Une partie de l'église anglicane St Stephen-in-the-fields sert maintenant à moitié de centre communautaire.
Une partie de l'église anglicane St Stephen-in-the-fields sert maintenant à moitié de centre communautaire.

Conversions de lieux cultes : au diapason du multiculturalisme de Toronto

Lucille Tatti
L'Express
L’EXPRESS (Toronto) – On entend souvent parler des fermetures et des ventes d’églises, qui font parfois couler beaucoup d’encre, mais moins des conversions de lieux de culte d’une religion à une autre, ou en une tout autre vocation, comme un édifice à logements ou un centre communautaire.

Le phénomène est particulièrement apparent à Toronto, ville multiculturelle et dynamique, confirment Rolande Smith et Brigitte La Flair, de la Société d’Histoire de Toronto (SHT), qui animaient le 12 mai une présentation Zoom sur ce thème.

De la première église du Sacré-Cœur sur la rue King Est à la petite église George Kirche de la rue College, en passant par des œuvres du sculpteur Timothy Schmalz qui ornent plusieurs églises de Toronto, les deux guides de la SHT ont raconté l’histoire de la conversion de lieux de culte qui résonne avec le multiculturalisme et la vitalité de la métropole.

En temps normal, la SHT aurait organisé un «historitours» de certains de ces endroits.

Rolande Smith, du bureau de la de la Société d’Histoire de Toronto (SHT).

Vagues d’immigration et de conversions de lieux de culte

Les vagues d’immigration qui se sont suivies à Toronto ont chacune apporté des conversions notables des églises, temples, synagogues et autres lieux de cultes.

À Toronto, après le départ des Français, c’est l’Église anglicane qui s’installe avec la congrégation St James fondée en 1797, suivie de peu par les Irlandais catholiques qui fondent la cathédrale Saint-Paul en 1822.

Une œuvre de Timothy Schmalz à l’extérieur de l’église St Stephen in the Fields.

Les jésuites restent les pionniers du catholicisme à Toronto, menant leurs premières missions catholiques au 17e siècle, sans posséder, cependant, de réels lieux de culte.

Anglicans, Presbytériens, Méthodistes, Baptistes…

Des congrégations chrétiennes protestantes, comme des presbytériens, sont arrivées très nombreuses d’Écosse par la suite, rejoignant ainsi les méthodistes et les baptistes… Il y a donc rapidement de nombreuses églises dans la ville.

Consultez le site du journal L’Express


« Lorsque les anglicans, les presbytériens, les catholiques et l’Église Unie sont présents dans une ville ou même un village, il y a presque automatiquement quatre églises. Cela soulève souvent de nombreuses questions chez les touristes. »
Rolande Smith, du bureau de la de la Société d’Histoire de Toronto (SHT)

Conversion de lieux de culte : expansion ou déclin

Les conversions de ces lieux de cultes initiaux passent généralement par différents procédés. Il arrive parfois que la congrégation originelle occupant un lieu de culte grandisse — ou à l’inverse diminue — et se doive donc de changer de lieux, mettant en vente celui qu’elle occupait.

Ce fut le cas pour la synagogue de la rue Henry, construite en 1922 pour une communauté juive polonaise. La congrégation a rapidement grandi et a quitté le centre-ville, laissant la synagogue à une congrégation russe qui la rebaptisa Holy Trinity Russian Orthodox.

L’église Holy Trinity Russian Orthodox.

Il arrive aussi que la congrégation fusionne avec une autre, libérant le lieu de culte.

C’est le cas lors de la fondation de l’Église Unie : les congrégations de différentes chapelles fusionnent, libérant certains bâtiments. À l’inverse, il arrive que la congrégation originale se scinde, chaque groupe partant de son côté à la recherche d’un nouveau site.

D’une ethnie à une autre

La conversion d’un bâtiment passe souvent d’un groupe ethnique à un autre au sein d’une même religion.

Au fil de l’immigration, les églises catholiques irlandaises ou anglaises accueillent un nouveau public italien ou des catholiques venus de tous les coins du monde.

L’église catholique francophone du Sacré-Cœur, à l’angle des rues Carlton et Sherbourne à Toronto, est plus que centenaire.

Malgré la pratique de la même religion, les catholiques ne parlent pas tous la même langue et ne peuvent partager le même édifice pour leurs lieux de culte.

Désacralisation

Certaines conversions n’impliquent pas l’arrivée d’un nouveau culte dans l’édifice. Par exemple, l’Église anglicane St Stephen-in-the-fields, avenue Bellevue, construite en 1858, est aujourd’hui à moitié un centre communautaire, l’autre moitié toujours dédiée au culte.

St Stephen-in-the-fields sert maintenant à moitié de centre communautaire.

Ce genre de conversion nécessite une «désacralisation», qui est un acte juridique par lequel un évêque décrète que le bâtiment n’est plus considéré comme un lieu de culte. Le culte ne doit alors pas avoir été célébré depuis six mois et la sécurité des visiteurs ne doit plus être assurée.

Modernisations

D’autres sont de simples modernisations, comme l’église St Andrew United, rue Bloor Est.

«Cette église de 1878 tremblait à chaque fois que le métro passait en dessous, et elle était devenue trop couteuse à entretenir. La congrégation a donc décidé en 1881 de la remplacer par une petite église moderne», conclut Brigitte La Flair.

À droite, Brigitte La Flair, guide pour la Société d’Histoire de Toronto.