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Histoires d'immigration
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Cela fera bientôt deux ans que Céline Beuvens Nicaise et Manu Nicaise se sont établis à l’Île-du-Prince-Édouard, la plus petite province canadienne.
Cela fera bientôt deux ans que Céline Beuvens Nicaise et Manu Nicaise se sont établis à l’Île-du-Prince-Édouard, la plus petite province canadienne.

Immigrer en tant que famille recomposée : l’histoire de Céline et Manu

Ericka Muzzo
Ericka Muzzo
Francopresse
FRANCOPRESSE – Cela fera bientôt deux ans que Céline Beuvens Nicaise et Manu Nicaise se sont établis à l’Île-du-Prince-Édouard, la plus petite province canadienne. Lorsqu’ils jettent un regard en arrière et constatent le chemin parcouru, un même mot leur vient à la bouche : «Wow». Ces Belges d’origine ne regrettent aucunement leur plongeon tête première dans l’aventure de l’immigration au Canada, malgré un départ «déchirant» puisque leurs enfants sont restés sur le Vieux Continent.

«Ça a commencé avec moi, explique d’emblée Manu Nicaise. J’avais un vieux rêve d’immigrer aux États-Unis quand j’étais plus jeune ; j’ai dû le mettre de côté pour diverses raisons familiales. Quand c’est revenu sur le tapis […] le Canada m’offrait ce qui m’attire aux États-Unis, sans les inconvénients!»

Parmi ces attraits, il nomme particulièrement «les grands espaces, la diversité, le multiculturalisme et l’ouverture d’esprit […] Le mode de vie nord-américain, quoi!».

De son côté, Céline Beuvens Nicaise n’a pour ainsi dire pas eu à réfléchir : «Il m’en a parlé, j’ai été un peu surprise au départ puisque je ne m’y attendais pas trop, mais je me suis dit pourquoi pas, c’est une bonne idée!» explique celle qui travaillait dans le domaine de l’éducation.

Manu et Céline sont arrivés à l'Île-du-Prince-Édouard en mai 2019. 

À l’époque, leurs enfants respectifs étaient âgés de 8, 10 et 11 ans. Étant issus de relations précédentes, ils ont dû prendre des décisions.

«Ça a été déchirant pour eux de choisir […] On a décidé de faire les choses par étapes : l’immigration d’abord tous les deux pour s’installer et créer une situation stable, puis les enfants sont venus passer l’été avec nous pour une première imprégnation, et à partir de l’été prochain les enfants de Céline viendront vivre avec nous», explique Manu.

«Ma fille, c’est plus compliqué, car sa mère est contre l’idée», ajoute-t-il, sans toutefois perdre espoir : «Si la situation de COVID le permet, elle devrait également venir cet été.»

Les enfants de Céline, Samuel et Yanelle, sont passé l'été dernier à l'Île. 

Des opportunités qui s’enchainent 

Le couple vient tout juste de déposer sa demande de résidence permanente, pour laquelle ils ont inclus les enfants «pour que ça soit plus facile par la suite».

Venus au pays via le programme Entrée express, ils ont bon espoir que les démarches iront assez rapidement malgré la pandémie. D’après le site Web du gouvernement du Canada, le délai de traitement était généralement d’environ six mois «avant la pandémie de COVID-19».

«Avec la COVID, il y a des gens pour qui c’est allé très vite, et d’autres pour qui ça a pris beaucoup plus que six mois», remarque Céline. «Ça va aller vite», ajoute Manu, optimiste.

Cet optimisme est de toute évidence un mode de vie pour le couple, et cet état d’esprit a porté fruit depuis leur arrivée, en mai 2019 :


« On partait avec un seul emploi assuré, celui de Céline. Je savais que je trouverais du travail, mais on n’était pas surs de combien de temps ça prendrait. »
Manu Nicaise

Il était aussi conscient de la possibilité de devoir «recommencer au bas de l’échelle».

Il a finalement trouvé un travail à temps partiel dans le domaine de l’enseignement à peine deux semaines après avoir commencé à chercher, un poste qui s’est ensuite transformé en temps plein ; puis il a saisi une nouvelle opportunité, et encore une autre, jusqu’à devenir gestionnaire de la logistique et de la programmation pour le projet Bienvenue Évangéline.

Il s’agit de l’une des 14 initiatives de communautés francophones accueillantes mises en place à travers le pays et qui ont pour but de «[faciliter] le soutien des nouveaux arrivants d’expression française au Canada».

Un poste tout à fait à propos, convient Manu : «Je pense que [le fait d’être lui-même immigrant] est une des raisons pour lesquelles j’ai eu le poste», se réjouit-il.

À lire aussi : Du calme à l’incertitude du départ : l’histoire d’Adina-Ioana Timofei

Après deux années passées à l’Île-du-Prince-Édouard, Céline Beuvens Nicaise et Manu Nicaise peuvent affirmer sans l’ombre d’un doute que la décision d’immigrer était la bonne pour eux.

«Le fait de venir ici, ça m’a vraiment poussée»

De son côté, Céline observe que de quitter la Belgique pour le Canada l’a poussée à sortir de sa zone de confort au niveau du travail, mais aussi au niveau linguistique : «Je n’ai jamais fait d’anglais à l’école, donc je n’avais pas de base du tout. Je savais que j’allais travailler en français, donc ça me rassurait. Mais je suis frustrée quand même parfois [de ne pas pouvoir se faire comprendre].»

Céline ne s’est pas inquiétée du défi linguistique avant d’arriver au Canada, mais a tout de même entamé des cours d’anglais qui lui ont permis de progresser rapidement.

Au niveau professionnel, elle travaille depuis son arrivée au sein de l’Association des centres de la petite enfance de l’Île-du-Prince-Édouard (ACPEFÎPÉ), où elle a également gravi les échelons :


« Je suis contente parce que c’était un défi personnel de partir de l’enseignement, parce que je n’avais fait que ça. Je voulais changer, mais je ne savais pas trop comment, et en Belgique ce n’était pas possible. Une fois qu’on est installé dans le circuit, en sortir c’est compliqué. »
Céline Beuvens Nicaise

«Le fait de venir ici, ça m’a vraiment poussée», observe encore celle qui travaille aujourd’hui comme superviseure des services de garde francophones à domicile. «Il y a une longue liste d’attente pour les enfants dans les centres de la petite enfance francophones, donc on aimerait une alternative pour pouvoir désengorger le milieu», explique Céline.

Des adaptations à court et à long terme

À savoir quels aspects leur ont demandé le plus d’adaptation, le couple est unanime et la réponse, spontanée : «La nourriture!»

«On est sur une ile, donc tout est importé. On ne retrouve pas la même qualité, la même diversité, les mêmes gouts. C’est une adaptation qui a dû se faire et qui se fait encore», admet Manu.

Difficile, la première épicerie? «Très compliquée», lance Céline en riant.

Évidemment, la distance avec leurs enfants demeure également ardue. «Heureusement qu’on a les réseaux sociaux et qu’on communique énormément! C’est bien de s’entendre et de se voir. Et depuis qu’ils sont venus, on parle de certaines choses pour lesquelles ils savent se situer, ils se souviennent», se réjouit Céline.

La distance avec ses enfants, Samuel et Yanelle, demeure ardue pour Céline Beuvens Nicaise.

«On s’était préparés psychologiquement à savoir que ça allait être compliqué […] Toutes les étapes qu’on a vécues, les embuches, on savait qu’elles allaient arriver à un moment donné. Ça ne rend pas les choses plus faciles, mais ça aide à passer au travers», ajoute Manu.

Si tout se passe comme prévu, les deux enfants de Céline viendront passer la prochaine année scolaire à l’Île-du-Prince-Édouard, ce qui permettra de «voir comment ça se passe, comment ils se sentent». Ils retourneront en Belgique l’été d’après, et la suite reste à déterminer.

«C’est logique puisqu’on ne sait jamais ce qui est bon pour quelqu’un avant qu’il ne le fasse», souligne Manu. 


« On connait déjà les défis qu’ils auront : on sait que l’autre parent va leur manquer, les amis vont leur manquer au début, on sait qu’il y aura une période d’adaptation. »
Manu Nicaise

«Il ne faut pas baser la décision sur les premiers mois qui vont être difficiles, mais faire un bilan et voir ce qui est le mieux pour l’enfant», évalue encore Manu.

En ce qui concerne le couple, la décision est toutefois limpide : «Le retour en Belgique, ça n’arrivera pas pour nous tant que la décision nous appartient! On ne pourrait plus. On est bien ici.»

Au travers des incertitudes liées à la pandémie, certaines histoires ressortent comme autant de bouffées d’air et d’espoir. C’est notamment le cas de nombreux francophones qui ont choisi le Canada comme terre d’accueil, il y a de cela quelques mois ou des années. Francopresse vous présente quelques-unes de leurs histoires d’immigration, un clin d’œil à la vie qui continue même quand tout le reste s’arrête.