’Alberta. Mais on pourrait aussi voir dans la création de ce nouveau groupe plus une occasion de bien paraitre que de service au pays.

Environnement

Nous lui devons la vie, nos saisons, le beau surnom de Louis XIV et même les aurores polaires. Merci ô grande étoile. Laisse-nous graviter encore un peu près de toi pour profiter de ta superbe. Soleil, ce n’est pas pour le tube de Lara Fabian et ces quelques brûlures chaque été que nous ne cesserons de t’aimer.

Tu es une force de la nature, il se passe chez toi plus d’évènements violents que dans n’importe quel match de la NFL. Une boule de gaz d’hydrogène tellement dense et chaude que tu ferais fondre n’importe qui. À ton cœur, sous 15 millions de degrés, tu es capable de rapprocher et faire fusionner quatre noyaux d’hydrogène en un d’hélium plus léger.

Éditorial

Peu importe les raisons, des gens de partout au monde émigrent vers d’autres cieux : certains pour fuir, d’autres pour chercher et enfin d’autres pour trouver. Une vie meilleure, peut-être, mais certainement, une vie différente.

Le phénomène de l’immigration n’est pas nouveau. Ce qui est cependant relativement nouveau, c’est la course aux immigrants, en particulier ceux qui ont des compétences précises recherchées dans des domaines jugés prioritaires, où il y a des pénuries.

J’ai discuté récemment avec une enseignante à la retraite au sujet du documentaire de Denise Bombardier sur la francophonie canadienne. Je vais taire son nom pour la bonne raison que son cœur s’est toujours ouvert aux bouts de chou qui ont peuplé ses classes plutôt qu’aux controverses médiatisées.

Un court passage l’a bouleversée. C’est celui où Denise au pays des Francos reprend un jeune Franco-Ontarien qui venait d’employer le verbe «supporter» dans le sens d’«appuyer». Anglicisme. Ô sacrilège! Pris en flagrant délit d’inconduite linguistique…

Cette ex-enseignante acadienne m’a fait comprendre en peu de mots que la langue parlée n’est pas qu’affaire de dictionnaire. Elle a à voir avec l’estime de soi et l’expression de sa personne.

«C’est blessant pour ce jeune, dit-elle. Aura-t-il le gout de parler français s’il se fait humilier?»

Jeanne-Mance (nom fictif) parle un français tout à fait correct. Elle est fière de sa langue et heureuse de la transmettre. À l’écouter, on perçoit son idéal, celui d’une langue parlée qui serait un cocon confortable. On y vivrait avec sa famille et ses amis dans des mots nés du cœur plutôt que copiés des grands dictionnaires. 

Faut-il toujours parler lexique en poche? Répondre oui à cette question priverait la langue française de tous ses accents et de ses couleurs locales. Impensable et inconcevable.

«Votre langue n’est pas la mienne», dit Denise Bombardier à l’intention des francophones minoritaires. Or, des années passées en France, au Québec, en Acadie, en Saskatchewan et en Ontario m’ont fait entendre bien des sons français qui ne sont pas les siens, ni les miens, ni les vôtres probablement. Mais ils sont nôtres. C’est ce qui compte. Et bien sûr, dans toutes ses «parlures», on entend des fautes.

Quand une personnalité francophone rend l’âme au Nouveau-Brunswick, il est de mise de déclarer qu’il s’agit d’une lourde perte pour l’Acadie. Peu de gens méritent autant que l’on dise cela à propos d’eux que Robert Pichette.

Robert Pichette est décédé le 24 octobre. Il était âgé de 83 ans. Son héritage est immense. Il est l’un de ceux qui ont contribué à sortir le Nouveau-Brunswick du Moyen-Âge, où la province a été enfermée jusque dans les années 1960.

Élections fédérales

157 libéraux, 121 conservateurs, 32 bloquistes, 24 néodémocrates, 3 verts, 1 indépendante. La carte politique canadienne redessinée par les élections fédérales du 21 octobre peut laisser croire que le Canada est plus divisé que jamais :

– Le gouvernement libéral de Justin Trudeau est reconduit, mais minoritaire et quasiment absent des trois provinces des Prairies qui ont voté massivement conservateur.

– Les conservateurs ont plafonné en Ontario à cause de l’impopularité du gouvernement provincial de Doug Ford, et dans le reste du pays à cause du déficit de charisme d’Andrew Scheer et de sa campagne hors focus.

– Au cours du prochain mandat, les libéraux auront régulièrement besoin de l’appui du NPD de Jagmeet Singh, lui aussi affaibli, qui a presque tout perdu au Québec.

– Le Bloc québécois séparatiste, qu’on croyait moribond, est de retour en force, grâce à un chef dynamique et éloquent.

Le premier ministre Dennis King a rendu publiques les lettres de mandat destinées aux ministres des dix ministères qu’il a créés lors de son assermentation en mai dernier. Ces lettres de mandat énoncent de façon très explicite les priorités de chaque ministère et vont jusqu’à détailler avec lesquels de ses collègues chaque ministre devra collaborer, pour la mise en œuvre desdites priorités. Étant donné la précision de toutes ces instructions à chaque ministre, il faut considérer la possibilité que ce qui ne s’y trouve pas ait été omis intentionnellement, parce que ça ne fait pas partie des priorités.

Le français, invisible

Les grands absents qui ne sont mentionnés nulle part dans les lettres de mandats sont les services en français. Dans les instructions pourtant très précises, aucun ministre n’est invité à collaborer avec le ministre responsable des Affaires acadiennes et francophones (le premier ministre) sur des dossiers pourtant prioritaires de la collectivité de langue française, ni en éducation, ni en santé, ni dans la mise en place de nouvelles initiatives. 

Si les lettres de mandats étaient de simples énoncés vagues et généraux, il n’y aurait pas matière à s’inquiéter, mais comme les directives sont très précises, il y a de quoi s’interroger. 

Les communautés francophones peuvent espérer que les initiatives amorcées à leur intention depuis 2015 vont continuer. Le souvenir des années Harper avait momentanément assombri leur ciel pendant la campagne électorale. La montée au pouvoir des descendants de ce gouvernement guère ouvert aux langues officielles était envisageable. Cette crainte est désormais effacée pour au moins quelques années.

Tout compte fait, la mosaïque politique de 2019 ressemble à celle de 2015; rouge plus que bleue dans l’Est du pays avec des libéraux là où les francophones sont assez nombreux pour désigner le vainqueur.

Cela dit, la teinte orange des néodémocrates va faire tache d’huile aux Communes. Minoritaires, les troupes de Justin Trudeau seront obligées de compter sur le NPD pour gouverner.

Somme toute, le dernier gouvernement avait donné une belle poussée aux langues officielles depuis 2015. Consultations pancanadiennes, engagements en éducation et en immigration, annonce de la modernisation de la Loi sur les langues officielles meublent une feuille de route acceptable. Toutefois, le travail reste à faire.

Les cibles en immigration francophone ne sont pas atteintes, les écoles attendent les nouveaux crédits et la nouvelle Loi sur les langues officielles est toujours à l’étude. Bref, on est loin de l’idéal d’égalité exprimé dans la Charte des droits et libertés et qui alimente les rêves des minorités.

L’égalité est un bel idéal à défendre dans toute société. La constitution canadienne en a fait une fibre du tissu social canadien en matière de bilinguisme. N’empêche que cet idéal ne s’est jamais hissé au rang des grands dossiers débattus pendant cette dernière campagne. 

Créditons toutefois au chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, d’en être préoccupé. Il s’est rendu en Ontario pour rencontrer des Franco-Ontariens pendant la campagne, et a pris la défense des minorités francophones devant ses partisans après avoir remporté son siège aux Communes.

Pour le reste, force nous est de constater que le Canada bilingue n’est pas de ces idées que l’on crie haut et fort pour gagner des votes. Cette vision ne fait jamais l’objet des slogans criés et chantés dans les grands rassemblements-spectacles chers aux stratèges et organisateurs de campagne.

Cela dit, la balance du pouvoir est aux mains d’un parti ouvert aux minorités, ouvert aussi à l’intervention de l’état dans l’évolution de la société en général. 

Le lundi 14 octobre, nous fêtons l’Action de grâce! Petit rappel à ceux qui ont le sommeil lourd en cours d’histoire.

Pourquoi dire merci? Il est primordial de dire merci quand on vous offre un jour chômé et si cela ne tenait qu’à moi, des Thanksgiving il y en aurait une décalogie.

L’Action de grâce trouve ses origines dans les fêtes de la moisson célébrées dans les sociétés paysannes européennes. Agenouillé sur l’île de Baffin en 1578, la tête tournée vers le ciel pour remercier Dieu d’être toujours en vie après un périple usant, Martin Frobisher ne se doutait pas qu’il serait à l’origine de la première Action de grâce. En 1879, le parlement du Canada a fait de cette date une journée fériée et cela fait maintenant 62 ans que nous la célébrons le 2e lundi d’octobre.

À cette occasion, bien souvent dinde farcie et purée de patate douce viennent combler de bonheur nos papilles en reste par rapport à notre esprit déjà gâté d’être tous réunis autour d’une même table.

C’est en revenant de chez mes amis l’année dernière, gonflé comme les pneus de ma Dodge, que je me suis mis à penser à toute cette nourriture. Le lait de poule aromatisé au rhum aidant, il en va sans dire! Je me revoyais deux heures auparavant acquiescer pour la troisième fois à cette question : «Tu reprendras bien encore un peu de dinde, Arthur?» C’est arrivé au moment des aurevoir et en m’y reprenant à plusieurs fois pour m’extraire du canapé que mon esprit s’est éveillé, le corps étant déjà entré en gestation.

Lire la chronique dans son intégralité sur le site du journal L'Eau vive

Bombardier à TLMEP

Il y a près d’un an, Denise Bombardier a fait réagir certaines populations au pays en leur disant qu’elles sont vouées à disparaitre. Plusieurs Franco-Canadiens ont reçu la claque. C’est à la fois d’une violence remarquable et d’un machiavélisme hautement efficace : insulter pour obtenir une réaction.

Depuis la première et fameuse claque d’octobre 2018, les gens de la francophonie canadienne se sont rapprochés. Ils ont parlé de Denise Bombardier et de ses propos; ils ont possiblement même vidé la question. Il y a eu de l’entraide (on se souvient des manifestations du 1er décembre); il y a eu le développement de stratégies et des liens se sont tissés. Les réseaux se sont affichés et la communauté a rayonné.

De retour dans l’arène publique pour promouvoir son documentaire Denise au pays des francos, le message de Denise Bombardier a été une fois de plus véhiculé à l’échelle transnationale. En tant que leadeur d’opinion, elle en a rajouté une couche, cette fois, avec une incompréhension évidente.

Bombardier à TLMEP

« Le problème avec le monde c’est que les gens intelligents sont pleins de doute, alors que les imbéciles sont pleins de certitudes. » Charles Bukowski

Denise Bombardier aime l’attention. Pour une deuxième fois en moins d’un an, elle s’est présentée à la très populaire émission de télé Tout le monde en parle (TLMEP) pour mépriser les francophones vivant à l’extérieur du Québec, y compris les Acadiennes et les Acadiens. Tout ce qu’elle dit n’est pas faux, loin de là. L’assimilation fait des ravages partout au Canada depuis plusieurs années. La qualité du français écrit et parlé est en constante érosion. Et elle a raison de dire que les francophones du Canada devraient avoir «les mêmes droits et les mêmes protections que les anglophones du Québec.»

Mais en s’acharnant sur nous comme elle le fait, Mme Bombardier ne fait que conforter les Kris Austin et Doug Ford de ce monde, eux qui sont pressés de nous voir disparaître. Elle contribue aussi à valider leur conception des francophones du pays, des «cadavres encore chauds» comme l’avait déclaré [Yves Beauchemin] en 1990.

Une semaine après que les Franco-Colombiens aient demandé de meilleures écoles devant la Cour Suprême…

La mâchoire mécanique portée au bout d’une grue articulée enfonce ses crocs dans la brique. Tout un pan de mur s’effondre dans le bruit et la poussière. Pendant trois jours, l’école élémentaire Echo-Jeunesse s’effacera du paysage acadien sous les attaques répétées des machines à démolir.

L’édifice en briques ocre trônait en plein centre de Kedgwick depuis 1952. Il serait facile d’écrire : «Près de 70 ans d’histoire disparaissent sous les élans ravageurs des béliers mécaniques.» Mais ce serait là une façon très déplacée de jouer de la plume. Il a déjà son remplaçant, toutes portes ouvertes pour laisser entrer les cris des enfants au retour de la récréation.

En fait, l’histoire génère le présent. Or, ce présent était là, devant ces murs décrépis, à regarder jouer le pic du démolisseur. Élèves tout heureux d’entrer dans leur nouvelle école, puis parents, grands-parents et même arrière-grands-parents, le cœur lourd en regardant ce berceau de leurs souvenirs tomber en miettes.

Ce sont là des générations dont la chaine ancestrale a transmis la langue française grâce à l’éducation que l’on y a dispensée. C’est le cours normal des choses quand une culture est maitre de son enseignement et qu’on lui accorde les ressources nécessaires à son épanouissement.

Il y a des régions au Nouveau-Brunswick où l’on peut parfois oublier la réticence du Canada anglais face à l’éducation en français. Hélas, il n’en est pas de même ailleurs.

Bombardier à TLMEP

«Puis…? Qu’as-tu pensé du passage de Denise Bombardier à Tout le monde en parle (TLMEP), hier soir?», me demande un collègue lundi matin.

Ce que j’en ai pensé? J’en ai pensé la même chose que la dernière fois qu’elle a été invitée à TLMEP et qu’elle a dit que toutes les communautés francophones hors Québec ont à peu près disparu. Elle parle à travers son chapeau et c’est du n’importe quoi. Denise Bombardier ne m’a pas choqué. Elle ne m’a pas amusé. Elle m’a laissé complètement indifférent. Comme la dernière fois.

En fait, il n’y a qu’une seule différence entre ses deux apparitions à TLMEP. La première fois, en octobre 2018, elle a provoqué pour vendre son autobiographie. Et cette fois-ci, elle a provoqué pour «vendre» le documentaire Denise au pays des francos. Provoquer et faire parler d’elle, c’était sa mission. Comme disait ma grand-mère : «parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en!».

Le discours populiste s’adresse au peuple. Plus particulièrement, il s’adresse aux moins nantis, aux ouvriers urbains ou agricoles, aux chômeurs, à la petite classe moyenne, ce qu’on appelle les «classes populaires». Son discours politique est fondé sur une critique virulente du système, de ses représentants et de ses élites. Le populisme est aussi vieux que la démocratie elle-même. Mais alors que la démocratie est assaillie de toutes parts, le populisme a fait des gains considérables depuis les dix dernières années.

Selon Team Populism, un regroupement international d’universitaires spécialisés dans l’étude des causes et des conséquences du populisme, le populisme gagne du terrain partout dans le monde. Le nombre de dirigeants tenant des discours populistes aurait doublé depuis le début du siècle. Le populisme est parfois de gauche, souvent de droite. C’est la montée de celui de droite, voire d’extrême droite, qui m’inquiète.

Les politiciens populistes sont nombreux à être au pouvoir : Jair Bolsonaro (Brésil), Narendra Modi (Inde), Viktor Orbán (Hongrie), Andrzej Duda (Pologne), Miloš Zeman (République tchèque), Recep Erdoğan (Turquie), Boris Johnson (Royaume-Uni) et, plus près de chez nous, l’ineffable Donald Trump. Ils sont nombreux à vouloir le pouvoir : le Front national (France), l’Alternative pour l’Allemagne, les Démocrates (Suède), la Ligue et le Mouvement 5 étoiles (Italie), pour ne nommer que ceux-là.

Une amie m’écrivait récemment : «Je constate que partout sur la planète, la droite a le vent dans les voiles. Veux-tu ben m’dire ce qui nous prend?» Ce qui nous prend? Nous sommes fâchés! Le populisme s’adresse aux gens fâchés. Et, comme l’écrit Fabrice Vil dans La Presse le 8 septembre, «ces gens se retrouvent dans le discours des politiciens qui interpellent leurs plus bas instincts. Ce qui est dangereux».

Il est facile de nous croire à l’abri. Et pourtant...

Élections, élections… C’est le grand brouhaha. Justin Trudeau s’est un jour amusé à personnifier Aladin dans une fête entre amis. Il avait 29 ans. Il a eu le souci, par respect pour son personnage, d’en honorer tous les traits, y compris sa peau brune. «Ô scandale!», s’est-on indigné chez ses adversaires. Serait-il resté blanc, on aurait pu crier à l’appropriation culturelle du fait que l’Occident aurait récupéré la légende en dépouillant Aladin de ses traits.

Débat futile qui a atteint des proportions démesurées alors que le pays a d’autres chats à fouetter.

Dans l’animalerie, il y en a un qu’on ne fouette pas beaucoup dans les discours et promesses. Vous me voyez venir… Les langues officielles. L’explication se trouve sans doute dans le fait que l’électorat ne veut pas trop en entendre parler.

Il y a six mois, la firme Léger sondait l’opinion sur la valeur que les Canadiens prêtaient au bilinguisme. En gros, près d’un Canadien sur deux estimait «pas très important» ou «pas important du tout» que le Canada soit reconnu bilingue.

Un sondage réalisé en 2012 par la firme Research House révélait que les Canadiens s’entendaient sur la liberté d’expression, le respect envers les personnes handicapées, la liberté de religion et l’égalité des sexes. Quant aux langues officielles, c’était le flou et l’indécision. Elles n’ont pas percé davantage dans l’opinion publique, depuis.

En campagne électorale, on cherche d’abord à attirer l’attention. Ce n’est pas avec une question qui laisse la moitié de l’électorat indifférent que l’on y parvient. Dans ce cas-ci, un turban sur un visage maquillé a de loin devancé un des fondements de l’histoire du Canada et de sa société, soit la cohabitation égalitaire de ses peuples fondateurs.

Cette phrase de Jacques Brel me revient en mémoire : «Chez ces gens-là, on compte, monsieur».

Et bien oui. C’est ce qu’on fait en politique. Le vote espéré et griffé derrière l’isoloir devient l’ultime objectif. 

On dit d’habitude que l’on «part en voyage» quand s’annoncent les vacances. Le chroniqueur Réjean Paulin a pris la route de la Beauce, question de raccorder deux noms de la même origine, mais qui ne portent pas le même drapeau.

J’ai quitté les berges de l’Outaouais des Franco-Ontariens, il y a quelques jours en chemin pour l’Atlantique des Acadiens. Je fais souvent ce parcours par l’itinéraire le plus rapide et le plus court, celui que tous les GPS nous recommandent. Mais cette fois, j’ai allongé le parcours.