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Les trésors de la ruralité
La sociologue Michelle Landry de l’Université de Moncton.

Le bonheur restera-t-il dans le pré ? La ruralité : définitions et perspectives d’avenir

À Chéticamp, sur les côtes de la Nouvelle-Écosse, qu’à Gravelbourg, en plein centre des Prairies, ou à Hawkesbury, sur les rives de l’Outaouais, perçoit-on la ruralité de la même façon ? Définitions et perspectives d’avenir.

Entre Les rêveries d’un promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau et Le bonheur est dans le pré d’Étienne Chatiliez, on pose parfois un regard idyllique sur le monde rural. D’autres fois, quand on parle d’exode des régions, ce regard est plutôt négatif.

L’Encyclopédie de l’Agora créée par le philosophe québécois Jacques Dufresne définit la ruralité comme suit : « L’espace rural se caractérise par une densité de population relativement faible, par un paysage à couverture végétale prépondérante (champs, prairies, forêts, autres espaces naturels), par une activité agricole relativement importante, du moins par les surfaces qu’elle occupe. »

Une définition à géométrie variable 

Pour la sociologue Michelle Landry de l’Université de Moncton, « dans le milieu de la recherche, il y a une diversité de définitions de la ruralité. » Statistique Canada s’appuie notamment sur les taux de déplacement des gens vers les zones d’influence métropolitaine. Si on se fie à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), c’est près de 100 % — 95 % plus précisément — du territoire canadien qui est classé zone rurale alors que seulement 29 % des Canadiens y habitent.

Une municipalité est-elle rurale à partir de 10 000 habitants ou moins ? « Cela dépend des définitions, selon Michelle Landry. Une municipalité de 5000 habitants, par exemple, pourrait se trouver dans une région métropolitaine de recensement et serait donc considérée [comme] urbaine tandis qu’une autre serait considérée [comme] rurale à forte influence urbaine ou rurale à faible influence urbaine. »

Parfois, le terme municipalité peut ressembler plutôt à la réalité d’un village. Il faut aussi tenir compte des caractéristiques géographiques. Laurent Mougeot, géographe et démographe de formation, a été directeur général de l’Association des municipalités urbaines de la Saskatchewan (SUMA) jusqu’en septembre 2017. L’Association regroupait alors 450 municipalités dont 148 comptaient moins de 100 habitants !

Le géographe et démographe de formation Laurent Mougeot.

Ruralité rime-t-elle toujours avec agriculture ?

Comme le veut la définition de l’Encyclopédie de l’Agora, la ruralité est couramment agricole, « mais, évidemment, certaines régions rurales peuvent avoir d’autres secteurs d’activités plus importants comme la foresterie, l’industrie minière ou le tourisme, explique la professeure Landry. L’économie des régions rurales est souvent basée sur des ressources premières ou le tourisme. »

À première vue, la Saskatchewan est réputée pour ses champs de blé. Pourtant, l’agriculture ne représente que 8 % du PIB de la province selon Laurent Mougeot. Les productions comme les lentilles saskatchewanaises se retrouvent en abondance sur les tables indiennes et l’ingrédient principal de la moutarde de Dijon vient des Prairies.

On a envisagé de produire plus pour le marché domestique plutôt que d’envoyer à l’étranger une matière première, mais les obstacles sont nombreux : la main-d’œuvre manquerait. « Nos villages se vident. Les agriculteurs, pour rentabiliser leurs terres, doivent acheter des terrains, la machinerie coûte cher. Les petits se font acheter et partent. » Celui qui parle ainsi, c’est Denis Desgagné, le PDG du Centre de la francophonie des Amériques, qui a longtemps été agent de développement dans l’Ouest. D’après lui, même s’il existe des tentatives d’économie sociale, la « mentalité de faire de l’argent à tout prix tue la communauté. »

Denis Desgagné, le PDG du Centre de la francophonie des Amériques. Crédit : courtoisie

Les défis de la ruralité pour le 21e siècle

La ruralité se transforme. Avec des avancées dans le transport, la délocalisation de certaines activités économiques, les changements en agriculture, la ruralité de 2018 n’est plus celle de 1950. La réduction de la population signifie aussi une réduction des services en français, ce qui soulève certains problèmes, notamment en santé ou en éducation. L’offre ne se fait plus sur une base locale, mais plutôt régionale.

Comme l’affirme la sociologue Landry, « pour beaucoup de régions rurales, les défis sont la création d’emploi et le renouvellement de la population » avec la nécessité d’attirer de nouveaux arrivants et de réussir à les intégrer.

L’arrivée de ce qu’on appelle l’économie mauve sera-t-elle une planche de salut ? Le terme d’économie mauve, né en France en 2011 dans le quotidien Le Monde, fait référence à ce qui participe dans l’économie au développement durable et à la présence accrue du potentiel culturel et social des biens produits. Mais les gens sont-ils prêts à changer leurs habitudes ? « À ne plus faire 150 km pour aller au Walmart de Regina pour économiser 3 ou 4 $ » comme se questionne Laurent Mougeot. « Et à cesser le chacun pour soi, renchérit Denis Desgagné. Allons-nous vraiment les acheter, nos produits du terroir ? »

Peut-être. Ethel Côté, fondatrice et présidente de mécènESS, un organisme franco-ontarien voué au développement économique, conclut qu’il faut « penser ce monde rural, non pas pour les populations, mais avec les populations. »

Suffit pour la théorie. Autant le visage de la ruralité a changé depuis le siècle dernier, autant de nouveaux défis de consommation peuvent ajouter de nouvelles opportunités pour la relève.

Le projet « Découvrez les trésors de la ruralité des quatre coins du Canada » a été rendu possible grâce à l’appui financier du fonds Expression de Financement agricole Canada. Tous les articles ont été produits conformément à la Charte de la presse écrite de langue française en situation minoritaire au Canada.

Originaire de Belgique, l’ingénieur-brasseur Cédric Dauchot fait saliver depuis 8 ans les habitants de Powell River en Colombie-Britannique. Adaptant les traditions plusieurs fois séculaires des brasseurs belges aux palais des Canadiens, l’homme de 39 ans honore la profession avec sa brasserie artisanale Townsite Brewing, une formule unique en son genre dans l’Ouest.

Cédric Dauchot est tombé dans la cuve tardivement. Attiré par le monde scientifique dès l’enfance, il entame des études d’ingénierie en biochimie à l’Institut Meurice à Anderlecht, en Belgique, sans trop savoir vers quel métier se diriger. Une chose est sûre : ce sera un métier manuel.

Le déclic survient après quelques stages dans des brasseries en Belgique : «Je me suis très vite rendu compte que c’est ce que j’aimais. C’est très scientifique, mais aussi très physique, très pratique. Il y a cette satisfaction de voir le produit de l’effort. Et j’aime ça, travailler avec les gouts et les saveurs», explique-t-il.

Mac, c’est l’orignal emblématique de la ville de Moose Jaw. Le géant a retrouvé récemment son titre de plus gros orignal au monde après l’avoir perdu en 2015 au profit de la sculpture norvégienne Storelgen.

Le grand Mac pèse dorénavant 10 tonnes et mesure 10 mètres de hauteur. Jacki L’Heureux-Mason, directrice du tourisme pour la ville de Moose Jaw, est fière d’avoir récupéré le titre. «Nous espérons en profiter longtemps, s’exclame-t-elle. Notre communauté s’est ralliée autour de Mac, à l’instar de gens du monde entier. Tout le travail effectué provient de fonds donnés par des entreprises locales et nationales. Mais aussi des dons personnels venus du monde entier!»


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