L'historien Georges Arsenault

Questions et réponses avec l’historien Georges Arsenault. 2020, 300 ans de présence française à l’Île-du-Prince-Édouard

FRANCOPRESSE – L’année 2020 marque le tricentenaire de l’arrivée des premiers colons français à l’Île-du-Prince-Édouard, connue à l’époque sous le nom de l’Isle Saint-Jean. L’historien Georges Arsenault tient à souligner le début de la présence francophone dans la province. L’auteur de l’ouvrage Histoire illustrée de l’Acadie de l’Île-du-Prince-Édouard  aux éditions La Grande Marée en 2019 nous offre un survol de ces premières années de présence acadienne et française dans l’Ile.

Francopresse : Pouvez-vous décrire le contexte de l’époque? 

Georges Arsenault : En 1720, c’est l’arrivée des premiers Français, les premiers Acadiens à l’ile, concédée à la Compagnie de l’Isle Saint-Jean par la France avec le mandat d’amener des colons et, surtout, d’y développer l’agriculture. On cherchait alors à produire de la nourriture pour [la forteresse de] Louisbourg puisque la terre n’était pas trop fertile au Cap Breton et les autorités françaises n’arrivaient pas vraiment à encourager les Acadiens de la Nouvelle-Écosse à déménager [à l’ile Saint-Jean].

Qui étaient donc ces premiers colons à s’y établir?

G. A. : Ces premiers colons sont venus directement de France et s’intéressaient beaucoup à la pêche à la morue qui était la pêche commerciale la plus importante. Environ 200 colons sont amenés à l’ile et ils se sont établis sur la côte nord.

La même année, quelques familles acadiennes sont recrutées dont celle de Michel Haché, dit Gallant, qui se trouvait à Beaubassin et dont les premiers membres sont venus [à l’Isle Saint-Jean] en 1720.

Une autre famille acadienne est celle de Pierre Martin qui s’est établie près d’un marais à la source de la rivière du nord-est dans ce que l’on appelle aujourd’hui le marais de Mount Stewart. Cette famille est venue du Cap-Breton, mais elle est native de Port-Royal.

Très peu de ces familles qui sont venues de France sont restées. La Compagnie a fait faillite quelques années plus tard et les familles sont reparties ailleurs ou retournées en France. Mais la famille Gallant est toujours bien représentée aujourd’hui et il y a encore des descendants de ce Pierre Martin.


Reste-t-il aujourd’hui des vestiges de leur présence? 

G. A. : Pas vraiment. Les Gallant se sont établis à Port-la-Joye, le centre administratif et militaire de l’Isle Saint-Jean. Nous savons que Michel y a été enterré, mais nous n’avons pas réussi à situer le cimetière. Quelques années passées, des fouilles archéologiques ont eu lieu où se trouvait, croit-on, sa maison. Le lieu historique national de Skmaqn–Port-la-Joye–Fort-Amherst a installé un panneau qui indique où se trouvait la maison de Michel à Port-la-Joye.

Georges Arsenault s'intéresse à l'Acadie de l'Ile-du-Prince-Édouard

Comment s’est développée cette première présence française dans la province insulaire au fil des années? 

G. A. : Entre 1720 et 1748, la population française et acadienne de l’ile était seulement de 735 personnes. À partir de 1749, les Acadiens de la Nouvelle-Écosse se sentaient menacés de déportation et le gouvernement mettait de plus en plus de pression pour qu’ils prennent le serment d’allégeance. À ce moment, on voit beaucoup plus de familles de la Nouvelle-Écosse déménager à l’ile et, en 1755, la déportation commence en Nouvelle-Écosse et l’ile accueille beaucoup de réfugiés. Entre 1748 et 1758, la population a pris de l’ampleur avec ces centaines ou même quelques milliers de réfugiés et on estime que la population était d’environ 4250 à la veille de la Déportation.


Qu’est-il arrivé à ces gens lors de la Déportation?

G. A. : Quand les Britanniques ont pris possession de Louisbourg, l’Isle Saint-Jean est automatiquement tombée dans les mains des Britanniques et l’ordre a été donné de déporter sa population vers la France. Près de 3000 Acadiens ont été déportés des mois d’aout à novembre 1758. Ce fut une déportation assez meurtrière. Juste en mer, près de 1500 morts sont dues à la noyade ou à la maladie et bien d’autres sont ensuite morts après leur arrivée en France. On estime que près de 40 % de la population de l’ile a péri pendant la Déportation ou dans les mois qui l’ont suivie.


Qu’est-il arrivé à ceux qui ont survécu?

G. A. : Quelques familles seraient restées sur place et le reste, entre 1000 et 2000 personnes, aurait quitté l’ile pour aller se réfugier sur la terre ferme. Certains sont allés sur la rivière Miramichi, la rivière Restigouche ou dans la baie des Chaleurs. Quelques années plus tard, certains ont commencé à revenir à l’ile, surtout qu’à cette époque, les gens ne savaient pas trop où aller. Même des entrepreneurs britanniques ont recruté des Acadiens puisqu’ils cherchaient des pêcheurs. De ceux qui ont été déportés en France, seulement deux familles sont revenues s’établir à l’ile de façon permanente : une famille de Doiron et une famille de Longuépée.


Que représente ce tricentenaire pour les Acadiens de l’ile aujourd’hui?

G. A. : Comme historien, j’essaye de sensibiliser les gens à l’importance de souligner ce 300e de l’arrivée des premiers Européens à s’établir ici et qui ont beaucoup de descendants à l’ile. C’est aussi pour faire reconnaitre la contribution des Acadiens et des francophones à l’Ile-du-Prince-Édouard. Depuis quelques années, on met beaucoup en valeur la communauté acadienne, mais ça n’a pas toujours été le cas. C’est aussi une occasion de rappeler l’histoire et, finalement, l’histoire acadienne n’est pas beaucoup enseignée dans les écoles. Cela pourrait encourager les gens à se renseigner davantage sur le parcours acadien et francophone à l’ile et reconnaitre leur contribution.


De quelles façons la communauté acadienne marquera-t-elle ce tricentenaire?

G. A. : C’est encore en planification. Nous avons accueilli le Congrès mondial acadien en 2019 et toutes les énergies ont été mises de ce côté. Nous avons pris un peu de retard, mais le gouvernement semble vouloir faire une certaine contribution qui sera probablement annoncée dans les prochaines semaines. Moi-même je vais faire des conférences à des organismes acadiens et anglophones. Le ministère de l’Éducation veut faire quelque chose, tout comme plusieurs organismes acadiens veulent souligner cet anniversaire dans leur programmation culturelle.

Histoire des Noirs

FRANCOPRESSE – En ce mois de l’histoire des Noirs, l’auteur de l’ouvrage L’Histoire oubliée de la contribution des esclaves et soldats noirs à l’édification du Canada (1604-1945)  aux Éditions Afrikana, a répondu aux questions de Francopresse. Le Dr Amadou Ba éclaircit en ces pages des chapitres négligés de l’histoire du pays. Chargé de cours à la Nipissing University de North Bay et à l’Université Laurentienne de Sudbury, ce passionné d’histoire africaine souhaite ainsi contribuer à réconcilier les Canadiens et Canadiennes avec leur passé.

Pouvez-vous commencer par nous brosser un portrait rapide des premiers arrivants noirs au Canada? Qui étaient-ils?

Le premier arrivé remonterait au tout début de la colonie. Mathieu da Costa serait venu lors du premier voyage avec Samuel de Champlain en Acadie à titre d’interprète. Il parlait plusieurs langues et il a permis à Champlain d’entrer en communication avec les autochtones micmacs. On sait qu’il avait été recruté et qu’il avait un contrat pour accompagner Champlain et, après, il est retourné en France.

Après lui, de premiers esclaves sont arrivés en 1628. Le premier qui a été répertorié est Olivier Lejeune qui est amené par des marchands anglais, les frères Kirke, qui l’ont ensuite vendu à Québec. Après, nous allons voir l’arrivée d’esclaves ici et là, mais le groupe le plus important est arrivé lorsque le roi de France a autorisé, en 1689, les habitants de la Nouvelle-France à avoir des esclaves.

Entrevue

FRANCOPRESSE – La Fédération culturelle canadienne-française, qui regroupe 22 associations artistiques et culturelles de l’extérieur du Québec, défend de plus en plus activement le besoin pour le Canada de se doter d’une politique culturelle nationale. Cette politique prendrait la forme d’un «Cadre national d’action pour la culture». La FCCF s’est associée avec plus de 40 organismes artistiques et culturels, tant francophones, anglophones, qu’autochtones, pour créer une large coalition afin de convaincre le gouvernement fédéral d’aller de l’avant avec ce projet ambitieux, dont découlent aussi plusieurs autres priorités de la Fédération.

L’une de vos grandes priorités est la mise en place d’un cadre national d’action pour la culture. De quoi s’agit-il?

Marie-Christine Morin : Le cadre national, ou politique culturelle canadienne, est une idée qu’on a mise de l’avant de façon plus formelle l’an dernier, donc en 2019, mais la réflexion a été entamée depuis plusieurs années. C’est une façon cohérente de rassembler toutes de sortes de gros éléments qui se passent présentement dans le paysage : les révisions législatives actuelles, la loi sur les droits d’auteur, la loi sur la radiodiffusion ou encore la stratégie d’exportation du fédéral. Il y a aussi toute la réflexion sur la diplomatie culturelle qui interpelle cette question-là aussi. Toutes les personnes qu’on rencontre à qui on dit qu’on n’a pas de politique culturelle au Canada sont extrêmement surprises.

L’EXPRESS (Ontario) – Connaissez-vous le fondateur de la ville de Québec et de la Nouvelle-France au début du 17e siècle : Samuel de Champlain? Chez nous, la réponse est plus souvent oui. Champlain est un héros, l’un des personnages les plus illustres de l’histoire du Canada. En France, la réponse est non. Champlain y est plutôt un illustre inconnu.

Originaire de Brouage, ancienne commune du Sud-Ouest de la France près de l’Atlantique, Samuel de Champlain fut militaire, navigateur, cartographe, ethnologue, illustrateur, écrivain… et gouverneur d’un immense territoire.

Aucun sondage ne le démontre, mais ça se vérifie de façon anecdotique : la plupart des Français ignorent qui est Champlain.

Ce que nous confirme Éric Thierry, professeur français spécialisé dans l’histoire de l’Amérique du Nord et de la Nouvelle-France.

Nord canadien

AURORE BORÉALE (Yukon) – Le geste vif et le regard clair, la jeune quinquagénaire Alice Cyr avoue ne jamais se lasser de raconter l’histoire de la famille de son défunt époux. Une histoire tissée d’aventure et d’amour ancrée dans la grande Ruée vers l’or yukonaise à tout jamais intégrée à son récit de vie personnel.

C’est lors d’une récente visite dans un musée yukonais en compagnie de l’une de ses nièces qu’Alice Cyr découvre à sa grande surprise une brochure touristique en français illustrée par une photo d’archive de l’oncle Mike Cyr. De fil en aiguille, on retrouve les deux femmes les jours suivants au Centre de la francophonie où elles découvrent, à leur grande joie, une ancienne photo de leur famille.

«Lui, c’est Paul Cyr», lance Alice Cyr tout heureuse par sa découverte. «C’était mon époux», ajoute-t-elle du même souffle.

Ontario

FRANCOPRESSE – En 1990, il y a encore les Nordiques à Québec. La Cour suprême vient tout juste de donner raison à des parents francophones de l’Ile-du-Prince-Édouard qui souhaitaient avoir leurs propres écoles et déclare inconstitutionnel l’Official Language Act du Manitoba. Mais en ce premier mois de l’année, le 30 plus précisément, alors qu’on négocie le fameux accord du lac Meech, la ville de Sault-Sainte-Marie fait parler d’elle.

Elle adopte une résolution se déclarant unilingue anglaise. Elle veut ainsi protester contre la loi 178 du Québec, qui permet l’affichage bilingue à l’intérieur des magasins, mais qui prône l’unilinguisme français à l’extérieur en ayant recours à la fameuse clause nonobstant. Il faut se rappeler qu’à l’époque, la Cour suprême du Canada avait émis un jugement contre certains articles de la loi 101, dont celui sur l’affichage.

Selon le Commissariat aux langues officielles, la ville vote cette résolution dans la foulée d’une «pétition déposée par le groupe The Alliance for the Preservation of English in Canada, qui avait répandu la rumeur voulant que la Loi sur les services en français [de l’Ontario] forcerait les municipalités de l’Ontario à fournir des services en français.» À sa manière, Sault-Sainte-Marie suivait ainsi les traces de certains citoyens de Brockville, qui avaient foulé quelques mois plus tôt le fleurdelisé.

Kim Pasche a un parcours atypique. Déjà dans son enfance en Suisse, son attirance vers les matériaux bruts le pousse à questionner son entourage sur l’origine des objets les plus anodins du quotidien : «J’ai toujours eu cette curiosité de connaitre un cran plus loin l’origine des objets.» Après avoir obtenu son baccalauréat (l’équivalent de la 12e année), il décide de faire son propre compagnonnage afin de recevoir les savoirs et les savoir-faire liés aux métiers de la pierre, du bois, du métal ou encore du cuir.

Il se rend en France, où il frappe aux portes d’artisans qui le forment et lui apportent des compétences variées ainsi que la justesse des gestes propres à chacun des métiers. En parallèle, il s’inscrit en auditeur libre aux universités de Fribourg et de Neuchâtel : «Avec ces compétences de terrain, j’ai pu travailler au sein de l’Association romande des animateurs en préhistoire. Puis, j’ai parfait mes connaissances d’un point de vue scolaire au sein des universités», ajoute M. Pasche lors d’une entrevue. 


De la Suisse au Yukon

C’est dans le plus petit des trois territoires, le Yukon, que Kim Pasche expérimente les gestes et les techniques d’autrefois. «Dans ma recherche de mes ancêtres, il fallait que je trouve sur terre un endroit qui ressemble à la Suisse préhistorique, et c’est ce qui m’a emmené au Yukon.» Dans son désir de comprendre les gestes premiers, il s’immerge plusieurs mois par année dans la nature, sur une concession à 400 kilomètres de Whitehorse, la capitale. «Au Yukon, j’ai pu expérimenter et comprendre ce lien avec la nature sauvage», précise-t-il.

En reconnectant avec lui-même au sein de cette nature sauvage et préservée, il reproduit les gestes premiers, ceux qui ont un rapport direct avec ses besoins du quotidien. Se chauffer, s’abriter et manger sont les besoins vitaux qui, en immersion sauvage, deviennent la priorité absolue. Ce sont ces gestes si précieux, à la base de l’art de la vie sauvage, qui permettent de jouir de la richesse de la nature, selon celui qui est également trappeur. Couper, tailler, récolter, coudre ou encore sculpter, ces gestes n’ont plus de secret pour M. Pasche. Il sait faire du feu en toute circonstance et fabriquer des contenants à partir d’écorce de bouleau, par exemple.

Vivre au contact de la nature et des animaux, c’est ce que Guy Bouchard a toujours voulu. Il possédait déjà une exploitation agricole quand il a choisi de reprendre la ferme de ses beaux-parents afin d’augmenter l’espace disponible pour ses animaux.

Guy Bouchard a toujours eu envie de posséder sa propre ferme. «Au début, je n’avais pas une grande exploitation, mais suffisamment pour y élever, entre autres, des moutons, des poulets, des cochons et des vaches à beurre.»

Malheureusement, il était impossible pour l’agriculteur de vivre à 100  de sa ferme. «C’est de plus en plus dur pour les jeunes de commencer dans le métier et en vivre n’est pas facile.» Mais Guy Bouchard est persévérant. «En plus de ma ferme, j’étais employé sur l’exploitation de mes beaux-parents, ce qui m’a bien aidé.»

Quand ceux-ci décident de cesser leurs activités, Guy Bouchard n’hésite pas un instant à prendre leur relève. «Leur ferme se situe à Gardenton et a un espace un peu plus grand que la mienne. Alors je me suis dit que ça serait vraiment bien pour moi.»

Dans cette nouvelle ferme vivent une multitude d’animaux. «J’ai un bel élevage de dindons et un troupeau de moutons que j’ai pu agrandir en ayant accès à ces nouvelles terres.»


Exploitants agricoles en statistiques

La ferme familiale de Guy Bouchard est de taille humaine, et il s’occupe lui-même de ses bêtes. Selon lui, «ce n’est pas un métier facile. Et pas évident à commencer.» En effet, selon Statistique Canada, il y a de moins en moins de fermes familiales; les exploitations, moins nombreuses, sont plus grandes. Ce qui induit qu’une partie des fermes familiales disparait au profit de fermes industrielles, plus grandes et plus rentables.

Lors du recensement de l’agriculture de 2016, Statistique Canada a noté une légère hausse (3 %) du nombre d’exploitants de moins de 35 ans. Il s’agit de la première augmentation depuis 1991 pour cette catégorie. Aussi, les femmes représentent une part grandissante des exploitants agricoles.

La formation de la relève est l’un des principaux défis pour les fermiers laitiers, et plus encore pour les francophones de la plus petite province canadienne. La ferme Bernadale surmonte les obstacles depuis maintenant quatre générations, et se prépare à un futur prometteur.

Reprendre, éventuellement, la ferme familiale est toujours allé de soi pour Gilles Bernard. Grandissant auprès des vaches, l’envie lui a rapidement pris de donner un coup de main à son père, qui a lui-même appris le métier de son père. L’amour des bêtes coule dans les veines des Bernard depuis quatre générations, et semble se transmettre aussi de père en fille.

«Je n’ai jamais pensé faire autre chose», indique d’emblée Gilles Bernard, rencontré dans la maison familiale attenante à la ferme laitière. Y résident ses parents, Corinne et Julien Bernard, ce dernier travaillant encore au quotidien auprès du troupeau laitier de la ferme Bernadale.

Le troupeau compte aujourd’hui 65 têtes à traire tous les jours, un chiffre qui monte à 400 ou 500 en comptant les animaux dédiés au commerce et à l’élevage. C’est dire si la ferme a agrandi : elle ne comptait qu’une dizaine de vaches il y a 50 ans. Lorsqu’il a décidé à l’époque de récupérer la ferme mise sur pied par son père et son oncle, Julien Bernard a pris la plus grosse décision de sa vie.

«On a acheté beaucoup de terres, à l’époque, il y avait plusieurs petites fermes qui n’ont pas pu continuer. De tous mes frères et sœurs, je suis le seul à avoir décidé de ne pas vendre, parce que sinon on aurait fermé en moins de dix ans», se souvient-il. Avec une famille de 15 enfants, ce n’est pas peu dire. Il a fallu du cran à Julien Bernard pour poursuivre dans cette voie.

Ça a donc été un grand soulagement pour lui de constater que son fils Gilles a rapidement démontré un intérêt marqué pour la vie de ferme. «Quand il était petit, on s’asseyait ensemble et on regardait la traite», se rappelle Corinne Bernard. Quelques années plus tard, Gilles mettait lui aussi la main à la pâte, et dès la fin de son secondaire, à 17 ans, il a rejoint son père à plein temps.

«J’ai 29 ans d’expérience, mais j’apprends encore tous les jours. Ça n’est pas un métier comme les autres», constate Gilles Bernard. Durant l’été, les fermiers laitiers peuvent travailler plus d’une dizaine d’heures par jour, du lever au coucher du soleil, avec quelques heures seulement de repos le samedi et le dimanche.

À 23 ans, le neveu de Gilles, Alex Bernard, travaille aussi depuis quelques années sur la ferme Bernadale. Il n’avait que 13 ou 14 ans lorsqu’il a commencé à conduire le tracteur, encore à ce jour son activité préférée. «Je pense que je vais continuer toute ma vie», dit-il simplement.

Gérard Dubé a passé une grande partie de sa vie à militer pour la préservation de l’environnement. Originaire de La Broquerie au Manitoba, il est d’ailleurs un pionnier dans le secteur du compostage. Il a travaillé à développer et à promouvoir le compostage comme un moyen de concilier la productivité agricole et le respect de la nature.

Sa jeunesse, son déclic

Élevé sur une ferme laitière au sein d’une famille comptant six garçons et trois filles, Gérard Dubé se passionne pour la préservation de l’environnement depuis les années 1980. En 1983, il obtient un poste d’agent de groupe chez Katimavik. L’objectif de ce programme étant de soutenir le développement des jeunes pour qu’ils deviennent des citoyens engagés, altruistes et capables d’exercer du leadeurship au pays, Gérard Dubé enseigne alors aux participants à trouver des solutions à la surconsommation.

Cette expérience a été le point de départ d’une longue série de projets à caractères agricole et écologique. «C’est à ce moment-là que j’ai compris que ma place était ici, sur la ferme», confie-t-il. En effet, l’année suivante, Gérard Dubé a racheté la terre de ses parents et a commencé ses expérimentations en matière d’agriculture biologique. L’idée qu’il avait en tête? «Faire de cette terre un paradis terrestre.» Rien de moins.

Dès lors, les terres familiales sont devenues son terrain de jeu. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que ce passionné entreprenne ses expérimentations sur le compostage. Comme il l’explique, «le compostage est un processus de transformation du fumier et des déchets organiques en un produit naturel de qualité que les agriculteurs peuvent utiliser. Il a une efficacité pour la production agricole, en plus d’avoir de grandes vertus pour l’environnement.»


Long travail et consécration

Tout au long de ces années, Gérard Dubé n’a jamais cessé de chercher à s’améliorer. C’est pourquoi il a assisté à plusieurs ateliers et conférences sur l’agriculture biologique et sur le compostage dans divers congrès aux États-Unis. «Les États-Unis sont très en avance sur le sujet», assure-t-il.

L’homme voué à la terre s’inspire donc de ces pratiques pour être un véritable avant-gardiste dans la province du Manitoba, et même au pays. Il a d’ailleurs longtemps codirigé la coopérative Compo-Stages Manitoba Services Co-op pour permettre aux agriculteurs manitobains de composter sur leurs propres terres.

En 2012, Gérard Dubé a remporté l’Anne Lindsey Protecting Our Earth Award. Remis par le Manitoba Eco-Network en reconnaissance des réalisations en matière de protection et de gestion de l’environnement au Manitoba, ce prix souligne la créativité, la diligence et l’engagement de chaque récipiendaire.

L’année suivante, Gérard Dubé a travaillé de concert avec la Ville de Winnipeg sur un nouveau service de compostage, qui faisait partie de la stratégie globale sur les déchets et le recyclage de la Ville. Dès sa première année, le service a rencontré un franc succès auprès des résidants et leur permet encore de se procurer jusqu’à 100 litres de compost par véhicule qui se présente au dépôt lors de l’évènement annuel de distribution.

Dans le nord de l’Ontario, nombreux sont les trappeurs qui adoptent un passetemps qui évoque le travail des premiers peuples et l’arrivée des Européens dans le Nouveau Monde. La récolte des fourrures demeure cependant bénéfique à plusieurs chapitres, dans le contexte actuel. Ces entrepreneurs de la forêt, œuvrant dans une région immense et peu densément peuplée, jouent un rôle important dans le maintien de l’équilibre des écosystèmes et de la circulation de biens dans l’ensemble du pays.

Le nord de l’Ontario, région réputée pour ses matières premières et ses minéraux précieux, est aussi reconnu comme un grand habitat d’espèces sauvages. Herbivores comme l’original, le chevreuil et le castor, des carnivores comme le loup et le renard, ou des omnivores comme l’ours noir, ces animaux emblématiques vivent nombreux dans les forêts et les marécages du Bouclier canadien.


Une question d’équilibre

Dans l’intérêt de diminuer les risques de problèmes environnementaux reliés à une surpopulation d’une espèce, des trappeurs nord-ontariens interviennent au nom de municipalités, de ministères ou d’entreprises. Leur objectif : assurer que les animaux ne nuisent pas à long terme aux activités humaines ou l’équilibre naturel dans une région donnée.

Bob Desbiens, piégeur de Nipissing Ouest, aime comparer le piégeage aux activités d’une ferme. Comme dans un pâturage, un terrain donné peut subvenir aux besoins d’un certain nombre d’animaux. «Si la quantité d’animaux dépasse [la capacité de] ce terrain-là, on risque d’avoir des problèmes de propagation de maladies et de manque d’aliments. Ce qui va aussi affecter les cours d’eau. La trappe permet de garder un certain équilibre. C’est une [pratique] très règlementée. O,n ne récolte pas à volonté, mais selon des normes et des quotas établis», explique le trappeur, aussi pigiste auprès de la maison de vente aux enchères Fur Harvesters de North Bay, qui vend des fourrures sauvages partout au monde, des États-Unis à la Corée en passant par la Grèce et la Russie.

«Souvent, les gens ne comprennent pas que c’est encore utile d’avoir des trappeurs, car ils ne veulent pas nécessairement porter de la fourrure. Par contre, si ces animaux-là ne sont pas récoltés, les compagnies ferroviaires, les propriétaires de chemins et les municipalités vont tous se retrouver avec de sérieux problèmes. Ils font souvent appel aux services d’un trappeur pour assurer que les cours d’eau ne soient pas à risque d’inondations autour des fermes, des chemins et des voies ferrées. C’est un travail très important.»

Les piégeurs sont aussi des travailleurs essentiels dans la préservation des routes. Ils assurent, du moins en partie, une ouverture relativement constante des chemins forestiers ainsi que des sentiers de véhicule tout-terrain et de motoneige.

Depuis plus de quatre décennies, le Franco-Ontarien, professeur à la retraite, emprunte deux voies provinciales pour accéder à son terrain de piégeage, en périphérie du lac Silver, soit à une trentaine de kilomètres au nord de River Valley.

À quelques kilomètres de Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest, Mike Mitchell et Craig Scott perpétuent une tradition autochtone en produisant du sirop de bouleau. Un simple prétexte pour jouir de la nature, mais n’empêche, il y a là une expertise qui se développe.

«On s’installe fin avril, on assiste à l’arrivée des oiseaux, on écoute les chorales de grenouilles. Les enfants jouent, ils nous “aident”. On ne vise pas à faire de l’argent. On a quelques semaines de plein air, c’est ce qui compte.»

C’est Mike Mitchell qui s’exprime ainsi, s’autoproclamant, avec beaucoup d’ironie, seul producteur de sirop de bouleau «à but lucratif» des Territoires du Nord-Ouest (TNO).

Au quotidien, Mitchell, qui parle un excellent français, est conservateur des programmes scolaires et publics du Centre du patrimoine septentrional Prince-de-Galles, le musée de la capitale des TNO.

Il a lancé la compagnie Sapsucker et la dirige aujourd’hui avec son ami Craig Scott.


Chasser l’eau

Au 62e degré parallèle, des érables, on n’en retrouve pas, mais les bouleaux sont légion.

Dans leur camp de la route Ingraham, cette espèce de banlieue très sauvage de la capitale ténoise, Craig Scott, Mike Mitchell, leur famille et quelques bénévoles («une sorte de commune, mais pas hippie», rigole le conservateur), entaillent annuellement 400 bouleaux, ce qui procure entre 50 et 70 gallons de sirop.

«Ce n’est pas énorme, commente Mike Mitchell, mais c’est assez pour le marché.»

Au sortir de l’arbre, la sève a 1 % de sucre; le produit final, lui, en a 66 %. Entre les deux, à travers l’osmose inversée, l’évaporateur et le bain-marie au propane, 85 % du liquide s’en va.

Les travailleurs se servent du filtrat pour leurs ablutions; le sirop, lui, est embouteillé à Yellowknife.

Le sirop de bouleau est majoritairement composé de fructose alors que l’érable, plus sucré et visqueux, est davantage basé sur le sucrose, avance Mike Mitchell.

La température est capitale pour la cueillette et la fabrication. Si elle est trop élevée à la première étape, par exemple 20 degrés, les bactéries absorbent le sucre. Trop basse, la glace obstrue les chalumeaux.

Idem lors de la production du sirop. «Nous cherchons un gout caramélisé et le fructose brule à température plus basse que le sucrose, observe le maitre d’œuvre de Sapsucker. Si on chauffe trop, ça devient amer.»

Originaire de Belgique, l’ingénieur-brasseur Cédric Dauchot fait saliver depuis 8 ans les habitants de Powell River en Colombie-Britannique. Adaptant les traditions plusieurs fois séculaires des brasseurs belges aux palais des Canadiens, l’homme de 39 ans honore la profession avec sa brasserie artisanale Townsite Brewing, une formule unique en son genre dans l’Ouest.

Cédric Dauchot est tombé dans la cuve tardivement. Attiré par le monde scientifique dès l’enfance, il entame des études d’ingénierie en biochimie à l’Institut Meurice à Anderlecht, en Belgique, sans trop savoir vers quel métier se diriger. Une chose est sûre : ce sera un métier manuel.

Le déclic survient après quelques stages dans des brasseries en Belgique : «Je me suis très vite rendu compte que c’est ce que j’aimais. C’est très scientifique, mais aussi très physique, très pratique. Il y a cette satisfaction de voir le produit de l’effort. Et j’aime ça, travailler avec les gouts et les saveurs», explique-t-il.

Au cœur de la vallée de l’Okanagan, Andréa McFadden diffuse des parfums de lavande, de rose, de menthe, de calendula ou encore de camomille. Installée depuis longtemps dans la région, la famille McFadden perpétue un savoir-faire ancestral : celui de la distillation d’huiles essentielles.


En 1990, Andréa McFadden et son époux Dave héritent d’une parcelle familiale de 8 acres (32 375 m2) située sur les hauteurs de Kelowna, à l’est du lac Okanagan, en Colombie-Britannique.

À la même époque, elle lit un article dans le journal The Guardian qui lui fait découvrir la lavande et décide d’en faire pousser sur une parcelle de 1000 m2. Les pommiers qui se trouvaient sur la parcelle étaient devenus trop vieux pour fournir des pommes de bonne qualité. Ils sont coupés en 1998. C’est alors que la terre change de vocation : l’Okanagan Lavender Herb Farm prend alors un véritable envol.

Consciente de la fragilité des arts traditionnels, Andréa McFadden estime que le choix des gestes est primordial, particulièrement dans les sociétés occidentales. «Ma longue histoire familiale dans l’agriculture a eu un impact profond sur ma vie et a joué un rôle déterminant dans l’évolution de notre ferme au cours des 20 dernières années», estime André McFadden.

«Lorsque les civilisations sont devenues urbaines, le savoir traditionnel des plantes a été perdu. Mais à la ferme, nous sommes enracinés dans un processus très simple d’utilisation des plantes pour leurs propriétés curatives traditionnelles et par la création de produits botaniques qui capturent ces propriétés.»

En 2007, Andrea McFadden contacte une pépinière basée au Royaume-Uni qui l’a fourni en conseils et en graines propices à pousser sur les terres de la ferme. Puis, elle achète le matériel nécessaire à la distillation. Afin d’améliorer la qualité de ses huiles, elle s’inscrit dans plusieurs concours internationaux en Australie et Nouvelle-Zélande, où on la conseille sur les façons de se perfectionner.


La transmission du savoir

Le processus de distillation à la vapeur d’eau qui permet de produire de l’huile essentielle est très ancien. Les Égyptiens auraient été les premiers à utiliser cette technique; cependant, le médecin et philosophe Perse Avicenne a amélioré la technique en élaborant un alambic proche de celui qui est aujourd’hui utilisé. Il fabriqua la première huile essentielle de rose au 11e siècle.

La distillation à la vapeur d’eau est donc une technique ancienne, mais aussi délicate, qui permet l’extraction de l’essence de la plante en préservant ses vertus.

Andréa McFadden a suivi une formation qui lui permet maintenant d’animer des ateliers auprès des visiteurs et ainsi transmettre les gestes : «Nous avons travaillé fort pour diversifier et restaurer les plantes indigènes sur notre ferme et nous avons enseigné à notre famille et à notre personnel l’importance de maintenir les plantes qui fleurissent du printemps à l’automne, estime-t-elle, les petites exploitations ont la possibilité de jouer un rôle important dans la restauration de l’environnement naturel et la guérison de la planète.»

Pendant la saison estivale, la ferme emploie une quinzaine de personnes qui récoltent les plantes, distillent, accueillent les visiteurs et animent les ateliers ouverts au public. Toutes les étapes de la production se font au sein de l’exploitation et aujourd’hui, la ferme produit annuellement 40 litres d’huiles essentielles et environ 2000 litres d’eau florale de lavande, de rose et de cèdre rouge.

Mac, c’est l’orignal emblématique de la ville de Moose Jaw. Le géant a retrouvé récemment son titre de plus gros orignal au monde après l’avoir perdu en 2015 au profit de la sculpture norvégienne Storelgen.

Le grand Mac pèse dorénavant 10 tonnes et mesure 10 mètres de hauteur. Jacki L’Heureux-Mason, directrice du tourisme pour la ville de Moose Jaw, est fière d’avoir récupéré le titre. «Nous espérons en profiter longtemps, s’exclame-t-elle. Notre communauté s’est ralliée autour de Mac, à l’instar de gens du monde entier. Tout le travail effectué provient de fonds donnés par des entreprises locales et nationales. Mais aussi des dons personnels venus du monde entier!»


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Papier chiffon, papier buvard, papier de riz ou papier velours, tous ces papiers, comme le dit la chanson de Régine, Kevin Martin les connait. L’artisan du papier franco-ontarien emprunte depuis plus de 20 ans un chemin parsemé de fibres, de pâtes ou de marbrure.

Il faut remonter au 1er siècle après Jésus-Christ pour voir apparaitre en Chine ce qui semble être la première production de papier. Chiffons, écorces et végétaux sont alors placés dans des contenants et arrosés d’eau. Le tout est plié et replié puis frappé à l’aide d’un maillet ou d’un bâton pour défaire les fibres. Les Chinois obtenaient ainsi une espèce de pâte, qui était par la suite égouttée de son eau et séchée pour devenir ainsi un papier fin. Les calligraphes chinois s’en sont régalés!

Au 8e siècle, le monde arabe, alors aux portes de l’Orient à la suite de diverses batailles, découvre à son tour le papier et l’introduit en Espagne au moment où ils envahissent l’Andalousie. Les premières usines à papier feront alors leur apparition en Europe, particulièrement en Italie. Il y eut par la suite Gutenberg, qui donna un bon coup de pouce au papier, grâce à l’invention de l’imprimerie au 15e siècle. Enfin, avec l’apparition de l’ère industrielle au 19e, les papiers et cartons d’emballage se développent.

Yvette Michelin nourrit une passion pour le fléché qui va au-delà de la période des carnavals. Spécialiste incontournable du fléché, elle l’enseigne aux adultes et donne des ateliers aux enfants. Et si c’était sa façon à elle de perpétuer un savoir-faire digne de la persévérance et de la ténacité de ces francophones qui ont fait l’Amérique?

En ce samedi d’un printemps trop tardif, rendez-vous à Québec, plus précisément à la Maison Routhier dans l’arrondissement Sainte-Foy. Bâtiment historique construit sous le régime français, c’est maintenant le siège du Centre d’arts textiles de Québec où une variété de cours allant de la broderie à la courtepointe y est donnée. C’est le cas aussi pour le fléché. Et c’est dans cette maison construite vers 1757 que se répand le savoir et la passion d’Yvette Michelin.

Celle qui flèche notamment les bandoulières de la Compagnie des Cent-Associés francophones s’est faite en quelque sorte embobinée par le fléché à l’âge de 14 ans. Lors du premier Carnaval de Québec en 1955, la jeune Yvette s’achète une première ceinture fléchée. Sa mère, toute contente de l’achat, et ayant appris chez les dames ursulines étant jeune, lui parlera des rudiments du fléché aux doigts. Puis les Ursulines, à l’école, continueront l’apprentissage. «J’ai eu la piqure d’une flèche», dira-t-elle à la blague. Il lui faudra toutefois attendre 15 ans pour faire son apprentissage auprès de Marie-Anna Lemire, qui deviendra sa véritable première professeure. Les yeux d’Yvette Michelin s’illuminent quand elle parle de sa passion pour le fléché. «C’est tellement relié à l’histoire. C’est ça qui m’intéresse.»

 

Un peu de technique

Cousin du fléché, il y eut tout d’abord le chevron qu’on retrouvait sur les jarretières en France. Selon la thèse de doctorat de l’ethnologue québécoise Monique Genest-Leblanc, Une jolie cinture à flesche, parue en 2003, le plus ancien chevron a été répertorié dans une publication japonaise. Celui-ci datait du 8e siècle! Technique répandue en France, le chevron est plus apparenté à une forme de tressage avec les doigts. Concrètement, quelle est la différence entre le chevron et le fléché? Le dernier donne des pointes de flèches plus courtes, proposant ainsi un certain rythme à la ceinture ce que n’a pas le chevron dont les pointes finissent toujours à la bordure de la ceinture ou de la parure. 

Et techniquement, comment cela s’explique-t-il? C’est là que le savoir-faire de Mme Michelin prend tout son sens. Pour le chevron, la course du fil de la trame — les fils transversaux formant la largeur de la ceinture — se rend jusqu’à la lisière sans jamais être changée. Pour le fléché canadien-français, et c’est ce qui fait sa particularité, il «contient toujours un changement de fil de trame à l’intérieur d’une duite», la duite étant une rangée formée par l’entrecroisement des fils au-dessus et au-dessous de la trame d’une lisière à l’autre. Le tout se fait avec les doigts.

Les ceintures qu’on retrouve dans le commerce sont surtout réalisées au métier. Le temps de production n’est évidemment pas le même. Une compagnie comme Les Textiles Castors de Québec, qui fournit, par exemple, des ceintures fléchées à l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) ou au Carnaval de Québec, peut en produire une centaine par jour. Il faut entre 600 et 700 heures pour une ceinture réalisée avec le fléché au doigt… 

Le hookage trouverait ses origines à Terre-Neuve, où des pêcheurs fabriquaient des tapis pour mettre au fond des bateaux et aux fenêtres. Cet artisanat est devenu un passe-temps des femmes de l’Atlantique : de la toile de jute sur un cadre de bois, des bandes de tissus découpées dans de vieux vêtements, des brins de laine récupérée, un crochet et voilà de quoi faire un tapis qui ajoutera un peu de confort à la maison, l’hiver.

La pratique est ancrée dans la mémoire de la plupart des gens de ces quatre provinces. Dans les souvenirs d’enfance, mères, grands-mères et grands-pères hookaient. On confectionnait les tapis crochetés surtout l’hiver pour les utiliser ou les vendre. À Memramcook, même, une agente vendait les tapis des femmes.


Piquée, accrochée!

En 1997, Annie Richard, de Cap-Pelé, découvre un tapis hooké et apprend qu’il est l’œuvre de Gabrielle (Gabi) Savoie Robichaud, de Grand-Barachois. Désireuse d’apprendre à en faire de la maître, elle se rend à l’atelier : «Elle me dit de trouver six ou sept femmes et qu’elle nous donnera un cours.» Il aura fallu quelques jours pour ce faire. Et c’est ainsi que le groupe Les Hookeuses du Bor’de’lo est né. «Nous avons eu notre première exposition à l’atelier de Gabrielle.»

Elle se souvient que lorsqu’elle était âgée de huit ou neuf ans, quelques femmes venaient chez elle pour hooker. «J’aimais les voir travailler ensemble et jaser, se remémore Annie Richard. C’était très spécial pour moi et je coupais les guenilles en morceaux pour elles. Une fois j’ai essayé et j’en ai fait un petit bout.»

Elle avait envie d’apprendre à son tour. «Je voyais que cette belle tradition se perdait et pour moi c’était aussi une bonne manière de recycler.» Les Hookeuses du Bor’de’lo partagent d’ailleurs ces motivations.

Dès qu’elle a poussé son premier brin de fil, elle a senti une chaleur monter en elle, poursuit Annie Richard. Elle sentait que sa mère était avec elle. «Il n’y a pas de mot pour décrire la satisfaction de voir ton premier tapis fini. Et je ne pouvais pas m’arrêter. C’était une vraie thérapie pour moi. C’était la plus belle chose qui pouvait m’arriver et j’en faisais pendant des heures et des heures. J’en ai usé des crochets, dont le vieux crochet de ma mère. C’était plus fort que moi, je voulais toujours en faire.»

Les portes de la science sont grandes ouvertes pendant une semaine au Canada. Du 16 au 22 septembre, écoles, bibliothèques, musées et universités du pays joignent leurs efforts pour nourrir la culture scientifique des Canadiens. Grand moment de sensibilisation, l’évènement repose sur la participation et l’engagement de milliers de férus des sciences d’un océan à l’autre.

L’idée est née en 2014 de la passion d’un jeune Torontois, Jesse Hildebrand, diplômé en écologie. «J’ai toujours eu une fascination pour la science. Quand j’étais petit, j’adorais David Attenborough et Steve Irwin. Je voulais faire en sorte que d’autres Canadiens puissent connaitre le même genre d’expériences.» Et le pari semble plutôt fonctionner avec plus de 850 activités dans 200 villes au pays l’an dernier.

Soirées d’astronomie, démonstrations de chimie, visites de laboratoires… Les centaines d’organismes participants ne manquent pas d’idées. À la bibliothèque publique de Fredericton, une vingtaine d’enfants suivent même un programme d’éducation scientifique en pyjamas. Un autre jour, ils construisent leur propre robot. «Nous avons plein d’activités amusantes, créatives et éducatives pour faire de l’instruction autour de la science», indique Rose Morton, aide-bibliothécaire.

Les activités se font en association avec tout un monde de passionnés : des organismes tels que Labos Créatifs et Science East dont le mandat est d’offrir des programmes gratuits aux plus jeunes, des agences gouvernementales comme Parcs Canada, ou des institutions comme l’Université de Fredericton. «C’est tellement important que les enfants aient la chance d’avoir accès à des activités de ce genre gratuitement, pour avoir les mêmes chances à l’école», relève l’accompagnatrice.

Festivités francos

La vitalité des communautés de la francophonie en situation linguistique minoritaire ne fait pas l’ombre d’un doute, lorsqu’on voit la liste des manifestations francophones dans les provinces et territoires du Canada!

Francopresse vous livre un calendrier des festivals et célébrations qui ont lieu d’un océan aux autres, en milieu francophone minoritaire. Mises à jour fréquentes!

Francopresse. Des premiers hommes dans l’espace à la fusée la plus puissante de l’histoire, les années 1960 resteront la décennie de tous les records spatiaux. Un véritable accomplissement qui bouleversera les générations futures.

Les années 1960 resteront la décennie de tous les records spatiaux. Premiers hommes dans l’espace, première aventure hors de l’orbite terrestre, fusée la plus puissante de l’histoire et, bien sûr, premiers pas sur la Lune un certain 20 juillet 1969. Un véritable accomplissement qui bouleverse l’époque, et les générations futures.

C’est à la NCAA Pace University à Pleasantville, New York, qu’Isabelle Boudreau de Memramcook entreprendra ses études universitaires en Sciences de la santé, en septembre. Grâce à une bourse d’études, elle y pratiquera également son sport préféré : la balle-molle.

Après avoir étudié à l’école Yale Secondary High School, à Abbotsford en Colombie-Britannique, au cours de ses deux dernières années de son secondaire, Isabelle Boudreau se joint à cette prestigieuse université pour poursuivre ses rêves. «Lorsque j’étais en Colombie-Britannique, il y avait plusieurs dépisteurs de collèges américains lors de nos tournois dans plusieurs villes américaines et en Colombie-Britannique. J’espérais poursuivre mes études postsecondaires dans une institution américaine.» Aux États-Unis, précise-t-elle, la Division 1 offre plus de possibilités qu’au Canada, où il n’y a qu’une équipe de la Division 2.

Plus de 90 % des cancers de peau viennent des rayons ultraviolets (UV). Ils peuvent traverser les nuages, le brouillard et la brume, puis réfléchissent considérablement sur la neige et l’eau.

Ce sont 80 000 Canadiens qui sont diagnostiqués d’un cancer de la peau chaque année, révèle l’Association canadienne de dermatologie. Sur ces 80 000, 7200 ont le mélanome, l’un des cancers les plus dangereux, et 1200 en meurent.

La Liberté, Man. Anatasia Kelekis-Cholakis est maintenant doyenne du Collège de médecine dentaire, une faculté de l’Université de Manitoba. C’est la première femme nommée à ce poste. Quels sont ses objectifs ?

Anatasia Kelekis-Cholakis a officiellement pris le poste de doyenne du Collège de médecine dentaire, une faculté de l’Université de Manitoba, le 1er juillet. C’est la première femme nommée à ce poste. Pendant cinq ans, les principales missions de la nouvelle doyenne seront d’assurer la bonne qualité des cours, de faire avancer la recherche et d’impulser de nouvelles idées pour le Collège.