Photo prise dans les années 1940, alors qu’Eddie (à Médéric) Aucoin travaillait dans le Parc national des Hautes-Terres du Cap-Breton.
Photo prise dans les années 1940, alors qu’Eddie (à Médéric) Aucoin travaillait dans le Parc national des Hautes-Terres du Cap-Breton.

Eddie Aucoin, le travail dans le parc national du Cap-Breton dans les années 1940

LE COURRIER (Nouvelle-Écosse) – Il m’arrive souvent de regarder par ma fenêtre et de me demander comment se faisait l’enlèvement de la neige il y a 80 ans, alors qu’on n’avait pas tous les équipements dont on dispose actuellement. Cela me ramène à une conversation que j’ai eue avec feu Eddie Aucoin, employé du parc national des Hautes-Terres du Cap-Breton dans les années 1940.

Édouard F. Aucoin, mieux connu comme Eddie (à Médéric à Joe) Aucoin, a grandi au cœur d’une très grande famille, dans le village acadien de Saint-Joseph-du-Moine, dans l’ile du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse. Il a travaillé d’arrachepied à la ferme familiale lorsqu’il était jeune. Jeune soldat durant la Seconde Guerre mondiale, il n’avait que 20 ans quand il a débarqué sur une plage de Normandie au Jour-J, le 6 juin 1944, avec le Régiment de la Chaudière.

Eddie ne parlait pas beaucoup de la guerre, selon son fils cadet, Claude. C’était le cas de la plupart des soldats qui ont vécu la Seconde Guerre. Il lui a déjà dit que les Allemands tiraient sur les soldats dès qu’ils débarquaient sur la plage. Le soldat qui est sorti juste avant lui a été tué en mettant les pieds sur la plage, tout comme le soldat qui le suivait. Eddie a été épargné. «J’imagine mal qu’on ne puisse jamais être préparé à vivre pareille horreur, note Claude. Pour la plupart de ces soldats, y compris mon père, c’était leur première expérience au combat.»

Par miracle, ce brave soldat a survécu à la guerre et est retourné chez lui. Il a épousé Marie Henriette LeBlanc le 27 avril 1948 et ils ont élevé 10 enfants à Petit-Étang, au site connu comme les Caveaux.

Les conducteurs se font rares

Eddie a noté qu’il travaillait d’abord sur des bateaux à Halifax quand il est revenu chez lui au printemps. «J’ai commencé à travailler au parc le 1er mai 1948 et j’y ai travaillé pendant 33 ans. Ce n’était pas comme aujourd’hui. Il n’y avait pas d’entrevues ou de long processus d’embauche. Les soldats qui étaient revenus de la guerre et qui étaient membres de la Légion étaient les premiers à être considérés dès que ces emplois se présentaient.»

Puis, il y a eu un poste de conducteur de camion au parc. «L’embauche a été faite durant une réunion publique, un dimanche. Nous étions deux à postuler et je venais juste de me marier et l’autre homme avait déjà un emploi, alors ils ont voté pour moi. Au début, on n’avait pas besoin d’un permis spécial, un permis de conduire suffisait. Quand j’ai eu ma première voiture en 1947 et que je suis allé pour mon permis, ils m’ont demandé si je pouvais conduire. Il n’y avait aucun examen, aucune assurance, juste des frais de 2 $. Quand l’emploi au parc s’est présenté, je vous assure que quand on m’a demandé si je pouvais conduire un camion, je n’ai certainement pas dit non, a répliqué Eddie avec un petit rire. Il y avait tellement peu de gens avec des voitures dans la région à l’époque. J’ai simplement eu l’emploi parce que j’avais une vieille voiture et que je pouvais conduire.»

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À-pics, sillons et gravier

Eddie s’est souvenu des différentes façons d’entretenir les routes du parc, mais une chose qui n’a pas changé est la taille imposante des montagnes surplombant les côtes sinueuses. À l’époque, les routes en épingle et le terrain accidenté rendaient les déplacements encore plus périlleux.

«Il n’y a pas de comparaison. Imaginez que les conducteurs étaient si rares au début, je crois que j’étais le seul capable de conduire les véhicules. Même le patron ne savait pas conduire le camion. À cette époque, c’était un gros camion militaire et le volant était à la gauche, ce qui était compliqué, mais il n’y avait personne là pour voir mes erreurs, sauf si j’avais un accident ou si je prenais le fossé, mais j’ai été chanceux. Oui, c’était des gros camions de l’armée. Je crois que le parc les avait obtenus une fois la guerre finie. Il y en avait un ici et un à Ingonish. Après deux ou trois ans, ils ont acheté des camions de marques commerciales.»

Johnny (à William) était alors gardien du parc. «J’étais responsable du camion, a poursuivi Eddie. Simon Muise était le chef d’équipe et, chaque mois, il devait aller à Ingonish pour apporter la paie du personnel. Puisqu’il ne pouvait pas conduire, j’étais assigné pour le conduire là dans le véhicule du gardien. C’était tout un trajet, 68 milles sur des routes en gravier, mais j’ai bien aimé ça.»

Comment se présentait une journée typique pour Eddie? «Comme les employés n’avaient aucune voiture, je conduisais le camion du parc et je ramassais tous les employés le matin et les ramenais le soir. Les employés sautaient dans la benne du camion sans abri. Dans les gros suêtes, le grésil, la pluie ou la grêle, il fallait y aller. Le travail commençait d’habitude au printemps. Nous étions tous des travailleurs manuels sans machinerie, avec très peu d’outils, travaillant sur le vieux Sentier Cabot. Pendant environ 10 ans, nous étions 12 à 15 travailleurs, mais seulement six en hiver.»

Parmi les tâches les plus ardues, il a noté le nettoyage des fossés tôt au printemps aux montagnes French, McKenzie et North. «Le camion était plein de débris qu’on vidait du haut des falaises. Ça prenait des semaines, voire des mois. C’était très lent, car tout était fait manuellement avec de petites pelles à main. S’il y avait des blocs de roches qui avaient tombé ou des glissements de roches qui étaient trop gros pour les enlever à la pelle, nous devions les dynamiter. Nous choisissions la partie la plus unie de la roche plate et nous utilisions trois bâtons de dynamite, des fils, du sol argileux et une batterie.»

C’était dangereux, se souvient Eddie. «Nous savions ce que nous faisions et nous étions prudents. Nous fermions la route dans les deux directions et des hommes gardaient la route avec un drapeau rouge. Pour les plus gros glissements de roches, il fallait avoir recours à ce qu’on appelait la pelle; celle-ci était située à Ingonish et on transportait cette machinerie sur un gros camion avec plateforme. C’était une pelle à vapeur avec un moteur. Plus tard, il y avait une pelle semblable à Chéticamp et c’était moi qui l’opérais.»

Des routes enneigées

J’ai demandé à Eddie ce qu’il pensait en voyant (en 1990) les employés du parc se rendre tout bonnement au travail pendant les mois d’hiver. «Au début, les routes n’étaient pas ouvertes durant les mois d’hiver. Ceci a seulement commencé vers 1950. C’était ouvert jusqu’à ce qu’il y ait trop de neige pour passer. Quand on a commencé à ouvrir les routes l’hiver, il y avait seulement une période de travail. On partait le matin pour commencer à 8 h et nous allions jusqu’à Pleasant Bay pour revenir quand nous avions fini. Il n’y avait pas de temps fixe d’établi puisqu’il n’y avait personne pour prendre la relève. Quelques fois, nous n’arrivions à Pleasant Bay qu’à la tombée du jour et il fallait ensuite rentrer chez soi. La route s’était parfois à nouveau bloquée et il fallait la dégager au retour. Je me suis vu arriver chez moi vers 5 heures du matin et retourner au travail à 8 heures.»

«Une fois, ça nous a pris cinq jours pour nous rendre à 35 milles à Big Intervalle, par une énorme tempête de neige! C’était incroyable. Nous allions aussi loin qu’on pouvait pour ensuite retourner à la maison et nous recommencions le lendemain. Il n’y avait aucune souffleuse à neige à l’époque, juste les charrues et celles-ci n’étaient pas parmi les plus grosses non plus. Les premières années, à l’automne, le parc mettait à pied la plupart des travailleurs et ne gardait qu’une petite équipe d’employés pour l’hiver, c’est-à-dire les conducteurs et un assistant. Quelques fois, nous étions envoyés la nuit sans radios, ni téléphones, ni camion, ni jeep pour ouvrir la route entre la maison du gardien à Pleasant Bay et celle du gardien à Big Intervalle. Nous étions là toute la nuit avec une charrue. Il y avait un téléphone d’urgence dans les montagnes French et McKenzie, mais ça ne nous servait pas à grand-chose s’il arrivait un incident ailleurs que là.»

L’épouse d’Eddie, Henriette était présente lors de la conversation et a ri. «C’était pire que d’être mariée à un médecin. Ils appelaient à toute heure de la nuit si un véhicule se prenait quelque part», a-t-elle dit.

Le camarade Eddie (à Médéric) Aucoin a combattu sur la plage en Normandie le jour J et a survécu à ce cauchemar. De retour chez lui, il a été engagé comme chauffeur au Parc national des Hautes-Terres du Cap-Breton, une carrière qui a duré 33 ans.

Les aléas du métier

Eddie poursuit : «Quand ils ont coupé la route d’accès en bas de la montagne French où la vieille route passait pour construire un nouvel accès, ils ont commencé en hiver. Ce travail avait été confié à des travailleurs de l’extérieur. Cet hiver-là, je suis resté à travailler sur une niveleuse ou une machine d’entretien au lieu de sur la charrue. Il y avait tellement de neige à un moment donné qu’ils devaient y mettre deux équipes. Soixante-quinze hommes travaillaient sur la route d’accès, mais ils ont dû les enlever de là pour qu’ils aillent pelleter la neige; il y avait deux équipes, une de jour et une de nuit. Ils pelletaient en avant de la charrue, en creusant des tunnels des pieds de haut, et la charrue avançait et déblayait le reste. C’était un travail éreintant puisque quand ils pelletaient, la charrue n’avançait pas, alors on était pris là, parfois pendant plus d’une heure. On pouvait faire seulement une petite distance à la fois.»

Il y a eu quelques accidents. «Je me rappelle d’un gars d’Ingonish qui allait à Chéticamp avec de l’équipement lourd et il a perdu le contrôle. Il changeait de vitesse et l’engrenage a fait défaut de ce côté de Corney Brook au sommet de la montagne. Heureusement, le conducteur a pu sauter par la fenêtre avant que le véhicule ne s’abime en bas de la falaise et qu’il explose. On peut encore voir l’épave du véhicule resté sur place car il était impossible d’y accéder.»

Il y a aussi eu un incident avec Alex Joe Poirier et un autre gars. «Il n’y avait qu’eux deux sans radio qui déblayaient la route dans la région de Big Intervalle. Les freins ont fait défaut et il a perdu le contrôle de la déneigeuse. Il a arraché douze garde-fous le long de la route avant de reprendre le contrôle et de tomber dans le fossé de l’autre côté de la route. Ils étaient saufs, mais il leur a fallu marcher deux milles pour se rendre à la maison du gardien en plein hiver et en pleine noirceur. Après quelques années, on avait aménagé un petit camp à mi-chemin à Pleasant Bay, près d’où la maison du gardien est située. Le camp était pleinement approvisionné à l’automne pour qu’on puisse y passer la nuit au besoin. On était à l’abri, il y avait du bois pour faire un feu, de la nourriture, des couvertures, etc. De cette façon, si on était trop tard avec la déneigeuse ou la souffleuse pour rentrer à la maison, on pouvait rester là. Le lendemain matin, si on avait la souffleuse et que la route était ouverte, on prenait la direction opposée vers Big Intervalle jusqu’à la maison du gardien pour se faire une piste et ensuite retourner à Chéticamp en après-midi.»

Plus d’équipement

Nous avons aussi discuté des progrès accomplis au fil des années. «Peu à peu, nous allions chercher la grosse pelle d’Ingonish pour aider avec les glissements de roches. Éventuellement, nous avons obtenu une pelle mobile, du même genre que la pelle à vapeur, mais elle avait des roues et un moteur à gaz. Nous avions une plus grosse charrue, une souffleuse, de meilleurs camions et d’autres outils pour nous aider à faire le travail. Quand nous avons bâti des ponts, nous avions besoin de l’équipe entière. Le bois coupé était transporté et utilisé comme bois fort sous le pont. Nous transportions le bois à la rivière, et les travaillants s’en occupaient. Joseph (à Hubert) Deveau était responsable des charpentiers. Tout était fait à la main. La construction des plus gros ponts était faite par des gens de l’extérieur, mais nous construisions et entretenions les plus petits.»

Questions d’argent

Selon Eddie, c’était du travail dur, mais c’était la vie à cette époque. «Les gens n’étaient pas si pressés il y a de cela 40 ou 50 ans. La vie était plus simple. À l’époque, les travailleurs étaient heureux sinon plus qu’aujourd’hui. C’était un emploi et ils appréciaient avoir du travail. Les emplois étaient rares et le fait d’être capables de travailler et, pour certains, de retirer de l’assurance-chômage en hiver, c’était bien. Les hommes étaient prêts à travailler et avaient peu d’attentes. Ils se contentaient de travailler et de faire de leur mieux!»

Les salaires n’étaient pas les mêmes. «Je me rappelle les deux premières années au parc, je n’étais pas encore employé à l’année longue. Je recevais de l’assurance-chômage : 18 $ par semaine. Ça avait commencé à 12 $, mais heureusement ça avait monté dans mon temps. Les salaires étaient bien différents. J’ai commencé à 55 cents l’heure comme conducteur de camion et les travailleurs recevaient 50 cents l’heure. Nous travaillions six jours par semaine, du lundi au samedi. Nous étions payés une fois par mois. Nos chèques venaient d’Ingonish et à cause de la météo, la paie pouvait être en retard d’une journée ou deux. Nous étions parfois payés du temps supplémentaire, ce qui ne s’élevait pas à grand-chose, mais nous étions contents avec les salaires d’extra qu’on pouvait avoir. Au début, durant les mois d’hiver, les chèques étaient envoyés par la poste. Le facteur voyageait à pied et en traineau à chien. Il y avait deux maisons où il pouvait s’arrêter pour couper son trajet. C’est difficile à imaginer.»

Eddie Aucoin s’estime heureux d’avoir été embauché par le parc. «J’ai toujours été intéressé dans l’opération de l’équipement lourd et je pratiquais aussi souvent que je pouvais. Quand ils ont enfin acheté une pelle mobile pour Chéticamp, le surintendant du parc m’a offert l’emploi. Il y en avait d’autres avec plus d’expérience qui avaient postulé et je croyais que je pourrais être un assistant, mais il ne voulait rien entendre et estimait que cet emploi me revenait. J’avais été là pendant 33 ans, j’avais toujours conduit les camions et les machineries du parc et je suis heureux de dire que je n’ai jamais eu d’accidents. Quand j’ai pris ma retraite, je gagnais 7 $ l’heure et je travaillais à l’année longue. C’était un emploi formidable, une bonne vie.»

Aujourd’hui, heureusement pour les gens qui doivent voyager en hiver au nord du Cap-Breton, une équipe de conducteurs de charrues et de superviseurs des routes surveillent et nettoient les routes au parc national des Hautes-Terres du Cap-Breton. Les travailleurs ont une variété d’équipements pour couvrir 100 kilomètres de terrain montagneux. Les équipes avec expérience travaillent dans des conditions difficiles pour maintenir les routes aussi dégagées et aussi sécuritaires que possible.

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