Accord de Paris et dirigeants canadiens : Coup de pompe

L’Eau vive, Sask. Il est compliqué de financer la transition écologique. Entre injustice et incompréhension, les mesures divisent. Combattre le réchauffement climatique est plus difficile que de sabrer le champagne. Chronique d’Arthur Béague.

Cette histoire débute le lundi 30 novembre 2015 dans la grisaille parisienne. C’est un jour particulier puisqu’il s’y tient la 21e conférence sur le climat. Treize jours durant lesquels les 195 pays signataires de la convention de 1992 se retrouvent pour manger des petits fours, boire du bon vin et accessoirement trouver une solution contre le réchauffement climatique.

Avant que le dessert n’arrive, les chefs d’État doivent parvenir à un accord universel qui remplacera le protocole de Kyoto dès 2020, qui concernait uniquement les pays dits «développés». Et accord ils ont trouvé : limiter à 2 degrés la hausse des températures par rapport à l’ère préindustrielle! Pourquoi n’y avoir pas pensé plus tôt? L’accord de Paris était né!

C’est ainsi que le 12 décembre, la 2e salve de petits fours était lancée et les champagnes sabrés. Les images ont fait le tour du monde : les chefs d’États main dans la main, pouce en l’air comme victorieux d’un combat pourtant non encore disputé. Sous des tonnerres d’applaudissements, ils quittent la salle, tous déterminés à tenir leur engagement.

Chacun annonce des réductions de leur gaz à effet de serre basé sur les contraintes de son pays. L’Union européenne s’engage à une baisse de 40 % et le Canada à 30 %. Les signataires promettent alors d’intégrer leurs objectifs dans leur loi nationale.


Un bilan mitigé

Trois ans et demi plus tard, si réunion il y avait, l’assemblée ressemblerait fortement à une classe de collégiens. Il y a les absents : je ne vois pas Donald. Et les 136 apathiques dans le fond, près du radiateur, qui n’ont pas fait leurs devoirs. «Je vous jure c’est mon chien qui a mangé le texte de loi.» Et il y a le premier rang : ils ne sont que 17 sur les 58 restants à avoir pris des mesures suffisantes pour réduire leur émission de gaz à effet de serre. Parmi eux, nous retrouvons le Canada. Aucun des gros pollueurs que sont l’Union européenne, la Chine, la Russie ou l’Australie n’en fait partie.

La plus célèbre des mesures pour combattre ces gaz à effet de serre est la taxe carbone. Une taxe ajoutée au prix de vente des énergies fossiles en fonction de la quantité de CO2 émise. C’est le principe du pollueur payeur. En principe, tout le monde la paie, mais bien souvent, comme c’est le cas en France, certains secteurs sont exonérés comme le transport aérien, routier et maritime pour ne pas être vulnérables à l’international. Rassurez-vous, les ménages la paieront. De quoi en faire rire jaune plus d’un.

Au Canada, le premier ministre Justin Trudeau avait annoncé en 2015 la mise en place de cet impôt à compter de 2018. Cette taxe s’imposerait à l’Ontario, la Saskatchewan, le Manitoba et le Nouveau-Brunswick qui ne possèdent pas un système provincial de tarification du carbone satisfaisant les exigences fédérales.

Le 31 mars dernier, la ministre canadienne de l’Environnement a annoncé une hausse des prix du carburant de 4 cents le litre dans le but d’atteindre les objectifs du pays en matière de réduction des gaz à effet de serre. Concrètement, cette taxe s’applique aux produits pétroliers à hauteur de 20 $ par tonne de CO2 en 2019 et 50 $ en 2022. Les recettes reviendront aux provinces qui devront en redistribuer 90 % aux citoyens sous forme de crédit d’impôt.

Une décision qui n’a pas trainé à faire réagir, notamment en Saskatchewan, où le premier ministre, Scott Moe, est monté au créneau en déclarant que la taxe nuisait économiquement à sa province. Le chef de l’opposition conservatrice au Canada, Andrew Scheer, en tête dans les sondages, a quant à lui promis d’abolir cette taxe si vainqueur des élections législatives.

Ces réactions prouvent combien il est compliqué de financer la transition écologique. Entre injustice et incompréhension, les mesures divisent. Des pays comme la Suède ont pourtant réussi le pari de réduire de moitié leur gaz à effet de serre en offrant des contreparties justes socialement, écologiquement et économiquement.

Une lourde tâche attend la plupart des signataires. En toute honnêteté, combattre le réchauffement climatique sera toujours plus facile que de reboucher une bouteille de champagne.

Guy Badeaux

Les communautés francophones peuvent espérer que les initiatives amorcées à leur intention depuis 2015 vont continuer. Le souvenir des années Harper avait momentanément assombri leur ciel pendant la campagne électorale. La montée au pouvoir des descendants de ce gouvernement guère ouvert aux langues officielles était envisageable. Cette crainte est désormais effacée pour au moins quelques années.

Tout compte fait, la mosaïque politique de 2019 ressemble à celle de 2015; rouge plus que bleue dans l’Est du pays avec des libéraux là où les francophones sont assez nombreux pour désigner le vainqueur.

Cela dit, la teinte orange des néodémocrates va faire tache d’huile aux Communes. Minoritaires, les troupes de Justin Trudeau seront obligées de compter sur le NPD pour gouverner.

Somme toute, le dernier gouvernement avait donné une belle poussée aux langues officielles depuis 2015. Consultations pancanadiennes, engagements en éducation et en immigration, annonce de la modernisation de la Loi sur les langues officielles meublent une feuille de route acceptable. Toutefois, le travail reste à faire.

Les cibles en immigration francophone ne sont pas atteintes, les écoles attendent les nouveaux crédits et la nouvelle Loi sur les langues officielles est toujours à l’étude. Bref, on est loin de l’idéal d’égalité exprimé dans la Charte des droits et libertés et qui alimente les rêves des minorités.

L’égalité est un bel idéal à défendre dans toute société. La constitution canadienne en a fait une fibre du tissu social canadien en matière de bilinguisme. N’empêche que cet idéal ne s’est jamais hissé au rang des grands dossiers débattus pendant cette dernière campagne. 

Créditons toutefois au chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, d’en être préoccupé. Il s’est rendu en Ontario pour rencontrer des Franco-Ontariens pendant la campagne, et a pris la défense des minorités francophones devant ses partisans après avoir remporté son siège aux Communes.

Pour le reste, force nous est de constater que le Canada bilingue n’est pas de ces idées que l’on crie haut et fort pour gagner des votes. Cette vision ne fait jamais l’objet des slogans criés et chantés dans les grands rassemblements-spectacles chers aux stratèges et organisateurs de campagne.

Cela dit, la balance du pouvoir est aux mains d’un parti ouvert aux minorités, ouvert aussi à l’intervention de l’état dans l’évolution de la société en général. 

La participation récente à Tout le monde en parle de trois jeunes femmes engagées dans l’affirmation de leur identité francophone en milieu minoritaire, en Ontario et au Manitoba, a mis en lumière la vitalité de leurs communautés et la nécessité d’une solidarité accrue entre francophones des Amériques afin de relever les défis auxquels ils sont confrontés.

En effet, quelle que soit la communauté d’appartenance des 33 millions de francophones et francophiles des Amériques, la plupart d’entre eux partage collectivement une réalité, soit celle de vivre en situation minoritaire par rapport à l’ensemble de la population du continent. Les enjeux démographiques associés à cette réalité rendent encore plus nécessaire d’affirmer ensemble notre identité linguistique partagée, dans chacune de ses incarnations.

Le Centre de la francophonie des Amériques (Centre), créé en 2008 par la volonté du Gouvernement du Québec, a précisément pour mission de contribuer à la promotion et à la mise en valeur d’une francophonie plurielle et inclusive, porteuse d’avenir pour la langue française. Par ses actions, le Centre favorise l’interaction entre les différentes communautés francophones du territoire. Sa vision est celle d’une francophonie en mouvement et solidaire, dont les liens durables stimulent les échanges et les actions concertées dans le respect de la riche diversité des communautés qui la composent et l’animent.

Le Centre compte aujourd’hui plus de 47 000 membres répartis sur l’ensemble des Amériques et il travaille avec de nombreux partenaires afin d’élargir l’espace francophone et de multiplier les liens entre les communautés. Ces liens de solidarité sont essentiels, ils se tissent dorénavant par-delà les distances en raison des nouvelles technologies et de la mobilisation des acteurs. Les 15 membres de notre conseil d’administration reflètent la diversité de cette francophonie trop méconnue mais si vivante. Ils sont de l’Ouest canadien, d’Haïti, d’Acadie, du Brésil, de Louisiane, de l’Ontario et du Québec.

La vision du Centre s’incarne d’abord et avant tout par les nombreux programmes et activités qu’il soutient. Par ses initiatives, le Centre met en valeur la créativité, l’innovation et la solidarité entre francophones et francophiles. Le Parlement francophone des jeunes des Amériques, le Forum des jeunes ambassadeurs francophones des Amériques, l’Université d’été sur la francophonie des Amériques, la Bibliothèque des Amériques, le concours Slame tes accents et le Réseau des villes francophones et francophiles d’Amérique sont quelques exemples et autant d’occasions de rencontres et d’échanges visant à promouvoir une francophonie inclusive et solidaire.

Nous croyons qu’il nous faut répondre positivement à l’appel au dialogue et à la solidarité lancé par les Franco-Ontariennes Stéphanie Chouinard et Caroline Gélineault ainsi que la Franco-Manitobaine Chloé Freynet-Gagné lors de l’émission Tout le monde en parle. Le Centre s’y engage concrètement et invite toutes celles et tous ceux qui ont le français à cœur à se joindre à lui.


Ce qui s’annonçait être une autre course à deux, entre conservateurs et libéraux, pour les élections fédérales est en train de se transformer.

Au Québec, le Bloc québécois prend de plus en plus de place. Dans d’autres parties du Canada, c’est le Nouveau Parti démocratique, et son chef Jagmeet Singh, qui a gagné en sympathisants au cours des derniers jours. Les plus récents sondages indiquent un gain de 13 % d’intention de vote pour le NPD par rapport au début de la campagne.

Cette tendance est certainement le résultat d’une multitude de facteurs influencés par les performances de tous les partis, mais regardons-en deux.

Guy Badeaux
Enjeux électoraux

Aux détracteurs de l’engagement citoyen chez les plus jeunes, la présidente de la Fédération de la jeunesse canadienne française demande : quand avez-vous pour la dernière fois engagé la discussion avec une personne de moins de 25 ans?

Sue Duguay, présidente de la Fédération de la jeunesse canadienne française (FJCF)

J’entends souvent dire que les jeunes ne s’intéressent pas à la politique. Pour certaines personnes, ce désengagement peut être démontré en étudiant le taux de participation des jeunes électeurs qui est inférieur à celui de la moyenne nationale.

À tous les détracteurs de l’engagement citoyen chez les plus jeunes générations, je demande : quand avez-vous pour la dernière fois engagé la discussion avec une personne de moins de 25 ans?

Je côtoie des jeunes engagés au quotidien et je sais qu’ils ont de grandes aspirations pour leur pays. Je ne suis d’ailleurs pas la seule à le penser!

Le lundi 14 octobre, nous fêtons l’Action de grâce! Petit rappel à ceux qui ont le sommeil lourd en cours d’histoire.

Pourquoi dire merci? Il est primordial de dire merci quand on vous offre un jour chômé et si cela ne tenait qu’à moi, des Thanksgiving il y en aurait une décalogie.

L’Action de grâce trouve ses origines dans les fêtes de la moisson célébrées dans les sociétés paysannes européennes. Agenouillé sur l’île de Baffin en 1578, la tête tournée vers le ciel pour remercier Dieu d’être toujours en vie après un périple usant, Martin Frobisher ne se doutait pas qu’il serait à l’origine de la première Action de grâce. En 1879, le parlement du Canada a fait de cette date une journée fériée et cela fait maintenant 62 ans que nous la célébrons le 2e lundi d’octobre.

À cette occasion, bien souvent dinde farcie et purée de patate douce viennent combler de bonheur nos papilles en reste par rapport à notre esprit déjà gâté d’être tous réunis autour d’une même table.

C’est en revenant de chez mes amis l’année dernière, gonflé comme les pneus de ma Dodge, que je me suis mis à penser à toute cette nourriture. Le lait de poule aromatisé au rhum aidant, il en va sans dire! Je me revoyais deux heures auparavant acquiescer pour la troisième fois à cette question : «Tu reprendras bien encore un peu de dinde, Arthur?» C’est arrivé au moment des aurevoir et en m’y reprenant à plusieurs fois pour m’extraire du canapé que mon esprit s’est éveillé, le corps étant déjà entré en gestation.

Lire la chronique dans son intégralité sur le site du journal L'Eau vive

Libre opinion

Alors qu’une rumeur de fermeture du Consulat Général de France à Moncton plane, il semble essentiel au sénateur René Cormier de rappeler l’importance de cet instrument diplomatique pour ces deux peuples.

René Cormier, sénateur acadien indépendant, Nouveau-Brunswick

Solidarité, voilà le mot qui décrit le mieux les relations qu’entretiennent la France et l’Acadie depuis des décennies. Au-delà du lien unique que constitue la langue française, 5e langue en importance mondialement avec environ 300 millions de locuteurs, ces peuples francophones partagent maintes valeurs communes : liberté, égalité, fraternité. Ces mots qui résonnent intensément sont plus que jamais porteurs de sens et d’espoir dans un monde en perte de repères, fragilisé par un repli de nombreuses nations sur elles-mêmes. Alors qu’une rumeur de fermeture du Consulat Général de France à Moncton plane dans nos milieux acadiens et français, il me semble essentiel de rappeler l’importance de cet instrument diplomatique pour nos deux peuples.

Bombardier à TLMEP

Il y a près d’un an, Denise Bombardier a fait réagir certaines populations au pays en leur disant qu’elles sont vouées à disparaitre. Plusieurs Franco-Canadiens ont reçu la claque. C’est à la fois d’une violence remarquable et d’un machiavélisme hautement efficace : insulter pour obtenir une réaction.

Depuis la première et fameuse claque d’octobre 2018, les gens de la francophonie canadienne se sont rapprochés. Ils ont parlé de Denise Bombardier et de ses propos; ils ont possiblement même vidé la question. Il y a eu de l’entraide (on se souvient des manifestations du 1er décembre); il y a eu le développement de stratégies et des liens se sont tissés. Les réseaux se sont affichés et la communauté a rayonné.

De retour dans l’arène publique pour promouvoir son documentaire Denise au pays des francos, le message de Denise Bombardier a été une fois de plus véhiculé à l’échelle transnationale. En tant que leadeur d’opinion, elle en a rajouté une couche, cette fois, avec une incompréhension évidente.

Atlantique

La rumeur de fermeture du bureau du Consulat de France en Atlantique se confirme. Les présidences des organismes de représentation de l’Acadie s’indignent de la décision prise par le gouvernement français.

Louise Imbeault, présidente de la Société Nationale de l’Acadie
Norbert LeBlanc, président de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse
Robert Melanson, président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick
Colleen Soltermann, présidente de la Société Saint-Thomas-d’Aquin
Sophie Thibodeau, présidente de la Fédération des francophones de Terre-Neuve et du Labrador

Un article du quotidien néo-brunswickois l’Acadie Nouvelle publié [le 3 octobre] nous a révélé que la France aurait pris la décision de fermer le Consulat de France dans les Provinces de l’Atlantique en 2022.

Bombardier à TLMEP

« Le problème avec le monde c’est que les gens intelligents sont pleins de doute, alors que les imbéciles sont pleins de certitudes. » Charles Bukowski

Denise Bombardier aime l’attention. Pour une deuxième fois en moins d’un an, elle s’est présentée à la très populaire émission de télé Tout le monde en parle (TLMEP) pour mépriser les francophones vivant à l’extérieur du Québec, y compris les Acadiennes et les Acadiens. Tout ce qu’elle dit n’est pas faux, loin de là. L’assimilation fait des ravages partout au Canada depuis plusieurs années. La qualité du français écrit et parlé est en constante érosion. Et elle a raison de dire que les francophones du Canada devraient avoir «les mêmes droits et les mêmes protections que les anglophones du Québec.»

Mais en s’acharnant sur nous comme elle le fait, Mme Bombardier ne fait que conforter les Kris Austin et Doug Ford de ce monde, eux qui sont pressés de nous voir disparaître. Elle contribue aussi à valider leur conception des francophones du pays, des «cadavres encore chauds» comme l’avait déclaré [Yves Beauchemin] en 1990.

Une semaine après que les Franco-Colombiens aient demandé de meilleures écoles devant la Cour Suprême…

La mâchoire mécanique portée au bout d’une grue articulée enfonce ses crocs dans la brique. Tout un pan de mur s’effondre dans le bruit et la poussière. Pendant trois jours, l’école élémentaire Echo-Jeunesse s’effacera du paysage acadien sous les attaques répétées des machines à démolir.

L’édifice en briques ocre trônait en plein centre de Kedgwick depuis 1952. Il serait facile d’écrire : «Près de 70 ans d’histoire disparaissent sous les élans ravageurs des béliers mécaniques.» Mais ce serait là une façon très déplacée de jouer de la plume. Il a déjà son remplaçant, toutes portes ouvertes pour laisser entrer les cris des enfants au retour de la récréation.

En fait, l’histoire génère le présent. Or, ce présent était là, devant ces murs décrépis, à regarder jouer le pic du démolisseur. Élèves tout heureux d’entrer dans leur nouvelle école, puis parents, grands-parents et même arrière-grands-parents, le cœur lourd en regardant ce berceau de leurs souvenirs tomber en miettes.

Ce sont là des générations dont la chaine ancestrale a transmis la langue française grâce à l’éducation que l’on y a dispensée. C’est le cours normal des choses quand une culture est maitre de son enseignement et qu’on lui accorde les ressources nécessaires à son épanouissement.

Il y a des régions au Nouveau-Brunswick où l’on peut parfois oublier la réticence du Canada anglais face à l’éducation en français. Hélas, il n’en est pas de même ailleurs.

Bombardier à TLMEP

«Puis…? Qu’as-tu pensé du passage de Denise Bombardier à Tout le monde en parle (TLMEP), hier soir?», me demande un collègue lundi matin.

Ce que j’en ai pensé? J’en ai pensé la même chose que la dernière fois qu’elle a été invitée à TLMEP et qu’elle a dit que toutes les communautés francophones hors Québec ont à peu près disparu. Elle parle à travers son chapeau et c’est du n’importe quoi. Denise Bombardier ne m’a pas choqué. Elle ne m’a pas amusé. Elle m’a laissé complètement indifférent. Comme la dernière fois.

En fait, il n’y a qu’une seule différence entre ses deux apparitions à TLMEP. La première fois, en octobre 2018, elle a provoqué pour vendre son autobiographie. Et cette fois-ci, elle a provoqué pour «vendre» le documentaire Denise au pays des francos. Provoquer et faire parler d’elle, c’était sa mission. Comme disait ma grand-mère : «parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en!».

Guy Badeaux

Guy Badeaux

Cet été, j’ai eu le plaisir de rencontrer Shawn Jobin, auteur-compositeur-interprète fransaskois de renommée internationale. Il a accepté gracieusement de me parler de son défi quotidien, celui de vivre avec un trouble anxieux. Dans son dernier album Éléphant, Shawn Jobin partage en paroles et en musique son expérience de vivre avec ce trouble de santé mentale. Je lui ai posé plusieurs questions pour comprendre son cheminement vers le rétablissement.

L’Eau vive – Qui es-tu?

Shawn Jobin – Une personne qui carbure aux valeurs : liberté, justice. J’aime entreprendre plusieurs projets créatifs, je me divise en quatre pour y arriver, je suis hyperactif dans ma créativité.


Qu’est-ce qui t’est arrivé ?

Je suis tombé dans une dépression, un tourbillon anxieux. Je n’étais pas capable de voir loin, de voir le futur. 2014 et 2015 ont été les deux pires années de ma vie. Dans cette solitude-là, et j’avais une phobie de la solitude, je pensais que je devenais fou, seul dans mon petit appartement à Saskatoon.


Qu’est-ce qui t’a aidé ?

Ma femme, Géraldine. On s’est rencontrés quand j’étais dans mon pire état : consommation de substances, etc. Elle voyait le potentiel dans ma personne. Elle était sans jugement, sans prétention, sans attentes. En fait, elle était mon phare dans le brouillard.

Lire l'article dans son intégralité sur le site du journal L'Eau vive.

Le discours populiste s’adresse au peuple. Plus particulièrement, il s’adresse aux moins nantis, aux ouvriers urbains ou agricoles, aux chômeurs, à la petite classe moyenne, ce qu’on appelle les «classes populaires». Son discours politique est fondé sur une critique virulente du système, de ses représentants et de ses élites. Le populisme est aussi vieux que la démocratie elle-même. Mais alors que la démocratie est assaillie de toutes parts, le populisme a fait des gains considérables depuis les dix dernières années.

Selon Team Populism, un regroupement international d’universitaires spécialisés dans l’étude des causes et des conséquences du populisme, le populisme gagne du terrain partout dans le monde. Le nombre de dirigeants tenant des discours populistes aurait doublé depuis le début du siècle. Le populisme est parfois de gauche, souvent de droite. C’est la montée de celui de droite, voire d’extrême droite, qui m’inquiète.

Les politiciens populistes sont nombreux à être au pouvoir : Jair Bolsonaro (Brésil), Narendra Modi (Inde), Viktor Orbán (Hongrie), Andrzej Duda (Pologne), Miloš Zeman (République tchèque), Recep Erdoğan (Turquie), Boris Johnson (Royaume-Uni) et, plus près de chez nous, l’ineffable Donald Trump. Ils sont nombreux à vouloir le pouvoir : le Front national (France), l’Alternative pour l’Allemagne, les Démocrates (Suède), la Ligue et le Mouvement 5 étoiles (Italie), pour ne nommer que ceux-là.

Une amie m’écrivait récemment : «Je constate que partout sur la planète, la droite a le vent dans les voiles. Veux-tu ben m’dire ce qui nous prend?» Ce qui nous prend? Nous sommes fâchés! Le populisme s’adresse aux gens fâchés. Et, comme l’écrit Fabrice Vil dans La Presse le 8 septembre, «ces gens se retrouvent dans le discours des politiciens qui interpellent leurs plus bas instincts. Ce qui est dangereux».

Il est facile de nous croire à l’abri. Et pourtant...

La dualité linguistique, c’est l’affaire de tous les partis qui aspirent à siéger à la Chambre des communes. Tous sont appelés à se positionner à cet égard. Après l’engagement du chef du NPD [le 23 septembre], j’apprécie les déclarations d’Yves-François Blanchet [chef du Bloc Québécois] en solidarité avec les communautés francophones et acadiennes et, surtout, les propositions claires du Bloc Québécois pour la modernisation de la Loi sur les langues officielles.

Ce genre de propositions claires, c’est ce qu’on cherche de tous les partis et j’appelle les chefs du Parti libéral, du Parti conservateur et du Parti vert à préciser leurs intentions à cet égard.

Le Bloc appuie plusieurs changements que la FCFA souhaite voir dans la Loi, comme l’obligation de bilinguisme pour les juges à la Cour suprême du Canada et la stimulation de la croissance démographique de nos communautés par l’immigration francophone. La proposition d’inclure dans la Loi une reconnaissance des réalités spécifiques et distinctes des minorités de langue française au pays est également la bienvenue.

Les Québécoises, les Québécois et les communautés francophones et acadiennes ont en commun d’être inquiets de la perte de statut du français 50 ans après l’adoption de la Loi sur les langues officielles de 1969. C’est pourquoi la FCFA propose que le préambule d’une Loi modernisée reconnaisse clairement que le français est la langue officielle minoritaire au pays et en Amérique du Nord et qu’il faut des mesures spécifiques pour protéger cette langue».

Élections, élections… C’est le grand brouhaha. Justin Trudeau s’est un jour amusé à personnifier Aladin dans une fête entre amis. Il avait 29 ans. Il a eu le souci, par respect pour son personnage, d’en honorer tous les traits, y compris sa peau brune. «Ô scandale!», s’est-on indigné chez ses adversaires. Serait-il resté blanc, on aurait pu crier à l’appropriation culturelle du fait que l’Occident aurait récupéré la légende en dépouillant Aladin de ses traits.

Débat futile qui a atteint des proportions démesurées alors que le pays a d’autres chats à fouetter.

Dans l’animalerie, il y en a un qu’on ne fouette pas beaucoup dans les discours et promesses. Vous me voyez venir… Les langues officielles. L’explication se trouve sans doute dans le fait que l’électorat ne veut pas trop en entendre parler.

Il y a six mois, la firme Léger sondait l’opinion sur la valeur que les Canadiens prêtaient au bilinguisme. En gros, près d’un Canadien sur deux estimait «pas très important» ou «pas important du tout» que le Canada soit reconnu bilingue.

Un sondage réalisé en 2012 par la firme Research House révélait que les Canadiens s’entendaient sur la liberté d’expression, le respect envers les personnes handicapées, la liberté de religion et l’égalité des sexes. Quant aux langues officielles, c’était le flou et l’indécision. Elles n’ont pas percé davantage dans l’opinion publique, depuis.

En campagne électorale, on cherche d’abord à attirer l’attention. Ce n’est pas avec une question qui laisse la moitié de l’électorat indifférent que l’on y parvient. Dans ce cas-ci, un turban sur un visage maquillé a de loin devancé un des fondements de l’histoire du Canada et de sa société, soit la cohabitation égalitaire de ses peuples fondateurs.

Cette phrase de Jacques Brel me revient en mémoire : «Chez ces gens-là, on compte, monsieur».

Et bien oui. C’est ce qu’on fait en politique. Le vote espéré et griffé derrière l’isoloir devient l’ultime objectif. 

Dernièrement, la communauté francophone de Whitehorse a reçu la visite de l’équipe des Productions Rivard du Manitoba. Leur but : tourner quatre segments au Yukon sur la francophonie hors Québec, expression qui devrait titrer la série d’émissions.

En tant qu’artiste francophone, j’ai participé au tournage fait à la galerie d’art Yukon Artists @Work.

Je tiens à préciser que mes commentaires ne visent pas l’équipe super sympathique des Productions Rivard. Je veux ici mettre à jour les pratiques des producteurs télé en général, en témoignant de mon expérience personnelle. Je me suis levée à 6 h du matin, j’ai parcouru 100 km aller-retour pour aller à la galerie d’art, j’ai consacré quatre heures de ma journée à cette production télévisuelle, et ce, sans aucune compensation financière. En plus de ne pas être rémunérée, j’ai cédé mes droits sur l’utilisation totale ou partielle des images captées et des propos que j’ai tenus. C’est une pratique courante chez les producteurs de contenu télévisuel et je la dénonce.

Les producteurs de télévision croient qu’ils nous rendent service en parlant de nous et qu’il est donc normal que nous soyons acteurs bénévoles. Mais dans la réalité, si les acteurs n’existent pas, il n’y a pas d’émission. J’utilise le nom «acteur» parce nous participons à un scénario. Cela n’implique pas de nous faire filmer sur le vif. «Coupez!» «On reprend.» Les équipes de production tiennent pour acquis que nous sommes à leur service et qu’il est normal que l’on chamboule nos horaires personnels et professionnels pour les accommoder. Pourquoi devrions-nous être bénévoles pour aider les producteurs à faire de l’argent? Pour de la visibilité? La visibilité, ça ne paie pas le loyer.

Le Titanic fascine depuis plus de 100 ans. Objet de plusieurs livres et de l’un des films les plus rentables de l’histoire du cinéma, le Titanic est l’un des bateaux les plus populaires. Pourtant, moins de 200 personnes seulement ont visité les décombres du navire. Une compagnie américaine entend bien corriger cela avec des visites guidées en sous-marin.

OceanGate Expeditions, basée à Everett, Washington, lance une expérience touristique unique : une exploration en sous-marin de l’épave du Titanic. Chaque voyage partira de Saint-Jean, Terre-Neuve-et-Labrador, et durera 10 jours. Lors de leur virée, les touristes suivront des ateliers et de l’entrainement par des experts en exploration maritime.

En visitant l’épave du Titanic, les touristes font partie d’un petit groupe de privilégiés. En fait, plus de gens sont allés dans l’espace que sur le site du célèbre navire. Cette expérience de tourisme océanique coute quelque 125 000 dollars américains (soit 166 000 dollars canadiens) par personne.

C’est fait. Le Canada est officiellement entré en campagne électorale. Les principaux chefs fédéraux passeront 40 jours à sillonner notre grand pays afin de convaincre les électeurs de voter pour leurs candidats, le lundi 21 octobre.

Nous n’en avons pas fait de secret en éditorial, nous aurions préféré que la campagne électorale soit déclenchée dimanche.

Les Maritimes se remettent encore du passage de l’ouragan Dorian. Au moment où le premier ministre Justin Trudeau s’est présenté à la résidence de la gouverneure générale Julie Payette afin de dissoudre le Parlement, un peu moins de 300 clients d’Énergie NB attendaient encore de retrouver le courant. La situation est pire en Nouvelle-Écosse, où plus de 63 000 clients entreprenaient une cinquième journée de suite sans électricité.

Le quotidien Le Droit à Ottawa est né d’une nécessité. C’était au début du XXe siècle. Le gouvernement de l’Ontario avait eu la fâcheuse idée d’interdire l’enseignement du français dans la province, avec le tristement célèbre Règlement 17. Le Droit s’érigeait lors en défenseur de la francophonie.

Au milieu des années 90, il est remonté aux barricades pour dénoncer la fermeture annoncée de l’hôpital francophone Montfort par le gouvernement de Mike Harris. Son insistance combinée à la détermination des Franco-Ontariens a conduit la province à faire marche arrière.

Aujourd’hui, une autre lutte s’annonce pour ce quotidien engagé, non pas pour défendre le fait français, mais pour assurer sa propre survie. Le propriétaire, Groupe Capitales Médias, est enfoncé dans le rouge jusqu’à la noyade. Ce soldat de la francophonie doit trouver lui-même comment garder la tête hors de l’eau.

Il faut bien l’admettre, de sombres nuages planent sur les médias francophones au pays depuis plusieurs années.

En tant que média franco-ontarien, l’équipe du Voyageur a été chquée comme plusieurs d’apprendre que le journal Le Droit était sur le bord de la faillite avec les autres publications de Capitales Médias. Le Droit est un collègue au sein de l’Association de la presse francophone (APF), un autre avec qui nous tentons de trouver des solutions communes pour survivre.

La semaine dernière, nous n’avons par contre pas apprécié nous faire traiter de «quêteux» par un multimilliardaire qui fait de l’argent avec de l’infotainement de bas étage et qui ne savait pas trop comment, il y a quelques années, répondre aux questions sur l’évasion fiscale à laquelle pourraient se livrer ses entreprises.

Tant mieux pour lui si le modèle TVA-Québécor-Vidéotron fonctionne, mais il ne faut pas s’attendre à ce que tous les journaux puissent atteindre ce niveau de rentabilité par la diversification et par le sensationnalisme.

Alors, c’est quoi la solution? Il faut bien l’avouer, la diversification des revenus en est une qui a fonctionné pour certains. Pour d’autres, ça peut être plus compliqué à implanter selon leur milieu et l’état de leurs finances.

Que reste-t-il? Les subventions? On préfère, dans ce cas-ci : «récupérer ce qui nous est dû».

Le 7 septembre dernier marquait l’entrée en vigueur de la toute première Loi sur les langues officielles (LLO) au Canada. À l’époque, le Gouvernement canadien tentait de rectifier une injustice historique suivant les recommandations de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (1963-1969) qui avait d’ailleurs qualifié la situation de la plus grande crise de l’histoire du Canada.

Un demi-siècle plus tard, malgré certaines avancées du gouvernement fédéral et nonobstant les combats menés par de nombreux organismes de la société civile, qui sont les véritables héros de la mise en œuvre de la LLO? Qui incarne réellement la dualité linguistique canadienne, et qui porte jour après jour le fardeau de revendiquer la pleine mise en œuvre de cette loi quasi constitutionnelle?

René Cormier, sénateur indépendant

Guy Badeaux