Contenu commandité
Élections fédérales 2021
Élections fédérales 2021
Les questions de relance économique et de financement stable pour le secteur à but non lucratif sont d’un intérêt particulier pour les francophones du pays, plusieurs organismes ayant été durement affectés par la pandémie.
Les questions de relance économique et de financement stable pour le secteur à but non lucratif sont d’un intérêt particulier pour les francophones du pays, plusieurs organismes ayant été durement affectés par la pandémie.

Des enjeux francophones au-delà de la Loi sur les langues officielles

Mélanie Tremblay
Mélanie Tremblay
Francopresse
FRANCOPRESSE – Outre la modernisation de la Loi sur les langues officielles, de nombreux enjeux touchent les francophones dans cette campagne électorale. Les questions de relance économique et de financement stable pour le secteur à but non lucratif sont d’un intérêt particulier pour les francophones du pays, plusieurs organismes ayant été durement affectés par la pandémie.

Le déclenchement d’élections dans un contexte où il est question de relance économique postpandémie peut être un instrument de discussion avec le milieu politique pour les organismes francophones d’après Martin Théberge, président de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF).

«Il y a plusieurs des enjeux et des questions qu’on met de l’avant qui existaient avant la pandémie. Il y en a d’autres qui ont été exacerbés ou qui ont été mis plus en lumière avec cette pandémie-là. J’ai envie de dire que ça nous donne des arguments supplémentaires, à la rigueur.»

Martin Théberge soulève entre autres l’accès à une forme de revenu stable, comme une réforme de l’assurance-emploi, pour les artistes et les travailleurs culturels. En plus de contribuer à la relance économique, ce revenu offrirait un «filet social plus inclusif» pour ces travailleurs.

Consultez notre dossier sur les élections fédérales 2021

Martin Théberge de la FCCF souhaiterait que les programmes d’appui offerts pendant la pandémie puissent être prolongés pendant au moins trois mois suivant la levée des mesures sanitaires afin d’assurer la relance dans le secteur des arts et de la culture.

Une relance francophone et connectée

Les mois de confinement et les restrictions sanitaires ont durement affecté les secteurs culturels et communautaires.

C’est pour cette raison que la Fédération des communautés francophones et acadiennes (FCFA) du Canada demande aux partis politiques de considérer spécifiquement la francophonie dans leur plan de relance : «On voudrait s’assurer que les différents partis aient un plan qui va s’adresser aux enjeux spécifiques à la francophonie. La lentille devrait être là pour bien récupérer le capital économique, social et culturel qu’on a perdu pendant la pandémie», précise la présidente de l’organisme, Liane Roy.

De son côté, la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF) souligne que la pandémie a permis de développer de nouvelles façons de travailler. «Il y a plus que le 9 à 5», précise la présidente, Sue Duguay.

Dans sa Plateforme «PAR et POUR» la jeunesse 2021, la FJCF parle entre autres d’une «nouvelle économie» qui inclurait une actualisation de la Stratégie emploi et compétences jeunesse (SECJ) du gouvernement fédéral et la création d’un plan de connectivité.

Le choix du terme «connectivité» va au-delà de l’accès à Internet haute vitesse et mise aussi sur les relations humaines, précise Sue Duguay : «Si on vit dans une économie qui nous permet de réimaginer les structures entrepreneuriales ou une économie qui nous permet de réimaginer comment on travaille, ça ouvre cette possibilité de trouver un équilibre plus sain par rapport au travail.»

L’adoption d’une Loi sur les langues officielles modernisée est urgente selon la présidente de la FJCF, Sue Duguay.

Stabiliser le financement des OBNL

L’accès difficile au financement de base pour de nombreux organismes à but non lucratif (OBNL) fait partie des inquiétudes de plusieurs milieux de la francophonie canadienne. La pandémie est venue menacer la survie de certains de ces organismes qui se trouvaient déjà en situation précaire.

«Il y a des organisations qui ont dû mettre la clé sous la porte», dénonce Soukaina Boutiyeb, directrice générale de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne (AFFC).

À l’instar de plusieurs organismes porte-parole des francophones, elle souligne que «plusieurs de nos organisations [membres] n’ont pas accès à un financement de base, un financement de fonctionnement». Les organismes doivent donc sans cesse se renouveler pour accéder à du financement par projet, généralement à court terme.


« Souvent, ce sont des bénévoles qui vont travailler jusqu’à ce qu’on puisse trouver du financement pour pouvoir embaucher quelqu’un. Il y a un essoufflement des bénévoles et on le remarque encore plus durant cette pandémie. »
Soukaina Boutiyeb, directrice générale de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne
Le financement de fonctionnement des OBNL est l’un des chevaux de bataille de la directrice de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne, Soukaina Boutiyeb, pour mettre un terme au financement par projets qui fragilise le système.

La présidente de la FCFA, Liane Roy, met pour sa part l’accent sur les effets secondaires du manque de stabilité de financement dans le secteur des OBNL, qui ont été particulièrement mis en lumière pendant la pandémie.

«Dans les centres multiservices, on comptait beaucoup sur les revenus des salles de spectacles, explique-t-elle. Souvent, ces revenus-là allaient aider à financer, par exemple, les services de garde. Si tu n’as plus de spectacles, tu n’as pas de services de garde en français, tu n’as plus d’activités qui se font en français pendant plusieurs mois. Ça devient difficile», argumente Liane Roy en insistant sur le fait que la vitalité des collectivités francophones est affectée directement.

Le Patro d'Ottawa est un centre communautaire qui offre des programmes et des activités socio-récréatives et culturelles ainsi que de la formation et de l'appui aux communautés francophones d'Ottawa.

Adopter rapidement une nouvelle Loi sur les langues officielles

Alors que le projet de loi C-32 modifiant la Loi sur les langues officielles est mort au feuilleton après avoir été déposé le 16 juin, la FCFA voit une occasion à saisir pendant la campagne électorale pour faire valoir les améliorations à y apporter.

Selon Liane Roy, la Partie VII de la Loi, qui impose aux institutions fédérales de prendre «des mesures positives» pour appuyer le développement des minorités francophones et anglophones du Canada, nécessite d’être clarifiée. La présidente de la FCFA aimerait voir le sens de «mesures positives» mieux défini.

«Je vais peut-être exagérer, mais un ministère pourrait faire un tweet pour souhaiter “bonne Fête nationale aux Acadiens” le 15 aout et ça pourrait être pris comme une mesure positive. Donc, dans la nouvelle Loi, on veut qu’ils définissent beaucoup plus en détail [cette expression]», précise-t-elle.

Liane Roy de la FCFA insiste sur un plan de relance économique qui s’adressera aux francophones afin de paliers aux défis en matière de pénurie de main-d’œuvre et de maintenir la vitalité des collectivités francophones.

À lire aussi : La ministre Joly dépose sa réforme des langues officielles

Pour la FCCF, le développement culturel et communautaire durable devra s’inscrire dans la prochaine Loi sur les langues officielles, qui devra confirmer le lien indissociable entre langue et culture.

De son côté, la FJCF mise sur la valorisation des accents et des mesures pour favoriser la sécurité linguistique dans le projet de modernisation, qui doit se faire «de toute urgence».

Sue Duguay souligne toutefois que l’actuelle Loi sur les langues officielles, quoique dépassée selon elle, a tout de même permis à la jeune génération d’avoir des choix : 


« Quand on y pense, les nouvelles générations sont le produit d’un Canada où on a eu la chance d’avoir une Loi sur les langues officielles, ce qui a fait en sorte qu’on a eu accès à de l’éducation dans la langue de son choix. On a eu accès à des services gouvernementaux qui nous offraient ces deux langues officielles là. »
Sue Duguay, présidente de la Fédération de la jeunesse canadienne-française

Pénurie de main-d’œuvre et immigration

Enfin, la question de la pénurie de main-d’œuvre francophone a été exacerbée par la pandémie selon Liane Roy de la FCFA.

Faute d’avoir des données précises sur le nombre d’emplois à combler dans la francophonie canadienne, l’organisme mène actuellement une étude afin d’identifier les secteurs où les besoins sont les plus criants.

À lire aussi : Pénurie de main-d’œuvre francophone et immigration : les deux faces d’une même pièce

Au premier trimestre de 2021, plus d’un demi-million de postes étaient vacants au pays selon Statistique Canada. Une augmentation de 7,9 % comparativement à la même période l’année précédente.

Pour la FCFA, l’augmentation de l’immigration francophone à l’extérieur du Québec doit passer par l’attraction et l’accueil adéquat des nouveaux arrivants, un enjeu constamment défendu par les organismes francophones.

«Quand on parle de la relance, ou même de la modernisation de la Loi, une politique pour l’immigration francophone en fait définitivement partie», conclut Liane Roy.