André Magny
André Magny

Déclaration d’unilinguisme en 1990 : La francophonie de Sault-Sainte-Marie, 30 ans plus tard

FRANCOPRESSE – En 1990, il y a encore les Nordiques à Québec. La Cour suprême vient tout juste de donner raison à des parents francophones de l’Ile-du-Prince-Édouard qui souhaitaient avoir leurs propres écoles et déclare inconstitutionnel l’Official Language Act du Manitoba. Mais en ce premier mois de l’année, le 30 plus précisément, alors qu’on négocie le fameux accord du lac Meech, la ville de Sault-Sainte-Marie fait parler d’elle.

Elle adopte une résolution se déclarant unilingue anglaise. Elle veut ainsi protester contre la loi 178 du Québec, qui permet l’affichage bilingue à l’intérieur des magasins, mais qui prône l’unilinguisme français à l’extérieur en ayant recours à la fameuse clause nonobstant. Il faut se rappeler qu’à l’époque, la Cour suprême du Canada avait émis un jugement contre certains articles de la loi 101, dont celui sur l’affichage.

Selon le Commissariat aux langues officielles, la ville vote cette résolution dans la foulée d’une «pétition déposée par le groupe The Alliance for the Preservation of English in Canada, qui avait répandu la rumeur voulant que la Loi sur les services en français [de l’Ontario] forcerait les municipalités de l’Ontario à fournir des services en français.» À sa manière, Sault-Sainte-Marie suivait ainsi les traces de certains citoyens de Brockville, qui avaient foulé quelques mois plus tôt le fleurdelisé.

Jean-Paul Dubreuil s’est établi à Sault Sainte-Marie en 1989.

30 ans plus tard, que reste-t-il de tout cela?

Jessica Torrance est technicienne en éducation spécialisée à l’école publique Écho-des-Rapides à Sault-Sainte-Marie (SSM). Elle habite SSM depuis 8 ans. Elle est née à Dubreuilville, à 300 km au nord de SSM. Mme Torrance est aussi la présidente depuis deux ans du Centre francophone de Sault-Sainte-Marie, «le porte-parole de la communauté francophone».

Elle qui a grandi, étudié et travaillé en français constate que la francophonie du Sault «se porte de mieux en mieux» même s’il y a eu des hauts et des bas depuis 30 ans. Certes, la présidente du Centre est relativement une nouvelle venue à SSM, mais elle raconte qu’à la suite de la résolution, certains francophones ont dû quitter la ville. La tension était trop vive.

Ce fut le cas pour Jean-Paul Dubreuil, qui est parti de Sault-Sainte-Marie pendant 7 ou 8 ans.

Au départ, l’ancien entrepreneur forestier s’est installé à Sault-Sainte-Marie en 1989. Il a été aux premières loges et se rappelle bien. «Quand j’ai reçu la pétition chez moi qui demandait que Sault-Sainte-Marie devienne unilingue anglophone, j’ai pas voulu signer ça.» Ce soir-là, il partit s’entrainer en se disant qu’il irait au conseil municipal après. Trop tard. La salle était comble. Les francophones ont eu peu le droit de parole avant l’adoption de la résolution, selon M. Dubreuil.

À l’époque, les séances du conseil étaient filmées, se souvient-il. Bizarrement, après l’adoption de la résolution, la cassette montrant les interventions des francophones devint introuvable. «On ne peut pas revenir en arrière», concède celui qui multiple le bénévolat au sein de sa communauté. «Mais on peut éviter que ça recommence. Que ce soit pour les francophones comme pour toute autre minorité. Imaginez si on avait fait ça à des Autochtones? Ou si on le faisait à des musulmans?»

Son souhait le plus cher serait que le maire actuel et son conseil s’engagent à ce que tout le monde ait le droit de parole quand survient une décision aussi grave que celle survenue il y a 30 ans.


Reconstruire les ponts

Quand on pense que sur les quelque 66 000 habitants de Sault-Sainte-Marie, les francophones ne représentent que 3 % de la population selon le recensement de 2016, Jessica Torrance a toujours de la difficulté à comprendre pourquoi en 1990 les anglophones ont réagi si fortement au soi-disant danger francophone…

De son côté, le maire de Sault-Ste-Marie, Christian Provenzano, est d'avis que : «ce qui s'est passé en 1990, je ne l'explique pas. Selon moi, la résolution fut une misérable erreur qui n'aurait jamais dû être adoptée.»

«Je crois que les liens entre la municipalité et la communauté francophone sont très bons, poursuit l'élu. Depuis que je suis maire, à chaque année, nous soulignons la journée des Franco-Ontariens, faisons la levée du drapeau franco-ontarien avec une motion au Conseil et supportons les activités de la communauté. Je crois qu'il y a une augmentation significative pour les programmes d'immersion dans nos conseils scolaires. En un mot, la communauté francophone de Sault-Ste-Marie est valorisée et importante au sein de l'ensemble de notre municipalité.»

L’épisode fut un coup de fouet pour la communauté francophone de Sault-Sainte-Marie. Mais au lieu de les asservir, au fil du temps, «on a voulu faire notre place». Le rôle du Centre francophone dans cette reconstruction? «Quand on fait nos activités, on le fait pour tout le monde. On participe aussi aux activités des uns et des autres.» À titre d’exemple, les anglophones participent aux festivités de la Saint-Jean-Baptiste organisées par les membres du Centre.

Du côté de la majorité, deux gestes ont aussi souligné la volonté de tourner la page : en 2010, la municipalité s’est excusée pour l’adoption de la fameuse résolution et en 2015 (année où l’on soulignait les 400 ans de présence française en Ontario), pour la première fois, le drapeau franco-ontarien a été hissé à l’Hôtel de Ville.


Un anniversaire souligné?

Au cours de l’année, pour ces 30 ans, on pourrait imaginer que certaines activités du Centre viendront souligner cette page trouble de Sault-Sainte-Marie. «Le Conseil d’administration en a brièvement discuté.» En fait ce qui sera souligné, c’est la vitalité des francophones de la région. «Puisque c’est encore un sujet lourd pour certaines personnes, nous ne voulons pas souligner techniquement la résolution, mais nous voulons souligner l’évolution et la place que nous avons réussi à nous faire en tant que francophones depuis 30 ans. Nous voulons regarder de l’avant et laisser le passé dans le passé.»

À noter que le jeudi 23 janvier au Canadian Bushplane Heritage Center de Sault-Sainte-Marie, la réalisatrice Sophie Houle-Drapeau présentera la projection de son documentaire «La résolution», aussi diffusé gratuitement sur la plateforme ici.tou.tv et, à la télévision, à Radio-Canada en Ontario le 24 janvier à 18 h 30 (rediffusion le 26 janvier à 22 h 55). Ce sera l’occasion de constater à travers les yeux et les mots des francophones si la blessure est complètement guérie ou si l’espoir que la langue française en Ontario a un avenir est encore plus fort que l’amertume.

Histoire des Noirs

FRANCOPRESSE – En ce mois de l’histoire des Noirs, l’auteur de l’ouvrage L’Histoire oubliée de la contribution des esclaves et soldats noirs à l’édification du Canada (1604-1945)  aux Éditions Afrikana, a répondu aux questions de Francopresse. Le Dr Amadou Ba éclaircit en ces pages des chapitres négligés de l’histoire du pays. Chargé de cours à la Nipissing University de North Bay et à l’Université Laurentienne de Sudbury, ce passionné d’histoire africaine souhaite ainsi contribuer à réconcilier les Canadiens et Canadiennes avec leur passé.
Entrevue

FRANCOPRESSE – La Fédération culturelle canadienne-française, qui regroupe 22 associations artistiques et culturelles de l’extérieur du Québec, défend de plus en plus activement le besoin pour le Canada de se doter d’une politique culturelle nationale. Cette politique prendrait la forme d’un «Cadre national d’action pour la culture». La FCCF s’est associée avec plus de 40 organismes artistiques et culturels, tant francophones, anglophones, qu’autochtones, pour créer une large coalition afin de convaincre le gouvernement fédéral d’aller de l’avant avec ce projet ambitieux, dont découlent aussi plusieurs autres priorités de la Fédération.

L’EXPRESS (Ontario) – Connaissez-vous le fondateur de la ville de Québec et de la Nouvelle-France au début du 17e siècle : Samuel de Champlain? Chez nous, la réponse est plus souvent oui. Champlain est un héros, l’un des personnages les plus illustres de l’histoire du Canada. En France, la réponse est non. Champlain y est plutôt un illustre inconnu.
Nord canadien

AURORE BORÉALE (Yukon) – Le geste vif et le regard clair, la jeune quinquagénaire Alice Cyr avoue ne jamais se lasser de raconter l’histoire de la famille de son défunt époux. Une histoire tissée d’aventure et d’amour ancrée dans la grande Ruée vers l’or yukonaise à tout jamais intégrée à son récit de vie personnel.
Entrevue

FRANCOPRESSE – L’année 2020 marque le tricentenaire de l’arrivée des premiers colons français à l’Île-du-Prince-Édouard, connue à l’époque sous le nom de l’Isle Saint-Jean. L’historien Georges Arsenault tient à souligner le début de la présence francophone dans la province. L’auteur de l’ouvrage Histoire illustrée de l’Acadie de l’Île-du-Prince-Édouard  aux éditions La Grande Marée en 2019 nous offre un survol de ces premières années de présence acadienne et française dans l’Ile.

Kim Pasche a un parcours atypique. Déjà dans son enfance en Suisse, son attirance vers les matériaux bruts le pousse à questionner son entourage sur l’origine des objets les plus anodins du quotidien : «J’ai toujours eu cette curiosité de connaitre un cran plus loin l’origine des objets.» Après avoir obtenu son baccalauréat (l’équivalent de la 12e année), il décide de faire son propre compagnonnage afin de recevoir les savoirs et les savoir-faire liés aux métiers de la pierre, du bois, du métal ou encore du cuir.

Gérard Dubé a passé une grande partie de sa vie à militer pour la préservation de l’environnement. Originaire de La Broquerie au Manitoba, il est d’ailleurs un pionnier dans le secteur du compostage. Il a travaillé à développer et à promouvoir le compostage comme un moyen de concilier la productivité agricole et le respect de la nature.

Dans le nord de l’Ontario, nombreux sont les trappeurs qui adoptent un passetemps qui évoque le travail des premiers peuples et l’arrivée des Européens dans le Nouveau Monde. La récolte des fourrures demeure cependant bénéfique à plusieurs chapitres, dans le contexte actuel. Ces entrepreneurs de la forêt, œuvrant dans une région immense et peu densément peuplée, jouent un rôle important dans le maintien de l’équilibre des écosystèmes et de la circulation de biens dans l’ensemble du pays.

À quelques kilomètres de Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest, Mike Mitchell et Craig Scott perpétuent une tradition autochtone en produisant du sirop de bouleau. Un simple prétexte pour jouir de la nature, mais n’empêche, il y a là une expertise qui se développe.

Au cœur de la vallée de l’Okanagan, Andréa McFadden diffuse des parfums de lavande, de rose, de menthe, de calendula ou encore de camomille. Installée depuis longtemps dans la région, la famille McFadden perpétue un savoir-faire ancestral : celui de la distillation d’huiles essentielles.

Yvette Michelin nourrit une passion pour le fléché qui va au-delà de la période des carnavals. Spécialiste incontournable du fléché, elle l’enseigne aux adultes et donne des ateliers aux enfants. Et si c’était sa façon à elle de perpétuer un savoir-faire digne de la persévérance et de la ténacité de ces francophones qui ont fait l’Amérique?

Le hookage trouverait ses origines à Terre-Neuve, où des pêcheurs fabriquaient des tapis pour mettre au fond des bateaux et aux fenêtres. Cet artisanat est devenu un passe-temps des femmes de l’Atlantique : de la toile de jute sur un cadre de bois, des bandes de tissus découpées dans de vieux vêtements, des brins de laine récupérée, un crochet et voilà de quoi faire un tapis qui ajoutera un peu de confort à la maison, l’hiver.

Les portes de la science sont grandes ouvertes pendant une semaine au Canada. Du 16 au 22 septembre, écoles, bibliothèques, musées et universités du pays joignent leurs efforts pour nourrir la culture scientifique des Canadiens. Grand moment de sensibilisation, l’évènement repose sur la participation et l’engagement de milliers de férus des sciences d’un océan à l’autre.
Festivités francos

La vitalité des communautés de la francophonie en situation linguistique minoritaire ne fait pas l’ombre d’un doute, lorsqu’on voit la liste des manifestations francophones dans les provinces et territoires du Canada!