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Artisans et métiers traditionnels
Le forgeron, artisan central de la conquête de l'Amérique

Métiers traditionnels : Des générations de bâtisseurs

Les pionniers du Canada n’étaient pas que des aventuriers : l’artisanat faisait partie intégrante de leur vie. Véritables vecteurs du développement du Nouveau Monde, leurs savoir-faire millénaires ont fait de l’Amérique une terre riche et fertile. L’industrialisation vrombissante du 19e siècle rendra l’artisanat en grande partie obsolète, mais les métiers n’ont jamais dit leur dernier mot!

Le Canada et les États-Unis ne se seraient pas faits sans les milliers d’artisans venus d’Europe pour bâtir ces contrées neuves et prometteuses. Parmi eux, le forgeron jouissait d’une place centrale. «C’est l’être de l’expansion sociale et économique des cultures européennes au Nouveau Monde, soutient Jean-François Nadeau, historien. Il est partout : il fait les outils, il fabrique les cerceaux pour les tonneaux, les armatures pour les bâtiments...» Sa présence est persistante puisqu’on trouve des forges de village jusque dans les années 1950, bientôt absorbées par l’essor de l’automobile.

Les premiers colons d’origine française apportent avec leurs valises des métiers divers et variés dès le 17e siècle. «Les gens sont capables de faire beaucoup de choses en même temps. Leur débrouillardise rend hommage d’abord à la fonctionnalité, avant l’aspect esthétique», note Jean-François Nadeau. Maçons, boulangers, bouchers, ferblantiers, charpentiers, menuisiers, tonneliers… Ces derniers revêtent une importance particulière, puisqu’ils sont responsables de la construction des navires dont dépend alors la Nouvelle-France.

 

Bâtir un monde nouveau

La vie de Charles Morin, charpentier-menuisier du 19e siècle, constitue l’un des rares témoignages de la vie d’un artisan de l’époque. Grâce à deux manuscrits inédits retrouvés dans un grenier, les chercheurs France Martineau et Yves Frenette ont retranscrit les mémoires de ce Canadien français, intitulées Les voyages de Charles Morin.

«La mobilité géographique des Canadiens français de l’époque est très grande», relève Yves Frenette, historien à l’Université de Saint-Boniface à Winnipeg. De son village natal de Deschambault au Québec à Argyle au Minnesota, en passant par la vallée du Saint-Laurent, l’Ontario, la Californie et la Colombie-Britannique, Charles Morin évolue dans un monde où tout reste à bâtir. «Le récit de Charles s’inscrit dans l’histoire de la conquête de l’Ouest américain», écrivent les auteurs.

Partout, les mains du charpentier valent de l’or : «C’est un bâtisseur au sens propre du terme, indique Yves Frenette. Il est très fier de son titre de charpentier. Ça n’a pas changé aujourd’hui : les artisans sont des gens qui sont fiers de leur travail et de leur statut.»

Les tailleurs de pierre, ou carriers, font aussi partie des corps de métiers convoités. Grâce au développement du chemin de fer, nombre d’entre eux voyagent au gré des grands ouvrages canadiens et américains. Yves Frenette a par exemple étudié la contribution d’une quarantaine de Canadiens français à la construction du monumental Capitole de Saint Paul, au Minnesota, dès la fin du 19e siècle. «C’est un groupe fascinant d’artisans spécialisés que l’on connaît très mal. Leur rayon d’action était très large.» Tailleurs de pierre, menuisiers ou forgerons, ces grands inconnus sont les auteurs de tout un patrimoine hérité.


« Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, « il y a une volonté de modernité et de richesse qui installe une sorte de mépris [pour l’artisanat] et de fierté à appartenir à une société en développement », »
Jean-François Nadeau, historien

Des expertises ancestrales

L’artisanat, c’est aussi la transmission. Pendant des siècles, les savoir-faire et traditions passent ainsi de génération en génération, de maîtres à apprentis. «Un apprenti était âgé de 13 à 18 ans et pouvait travailler jusqu’à 15 heures par jour chez un artisan pendant 3 à 5 ans», renseigne Emmanuel Nadeau, étudiant en maîtrise d’histoire à l’Université de Sherbrooke.

Contrairement à l’Europe, la Nouvelle-France facilite l’accès à ces professions. «Le contact avec le bois est beaucoup plus facile, alors qu’en Europe il faut négocier un accès à la forêt», illustre Jean-François Nadeau. Les statuts sociaux sont aussi plus souples, le mythe de l’Amérique où tout est possible faisant son effet. «On échappait en partie seulement à sa condition », tempère tout de même l’historien.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la disparition des métiers s’accélère. En cause, la croissance économique forte, les industries qui émergent, le pouvoir d’achat qui grimpe et la consommation de masse qui gagne la société. «Il y a une volonté de modernité et de richesse qui installe une sorte de mépris [pour l’artisanat] et de fierté à appartenir à une société en développement», analyse ici Jean-François Nadeau.

 

Un regain d’intérêt

Pour autant, ces métiers d’antan reviennent sur le devant de la scène depuis plusieurs années. Profitant de la tendance actuelle pour le bricolage et les travaux manuels, leur attrait est grandissant. «Depuis la révolution industrielle, il y a toujours eu des mouvements de retour à la préindustrialisation, comme à la fin du 19e avec le mouvement Arts and Crafts de William Morris. Ça arrive encore aujourd’hui», observe Laura Sanchini, conservatrice au Musée canadien de l’histoire à Gatineau.

Pour Jean-François Nadeau, les récents événements rappellent toute l’importance de ces corps de métiers en voie de disparition. « On voit à quel point ces savoir-faire sont indispensables pour un cas aussi majeur que celui de la réparation de Notre-Dame de Paris. »

L’historien souligne la nécessité de réhabiliter ces professions anciennes afin de préserver et restaurer le patrimoine. Une protection selon lui trop absente qui n’a pas aidé à la perpétuation de telles compétences : « Beaucoup de maisons de Montréal ou d’autres municipalités avec des toits en ardoise très résistants de 300-400 ans sont détruits parce qu’il n’y a personne pour les réparer. […] Le plâtrier, capable de faire des gouttières, des moulures, des ornementations au plafond, n’est pas reconnu dans les métiers de la construction », mentionne-t-il.

 

De métiers pratiques à artistiques?

Le renouveau de l’artisanat se fait surtout par l’art. À utilité pratique hier, l’artisan devient artiste. « Aujourd’hui, on trouve une importance et un respect de la créativité humaine, constate Laura Sanchini. Il y a aussi une peur de perdre ces expertises et savoir-faire traditionnels. »

L’exemple des tapis crochetés, dont la conservatrice a fait son objet d’étude, est révélateur. Confectionnés surtout par des femmes depuis le 19e siècle, ces objets servent au départ à garder le plancher plus chaud en hiver. Toute une industrie s’organise alors autour, notamment au Québec, en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve-et-Labrador. Mais une fois le chauffage inventé, leur utilité disparaît et c’est leur valeur esthétique qui prend le pas. « Ils sont passés des planchers aux murs ! », remarque ainsi Laura Sanchini. Devenus objets d’art, ils représentent aujourd’hui une ère révolue du travail à la main et rendent hommage aux crocheteuses d’antan.

L’histoire est similaire pour la poterie. À la fin du 19e siècle, les productions industrielles explosent dans l’Ouest canadien, notamment avec la manufacture Medalta à Medicine Hat, en Alberta, une région riche en argile. Un siècle et demi plus tard, les entreprises ont laissé place à un centre pour artistes et visiteurs en quête d’histoire. La ligne entre artisans et artistes est plus fine que jamais.


Le projet « Artisans et métiers traditionnels de la francophonie canadienne » a été rendu possible grâce à l’appui financier de Financement agricole Canada. Tous les articles ont été produits conformément à la Charte de la presse écrite de langue française en situation minoritaire au Canada.

Jean-François Nadeau, historien
Un tapis crocheté fabriqué vers 1880

Originaire de Belgique, l’ingénieur-brasseur Cédric Dauchot fait saliver depuis 8 ans les habitants de Powell River en Colombie-Britannique. Adaptant les traditions plusieurs fois séculaires des brasseurs belges aux palais des Canadiens, l’homme de 39 ans honore la profession avec sa brasserie artisanale Townsite Brewing, une formule unique en son genre dans l’Ouest.

Cédric Dauchot est tombé dans la cuve tardivement. Attiré par le monde scientifique dès l’enfance, il entame des études d’ingénierie en biochimie à l’Institut Meurice à Anderlecht, en Belgique, sans trop savoir vers quel métier se diriger. Une chose est sûre : ce sera un métier manuel.

Le déclic survient après quelques stages dans des brasseries en Belgique : «Je me suis très vite rendu compte que c’est ce que j’aimais. C’est très scientifique, mais aussi très physique, très pratique. Il y a cette satisfaction de voir le produit de l’effort. Et j’aime ça, travailler avec les gouts et les saveurs», explique-t-il.

Mac, c’est l’orignal emblématique de la ville de Moose Jaw. Le géant a retrouvé récemment son titre de plus gros orignal au monde après l’avoir perdu en 2015 au profit de la sculpture norvégienne Storelgen.

Le grand Mac pèse dorénavant 10 tonnes et mesure 10 mètres de hauteur. Jacki L’Heureux-Mason, directrice du tourisme pour la ville de Moose Jaw, est fière d’avoir récupéré le titre. «Nous espérons en profiter longtemps, s’exclame-t-elle. Notre communauté s’est ralliée autour de Mac, à l’instar de gens du monde entier. Tout le travail effectué provient de fonds donnés par des entreprises locales et nationales. Mais aussi des dons personnels venus du monde entier!»


Lire l’article dans son intégralité sur le site du journal L’Eau vive