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Les trésors de la ruralité
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En 2017, 82 % de la population canadienne habitait en milieu urbain. C’est dire à quel point le monde a changé, depuis la Confédération : il y a un peu plus de 150 ans, 84 % de la population du pays vivait en milieu rural.

Si la ruralité est aujourd’hui la réalité de moins du cinquième des Canadiennes et Canadiens, elle demeure une image symbolique du pays.

Francopresse et les journaux membres de l’Association de la presse francophone invitent leurs lecteurs et lectrices à faire un voyage dans un Canada rural et francophone, de l’Acadie au Yukon. Grandes cultures de l’Ouest, transmission des traditions, travail minier, plaisirs de la table, défis des producteurs, appel des grands espaces… Au fil d’une série de 12 articles, Francopresse offre une fenêtre sur leur réalité, leurs défis et leur vitalité.

Mais, au fait, qu’est-ce que la ruralité? Francopresse vous invite à le découvrir dès maintenant…

À Chéticamp, sur les côtes de la Nouvelle-Écosse, qu’à Gravelbourg, en plein centre des Prairies, ou à Hawkesbury, sur les rives de l’Outaouais, perçoit-on la ruralité de la même façon ? Définitions et perspectives d’avenir.

Entre Les rêveries d’un promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau et Le bonheur est dans le pré d’Étienne Chatiliez, on pose parfois un regard idyllique sur le monde rural. D’autres fois, quand on parle d’exode des régions, ce regard est plutôt négatif.

L’Encyclopédie de l’Agora créée par le philosophe québécois Jacques Dufresne définit la ruralité comme suit : « L’espace rural se caractérise par une densité de population relativement faible, par un paysage à couverture végétale prépondérante (champs, prairies, forêts, autres espaces naturels), par une activité agricole relativement importante, du moins par les surfaces qu’elle occupe. »

Un esprit pionnier règne encore dans le Grand Nord canadien. Pour nombre de francophones, vivre au-delà du 60e parallèle, c’est faire le choix d’une vie plus proche de la nature, moins stressante, dans une communauté soudée. Pour d’autres, c’est plutôt l’appât du gain et le travail en mines qui les y attirent.

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Les jeunes du Grand Nord ont-ils le goût de la ville? Certains sont curieux, d’autres chérissent les relations qu’ils tissent dans les communautés tricotées serrées. « Hay River, c’est une grande maison », assure Katherine Lenoir.

Hay River, aux Territoires du Nord-Ouest, près de la frontière nord de l’Alberta, compte 3728 habitants. Ville portuaire sise sur le Grand lac des Esclaves, elle est relativement isolée, ayant pour plus proches voisines la réserve K’atlodeechee et le hameau d’Enterprise, respectivement 330 habitants et 125 habitants.

Au fil des ans, la population de Hay River a cru et décru de quelques dizaines d’habitants, sans jamais retrouver son sommet démographique historique de 3827 habitants de 2007.

Cela viendra peut-être. Un centre d’hébergement pour personnes âgées et une école marine ont ouvert récemment leurs portes et si les conjonctures économiques s’y prêtent, l’usine de transformation de poisson pourrait être rénovée, la mine de Pine Point pourrait rouvrir. La ville pourrait croitre de 500 habitants dans les prochaines années, estime le ministre Industrie, Tourisme et Investissement des Territoires du Nord-Ouest et député de Hay River Sud, Wally Schumann.

Quelque 120 ans après la ruée vers l’or, la fièvre du diamant sévit dans le Nord. Chaque année, des centaines de francophones partent à l’assaut des mines, un choix qui n’est pas de tout repos pour les travailleurs et les communautés.

À la ruée vers l’or des années 1930 succède l’ère du diamant. La main-d’œuvre franco-canadienne afflue elle aussi dans ces contrées lointaines, les yeux pleins d’étoiles, attirée par la promesse de gains considérables.

Yves-André Leblanc est opérateur de machinerie lourde dans la mine de Gahcho Kué, la dernière mine de la région à avoir ouvert en 2016. Il conduit camions, chargeurs et excavatrices de 40, 100 et 200 tonnes. « Ça prend deux échelles pour monter dans ma cabine », précise-t-il. Son rôle : extraire le diamant des entrailles de la Terre. Ses revenus annuels : 150 000 dollars.

Originaire des Îles-de-la-Madeleine, le Québécois de 31 ans a considérablement changé de niveau de vie depuis qu’il travaille dans le domaine minier. Il s’est acheté une maison et un bateau à Yellowknife, où il pratique régulièrement la chasse et la pêche.

Même situation pour Jason Bouderlique, originaire de Vendée en France. À 28 ans, après avoir œuvré pendant un an à Edmonton dans l’industrie pétrolière et avoir perdu son travail suite à la crise, il a rebondi comme soudeur dans la mine Ekati, gagnant jusqu’à 140 000 dollars par an. Dans sa maison achetée l’an dernier, il se voit rester à long terme avec sa femme et sa fille de 1 an : « Tout est plus simple ici. C’est une très bonne ville pour élever sa famille », évalue-t-il.

Un esprit pionnier règne encore dans le Grand Nord canadien. Pour nombre de francophones, vivre au-delà du 60e parallèle, c’est faire le choix d’une vie plus proche de la nature, moins stressante, dans une communauté soudée.

« Cette statue est dédiée à tous ceux qui ont suivi leurs rêves », peut-on lire au pied de la statue du chercheur d’or à Whitehorse. Les nouveaux pionniers du 21e siècle tentent eux aussi leur chance dans le Grand Nord : amoureux de la nature, professionnels du secteur minier, artistes écolos, sportifs de plein air…

Pour Émylie Thibeault-Maloney, jeune Québécoise résidant au Yukon depuis 2013, c’est l’ouverture d’esprit qui importe : « Les gens ici sont polyvalents, curieux des possibilités, ils sont touche-à-tout. »

Certains Canadiens doivent consommer des aliments qui ont franchi 2000 km en avion avant de leur être acheminés par avion. D’autres peuvent compter sur la proximité de petits producteurs, soucieux de vendre des produits frais à leurs voisins et souvent contraints à l’innovation. Mais ils ne faut pas oublier les cueilleurs, encore bien présents au Canada.

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Les petits fruits voient grand! Même si ce n’est pas toujours facile de se tailler une place au supermarché, l’amélanche, le sureau, la camerise, l’argousier ou la saskatoon sont aussi des agents de développement communautaire.

Bien souvent ignorée par les gouvernements, la cueillette ou la production de petits fruits ou de baies est au cœur du savoir-faire, de l’économie et de l’appartenance à certaines communautés francophones comme c’est le cas à Terre-Neuve-et-Labrador, en Acadie ou en Saskatchewan. Une effervescence que les restaurateurs passionnés de saveurs n’hésitent pas à mettre à leur menu, au point où on les retrouve au menu des grandes tablées, mais aussi au cœur du développement de certaines communautés rurales.

Dans le Nord, 95 % des aliments viennent des centres de distribution du Sud. On compte 140 fermes, au Yukon, et des restaurateurs et commerçants déterminés à participer à la souveraineté alimentaire du territoire.

Au Yukon, les habitants de Whitehorse, grâce à la position géographique stratégique de la ville le long de la route de l’Alaska, jouissent toute l’année d’une variété respectable de produits alimentaires, à prix sensiblement comparable aux autres villes du pays. La grande majorité des denrées alimentaires sont livrées par camion, plutôt que par avion.

Si ce système permet aux magasins d’afficher de meilleurs prix, il n’est toutefois pas sans inconvénient. En 2015, le journal franco-yukonnais L’Aurore boréale rapportait que le territoire importait près de 95 % de ses denrées alimentaires du sud du pays. Il suffit d’une fermeture de route pour que les communautés soient privées de leur approvisionnement hebdomadaire. Ça a été le cas 2012, lorsque des coulées de boue sur la route de l’Alaska avaient entraîné une pénurie dans les épiceries. Le recours au massif avion militaire « Hercules » avait été nécessaire pour ravitailler la population.

Ce sont les communautés les plus éloignées qui souffrent le plus de ce système d’approvisionnement. Déjà, il faut plusieurs jours, voire jusqu’à une semaine, pour que les aliments rejoignent la capitale du Yukon, à plus de 2000 km de route de ce bandeau près de la frontière canadoétatsunienne où se concentre 85 % de la population canadienne. S’ajoute un relai pour atteindre les autres communautés. Par exemple, pour arriver Old Crow (à 770 km de Whitehorse et 192 km du cercle arctique), les aliments doivent être envoyés par avion-cargo. Bref, à l’extérieur de la capitale, des produits que l’on considérerait ailleurs comme « invendables » sont vendus à prix fort, même si leur fraîcheur a souvent souffert de tout ce transport.

Un nombre croissant de Canadiens optent pour l’achat de produits locaux. Les producteurs et les marchands locaux arrivent à joindre cette clientèle soucieuse de consommer des produits de proximité. S’ajoutent à l’équation de nouveaux maraichers urbains.

Le développement de nouvelles technologies et les innovations dans le domaine agricole permettent désormais de cultiver dans des lieux habituellement peu propices à l’agriculture, que ce soit en raison du climat ou de la faible qualité du sol.

Stéphane Lanteigne et sa conjointe, Erin Rowe, sont propriétaires de Smart Greens Sudbury dans le nord-est de l’Ontario. Le couple s’est lancé en affaires dans la dernière décennie afin de retrouver ses racines nord-ontariennes et de faire carrière dans un domaine en évolution. « En fait, nous étions tous les deux enseignants en Corée du Sud. Alors notre premier défi a été de nous ajuster lors de notre retour au Canada », raconte Stéphane Lanteigne.

Le secteur des fruits de verger et de la vigne fait face à l’une des pires pénuries de main-d’œuvre au Canada. Or, celle-ci compromet la croissance de l’industrie. La solution réside-t-elle dans le recours aux travailleurs étrangers?

Se préparer à accueillir la main-d’œuvre 

Cette pratique est courante au Canada : en 2015, 53 303 travailleurs étrangers temporaires travaillaient en agriculture primaire. Le nombre est en constante hausse. De 2009 à 2015, il a crû de 43 %, indique Emploi et Développement social Canada.

Mais le programme vient avec son lot d’exigences. L’entreprise doit notamment remplir des papiers, assurer le logement adéquat de ces travailleurs. « L’argent que nous investissons dans le logement est de l’argent que nous ne pouvons investir dans notre entreprise. Ça nous a coûté 30 000 $ l’an dernier pour rénover deux maisons », indique Madeleine Céré.

Robert Bourgeois des Vergers Belliveau abonde dans ce sens. « C’est un processus assez exigeant de faire venir des travailleurs étrangers saisonniers. »

Les vergers ont acheté d’anciennes fermes pour héberger les employés temporaires. « Nous avons gardé et rénové les maisons pour cela. Nous logeons la vingtaine (cinq femmes et 15 hommes) qu’on fait venir. Il faut noter cependant que de plus en plus de ces travailleurs étrangers veulent devenir canadiens et font les démarches pour obtenir leur citoyenneté.

Depuis 1941, le nombre de fermes a diminué de 75 %, au Canada. Leur aire, elle, a plus que décuplé. Ces exploitations agricoles industrielles exigent une productivité telle que les fermes relèvent aujourd’hui de la technologie bien plus que de la tradition. Cependant, dans certaines fermes qui ont conservé leur caractère familial tient bon, le savoir-faire se transmet encore d’une génération à l’autre.

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Des champs à n’en plus finir, des machines agricoles géantes, des troupeaux de bovins ruminant sous un ciel plat et clair... Les Prairies cultivent le mythe. Mais derrière les images d’Épinal se cachent des agriculteurs qui en bavent.

Yves Lapointe est agriculteur à Sainte-Agathe au Manitoba. Il travaille sur une ferme de 4000 acres avec son père et cultive blé, canola, maïs, avoine, orge, et graines de tournesol. Ici, les champs de céréales, canola et pois courent à perte de vue sur l’horizon. « J’aime être mon propre boss, avoir la flexibilité », exprime le trentenaire.

La nature dicte sa loi à la ferme. Les heures de travail varient beaucoup d’une saison à l’autre : « On travaille de 5 heures du matin à 1 heure du matin durant les semences en avril-mai et les moissons en septembre-octobre », rapporte Yves Lapointe. Il lui faut avoir les reins solides, car les récoltes varient au gré des caprices météorologiques. « Tu fais de ton mieux avec la nature », résume l’exploitant. Jongler entre les années de perte, d’équilibre et de bénéfice fait partie du métier.

Leur présence majestueuse, se découpant sur l’horizon des plaines, leur a valu le surnom de sentinelles des Prairies. Symbole visuel de l’Ouest, les élévateurs à grain ont presque disparu du paysage, victimes d’une nouvelle réalité économique.

Alors que dans les années 1930, il y avait environ 6000 élévateurs disséminés dans les Prairies canadiennes, on n’en compte plus que quelques centaines aujourd’hui. Ces structures ont été remplacées par des terminaux, véritables mastodontes de ciment qui peuvent contenir jusqu’à 3 millions de boisseaux de grain. À titre de comparaison, la contenance d’un élévateur à grains traditionnel en bois est de 20 000 à 60 000 boisseaux.

C’est un symbole des échelles qui changent. Les pratiques agricoles du 21e siècle n’ont plus rien à voir avec celles des fermes d’antan.

Le nombre de fermes diminue également. Si on comptait 138 000 fermes en Saskatchewan en 1941, il n’en restait plus que 34 500 en 2016, une perte de 75 %. La proportion est presque exactement la même pour le pays : au Canada, leur nombre est passé de 732 800 en 1941 à 193 492 en 2016, une réduction de 73,6 %.

Par contre, la taille des exploitations a considérablement augmenté. Dans la province, la moyenne se situe à 1784 acres – et 829 acres pour l’ensemble du pays. Nous sommes loin des « quart de sections » de 160 acres, vendus pour 10 $ au début du 20e siècle à ceux qui venaient s’établir dans l’Ouest.

En mai 2018, plus de 600 offres d’emplois étaient affichées dans l’Île-du-Prince-Édouard. Les besoins sont criants dans les métiers, en petite enfance, en santé… Ici comme ailleurs au pays, l’exode frappe fort. Mais il y a des solutions.

Selon le recensement de 2011, moins d’une personne sur cinq vivait en milieu rural, au Canada, alors qu’en 1861, 84 % de la population canadienne y habitait. Cet exode est le fruit d’une longue urbanisation, particulièrement ressentie de la Confédération aux années 1970, et aujourd’hui sans équivoque dans les Prairies, en Ontario et au Québec.

Là, comme ailleurs, la croissance du nombre de citadins accentue la fragilisation de la ruralité. Mais si le phénomène d’exode est moins marqué dans les provinces de l’Atlantique, il est lourd de conséquences. Les jeunes sont de moins en moins nombreux dans les campagnes – en 2011, les 15 à 29 ans formaient 17 % de l’ensemble démographique rural.

Statistique Canada explique cet exode par la poursuite d’études postsecondaires et l’emploi. Et les conséquences sont lourdes, notamment à l’Île-du-Prince-Édouard, où quitter la campagne, c’est souvent quitter la province.

Les instruments ont changé : le four électrique et le micro-ondes ont remplacé le poêle à bois, le réfrigérateur a pris la place du bloc de glace et le malaxeur a pris le relais de « l’huile de coude ». Mais les traditions se perpétuent.

C’est la fin de l’été et l’air chaud est enveloppant. Ce soir, les enfants ont une permission spéciale. Rassemblés chez tante Vivianne, ils vont et viennent et profitent de cette liberté pendant que leurs mères s’affairent en cuisine. Grand-maman est là naturellement, avec son sourire coutumier. La porte-moustiquaire claque et à chaque incursion, les petits gourmands ne peuvent s’empêcher de jeter un coup d’œil du côté des chaudrons.

Ça sent bon les tomates et les épices qui mijotent. On anticipe le goût des tartines qui craquent sous la dent avec leur couche généreuse de ketchup encore tiède. En plus, la nuit tombe! Quelle aventure pour les jeunes qui sans le savoir sont en train de se fabriquer de magnifiques souvenirs de jeunesse et qui plus est, en français.