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Artisans et métiers traditionnels
Lors d’un atelier tenu par Papertrail en juillet 2019.

Un produit, bien des métiers : Le papier artisanal n’est pas mort

Papier chiffon, papier buvard, papier de riz ou papier velours, tous ces papiers, comme le dit la chanson de Régine, Kevin Martin les connait. L’artisan du papier franco-ontarien emprunte depuis plus de 20 ans un chemin parsemé de fibres, de pâtes ou de marbrure.

Il faut remonter au 1er siècle après Jésus-Christ pour voir apparaitre en Chine ce qui semble être la première production de papier. Chiffons, écorces et végétaux sont alors placés dans des contenants et arrosés d’eau. Le tout est plié et replié puis frappé à l’aide d’un maillet ou d’un bâton pour défaire les fibres. Les Chinois obtenaient ainsi une espèce de pâte, qui était par la suite égouttée de son eau et séchée pour devenir ainsi un papier fin. Les calligraphes chinois s’en sont régalés!

Au 8e siècle, le monde arabe, alors aux portes de l’Orient à la suite de diverses batailles, découvre à son tour le papier et l’introduit en Espagne au moment où ils envahissent l’Andalousie. Les premières usines à papier feront alors leur apparition en Europe, particulièrement en Italie. Il y eut par la suite Gutenberg, qui donna un bon coup de pouce au papier, grâce à l’invention de l’imprimerie au 15e siècle. Enfin, avec l’apparition de l’ère industrielle au 19e, les papiers et cartons d’emballage se développent.

Y a-t-il un artisan dans le moulin?

À l’ère de la mondialisation et alors que le Canada demeure toujours le premier producteur mondial de papier journal, y a-t-il toujours de la place pour une fabrication artisanale du papier? Sans aucun doute pour des raisons de beauté, de texture, d’originalité. Mais il faut savoir découvrir les artisans!

À Saint-Joseph-de-la-Rive dans Charlevoix, la Papeterie Saint-Gilles, fondée en 1965 par Monseigneur Félix-Antoine Savard, auteur du célèbre roman Menaud, maître-draveur, est sans doute la doyenne de la demi-douzaine de fabriques de papier artisanal au Québec.

À la demande de Francopresse, les Amis de la Reliure d’Art du Canada, l’Association québécoise des relieurs et artisans du livre ainsi que quelques artisanes du papier se sont creusé les méninges pour trouver des homologues francophones dans l’autre francophonie canadienne. Il existe pourtant la Canadian Bookbinders and Book Artists Guild (CBBAG) ainsi qu’une association internationale de papetiers et d’artistes du papier, la International Association of Hand Papermakers and Paper Artists (IAPMA) dont font partie plusieurs Canadiens selon Martine Simard, papetière à la retraite. Il existe aussi un groupe sur Facebook, le Hand Papermaking.

Un Franco-Ontarien s’est manifesté… Retracé à New Dundee, près de Kitchener, Kevin Martin est, avec Audrey Hollinger, sa conjointe anglo-québécoise, propriétaire de Papertrail. Il s’agit du principal fournisseur au Canada de matériel pour faire son propre papier. Une grande partie de ce que vend l’entreprise part notamment vers l’Université Concordia à Montréal. Fibres brutes, pâtes, colorants, additifs, moules, systèmes de séchage sont ainsi mis à la disposition des clients.

«Ça fait 20 ans que je suis dans le papier», dit-il. On pourrait dire de la production jusqu’à l’impression puisque Kevin Martin possède six presses, dont une date de 1900. Dans son site internet, qu’il souhaite le plus bilingue possible, le couple propose aussi à l’amateur de papier une sélection de livres d’instruction au sujet de la fabrication et de la décoration du papier ainsi que de la reliure des livres.

Après avoir étudié la technique de fabrication de papier, Kevin Martin donne, à son tour, des ateliers de papeterie, aux adultes, mais aussi aux enfants dans les écoles. Ces derniers aiment ça parce qu’ils repartent avec leur feuille de papier à la maison une fois l’atelier terminé.

Lors d’une démonstration que PaperTrail a faite en 2018 à la bibliothèque publique de Kitchener. Audrey montre comment placer la feuille qu’elle vient juste de faire sur les feutres pour éventuellement être pressée.

Embellir son papier

Sur le marché, du papier laissant entrevoir des pétales de fleurs comme celui produit par la Papeterie Saint-Gilles ou encore des incursions d’algues à L’Algue d’or de L’Isle-Verte, ça se trouve assez facilement. Chez Papertrail, les deux propriétaires mettent plutôt l’accent sur la marbrure.

Il s’agit d’un procédé datant de plusieurs siècles. Cette technique permet d’obtenir des motifs apparentés au marbre. On met un corps gras en contact avec un corps maigre, comme de l’encre dans du lait. Puis, avec un objet pointu ou un pinceau fin, l’artisan trace différents motifs rappelant le marbre. En séchant, le papier ressemblera alors à cette pierre appréciée des sculpteurs. Ce type d’ornement, populaire notamment en France, il y a au moins 400 ans, a été utilisé au fil des siècles pour décorer toutes sortes de surfaces. En ce qui concerne particulièrement le papier, la marbrure se retrouve comme support pour l’écriture en calligraphie ainsi que pour des affiches. Selon Kevin Martin, chaque réalisation présente un tracé unique. «C’est toujours différent. C’est ça qui est intéressant.»


Encore populaire la fabrication de papier?

«Je dirais que ça reste stable», observe le spécialiste. À ceux et celles qui voudraient en savoir davantage sur l’art de faire du papier, Kevin Martin rappelle qu’il existe divers évènements axés sur la fabrication de papier. Lui-même participe annuellement à des foires du papier ou des salons du livre comme celui d’Ottawa.

Ces activités, comme l’explique Kevin Martin, sont souvent chapeautées par la CBBAG. De son nom français, la Guilde canadienne des relieurs et des artistes du livre soutient, en effet, le développement des arts du livre au Canada depuis 1983. Selon l’organisme présent essentiellement en Ontario et dans l’Ouest canadien, les arts du livre comprennent la reliure d’art, les livres d’artistes, la fabrication de papier, la calligraphie, l’impression typographique, la gravure sur bois, la décoration du papier, la restauration et la conservation.

Pour qui voudra s’initier au papier et au livre en général, rappelons que l’exposition Art of the Book 2018 poursuit sa tournée au Canada jusqu’en 2020.


Le projet «Artisans et métiers traditionnels de la francophonie canadienne» a été rendu possible grâce à l’appui financier de Financement agricole Canada. Tous les articles ont été produits conformément à la Charte de la presse écrite de langue française en situation minoritaire au Canada.

Kevin Martin

Originaire de Belgique, l’ingénieur-brasseur Cédric Dauchot fait saliver depuis 8 ans les habitants de Powell River en Colombie-Britannique. Adaptant les traditions plusieurs fois séculaires des brasseurs belges aux palais des Canadiens, l’homme de 39 ans honore la profession avec sa brasserie artisanale Townsite Brewing, une formule unique en son genre dans l’Ouest.

Cédric Dauchot est tombé dans la cuve tardivement. Attiré par le monde scientifique dès l’enfance, il entame des études d’ingénierie en biochimie à l’Institut Meurice à Anderlecht, en Belgique, sans trop savoir vers quel métier se diriger. Une chose est sûre : ce sera un métier manuel.

Le déclic survient après quelques stages dans des brasseries en Belgique : «Je me suis très vite rendu compte que c’est ce que j’aimais. C’est très scientifique, mais aussi très physique, très pratique. Il y a cette satisfaction de voir le produit de l’effort. Et j’aime ça, travailler avec les gouts et les saveurs», explique-t-il.

Mac, c’est l’orignal emblématique de la ville de Moose Jaw. Le géant a retrouvé récemment son titre de plus gros orignal au monde après l’avoir perdu en 2015 au profit de la sculpture norvégienne Storelgen.

Le grand Mac pèse dorénavant 10 tonnes et mesure 10 mètres de hauteur. Jacki L’Heureux-Mason, directrice du tourisme pour la ville de Moose Jaw, est fière d’avoir récupéré le titre. «Nous espérons en profiter longtemps, s’exclame-t-elle. Notre communauté s’est ralliée autour de Mac, à l’instar de gens du monde entier. Tout le travail effectué provient de fonds donnés par des entreprises locales et nationales. Mais aussi des dons personnels venus du monde entier!»


Lire l’article dans son intégralité sur le site du journal L’Eau vive