Le centre de santé de Pangnirtung fait partie des établissements touchés par la pénurie de personnel soignant au Nunavut.
Le centre de santé de Pangnirtung fait partie des établissements touchés par la pénurie de personnel soignant au Nunavut.

Une pénurie de personnel soignant force la fermeture de certains centres de santé du Nunavut

Karine Lavoie
Initiative de journalisme local - APF - Territoires
En raison d’une pénurie de personnel soignant, le gouvernement du Nunavut annonce des modifications importantes dans la prestation des services de certains centres de santé au cours des prochaines semaines.

Le ministère de la Santé du gouvernement du Nunavut a informé la population à la mi-juillet que plusieurs communautés devront composer avec une fermeture temporaire ou une réduction des services offerts dans leurs centres de santé respectifs au cours de la période estivale.

Plusieurs communautés affectées

L’obligation de procéder à des modifications de services dans certains centres de santé du Nunavut s’explique par deux facteurs : «La pandémie de la COVID-19 et la pénurie nationale de personnel de santé ont compliqué le recrutement d’infirmières sur le territoire», déclare Lorne Kusugak, ministre de la Santé du Nunavut, par voie de communiqué de presse.

Le centre de santé de Resolute Bay doit temporairement fermer ses portes durant l’été en raison d’une pénurie de personnel soignant au Nunavut.

Selon le ministère de la Santé, l’attribution du contrat à l’Agence Bayshore Healthcare permettant de fournir des services d’infirmières et de sagefemmes sur le territoire, combinée aux efforts d’embauche des dernières semaines, permet d’éviter la fermeture d’autres centres de santé durant l’été, mais il n’est pas exclu que de nouvelles perturbations surviennent advenant un changement dans les effectifs.

En date du 23 juillet, ce sont les fermetures des centres de santé de Grise Fiord et de Resolute qui ont été annoncées, alors que ceux de Pangnirtung, Taloyoak, Sanikiluaq, Kugaaruk et Cambridge Bay n’offriront que des services d’urgence.

Pallier le manque de services

Afin que les populations touchées par ces modifications subissent le moins d’impacts négatifs possible, le gouvernement territorial a travaillé sur différents scénarios : «Le ministère de la Santé a établi des plans d’urgence pour assurer un accès rapide et approprié aux services de santé là où les centres de santé peuvent être limités. Les services varieront d’une communauté à l’autre en fonction des ressources disponibles dans la communauté et pour répondre aux besoins uniques de chaque communauté», explique Danarae Sommerville, spécialiste des communications du ministère de la Santé du Nunavut.

Le centre de santé de Cambridge Bay fait partie des établissements touchés par la pénurie de personnel soignant au Nunavut.

En plus de la disponibilité des services d’évacuation médicale, les communautés affectées auront accès à une combinaison de services de santé virtuels, de cliniques aériennes et de services paramédicaux d’urgence disponibles 24 heures sur 24 et sept jours sur sept.

«Les ambulanciers paramédicaux sont spécifiquement formés pour les soins d’urgence et sont équipés pour prodiguer des soins aux patients gravement malades ou blessés en attente d’évacuation médicale», précise Mme Sommerville.

«Tout ce qui doit être vu en urgence sera référé aux ambulanciers sur place et le patient sera contacté avec un horaire pour se rendre au centre de santé», ajoute-t-elle en précisant que les ambulanciers paramédicaux travaillent sous la supervision et la direction d’un médecin.

Le centre de santé de Taloyoak fait partie des établissements touchés par la pénurie de personnel soignant au Nunavut.

Le ministère informe toutefois la population que des délais sont possibles en ce qui concerne le temps de réponse des appels téléphoniques et certains services fournis par le personnel de soutien comme l’exécution des ordonnances. «Le ministère de la Santé prévoit qu’il y aura des retards dans l’accès aux services non urgents. Cependant, nous ne prévoyons pas que ces retards se prolongent jusqu’à l’automne», affirme Danarae Sommerville.

Si des cas de COVID-19 devaient survenir dans l’une de ces communautés, du personnel y sera déployé afin d’effectuer des tests de dépistage ainsi que la recherche et le suivi des contacts. Il demeure également possible de se faire vacciner sur rendez-vous.

Favoriser l’embauche locale

En concurrence avec les autres provinces du Canada, le Nunavut peine à recruter suffisamment de personnel soignant pour combler ses besoins en main-d’œuvre : «Les mois d’été peuvent être une période particulièrement difficile pour recruter et retenir le personnel de la santé», indique Danarae Sommerville pour expliquer le fort roulement d’employés provenant du Sud du pays.

Pour lutter contre la pénurie de main-d’œuvre dans le domaine de la santé, le gouvernement territorial et le Collège de l’Arctique ont établi une collaboration afin d’aider les nouveaux diplômés en sciences infirmières à intégrer le marché du travail au Nunavut.

Fiona Buchan-Corey, doyenne du Campus de Kitikmeot, souligne que plusieurs programmes liés à la santé sont offerts au Collège de l’Arctique et affirme avoir bon espoir que le Nunavut acquerra des compétences dans ce domaine dans le futur. «De nombreux étudiants du Nunavut sont confrontés à des difficultés éducatives qui rendent difficile l’accès aux diplômes de premier cycle. Le programme de présanté a été conçu pour aider les étudiants à acquérir des compétences pour faire la transition vers notre baccalauréat en sciences infirmières de l’Arctique. Les deux programmes ont également été adaptés pour inclure la langue et le contexte culturel inuit pour les non-Inuits», explique-t-elle.

Elle conclut que les estimations d’inscriptions pour l’année 2021-2022 au Collège sont présentement de six à dix étudiants pour le programme de pré-santé et de dix étudiants en première année de sciences infirmières.