On dit d’habitude que l’on «part en voyage» quand s’annoncent les vacances. Le chroniqueur Réjean Paulin a pris la route de la Beauce, question de raccorder deux noms de la même origine, mais qui ne portent pas le même drapeau.

J’ai quitté les berges de l’Outaouais des Franco-Ontariens, il y a quelques jours en chemin pour l’Atlantique des Acadiens. Je fais souvent ce parcours par l’itinéraire le plus rapide et le plus court, celui que tous les GPS nous recommandent. Mais cette fois, j’ai allongé le parcours.

L’Express, On. Professeure de théorie politique à l’Université d’Ottawa, Dalie Giroux a exploré l’oralité, le colonialisme et le territoire du Parler en Amérique, «les langues du pays, non écrites, hybridées, colonisées…

Professeure de théorie politique à l’Université d’Ottawa, Dalie Giroux s’est penchée sur le Parler en Amérique, pour en explorer l’oralité, le colonialisme et le territoire. «Ce sont les langues du pays, régionales, non écrites, hybridées, dominées, colonisées, mineures, marginales, migrantes, illettrées, enfantines, domestiques.»

 

On peut inclure dans ces parlures subalternes, néanmoins lieux de mémoire et de l’intimité, l’accent beauceron, saguenéen, gaspésien, le joual, le chiac, le cajun, le créole haïtien, le franglais, le parler bilingue, le français magrébin et africain, pour n’en nommer que quelques-unes.


De la France au Canada

L’auteure fait remarquer qu’«on ne parle pas exactement la même langue au Brésil qu’au Portugal; au Mexique, en Colombie et en Argentine qu’en Espagne; ou aux États-Unis et au Canada qu’en Grande-Bretagne», voire au Québec qu’en France.

Dans la seule vallée du Saint-Laurent, nous côtoyons non seulement les langues coloniales française et anglaise, mais aussi les langues algonquine, abénaquise, mohawk, wendat, atikamekw, malécite, innue, mi’gmak, sans parler de la langue crie et de l’inuktitut qui viennent du Nord, mais qu’on peut surprendre tous les jours à Montréal et à Ottawa.


Une langue qui en cache d’autres

Au sujet du français parler en Amérique, Dalie Giroux souligne que «nous parlons une langue qui en cache d’autres, qui cache des ponts vers d’autres langages, qui s’inscrit dans un univers souterrain, qui peut permettre de voyager plutôt que de restreindre, d’enfermer, plutôt que de faire paranoïer».


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Serge Miville, Chaire de recherche en histoire de l’Ontario français, directeur de l’Institut franco-ontarien et professeur adjoint, département d’histoire, Université Laurentienne Stéphanie Chouinard, professeure adjointe, science politique, Collège militaire royal de Kingston et Queen’s University


Le protocole d’entente entre le Quebec Community Groups Network (QCGN), l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) a été dévoilé le 3 juillet 2019. Il énonce le double objectif de faire des langues officielles, notamment de la modernisation de la Loi sur les langues officielles, un enjeu électoral d’une part et, d’autre part, de défendre les institutions existantes chez les minoritaires.

Cette annonce en a fait sursauter plus d’un. Alors qu’on prépare un sommet historique organisé par le Secrétariat québécois aux relations canadiennes et la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), cette curieuse alliance entre les associations représentant les francophones de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick avec le QCGN apparait contradictoire et même incompréhensible, remettant en question la solidarité franco-canadienne. Prévisible, elle est, croyons-nous, la manifestation combien limpide d’un régime juridique paradoxal qui, malgré l’horizon partagé entre le Québec et la francophonie canadienne, rend la mise en commun presque impossible.

Par le truchement de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, le gouvernement fédéral force les provinces à assurer l’accès à l’enseignement dans la langue de la minorité — ce qu’elles ont souvent fait à rebrousse-poil, si on en croit les nombreux litiges démontrant la violation de ces garanties constitutionnelles. Ces droits s’appliquent de façon presque symétrique à toutes les communautés de langue officielle en situation minoritaire, les «CLOSM», comme le gouvernement fédéral les appelle, de manière fort clinique et peu éloquente. Du coup, malgré l’inégalité frappante de leurs situations respectives, les droits des francophones hors Québec (FHQ) sont liés à ceux des Anglo-Québécois. Ces derniers, rappelons-le, ont trois universités publiques, un réseau institutionnel beaucoup plus complet et participent à la majorité culturelle et linguistique du Canada et de l’Amérique du Nord.

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