Le président de l’organisme PRUDE Ralph Thomas dans son bureau du centre-ville de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick
Le président de l’organisme PRUDE Ralph Thomas dans son bureau du centre-ville de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick

Une longue présence afro-canadienne au Nouveau-Brunswick

Jonathan Poirier
Initiative de journalisme local — APF — Atlantique
INITIATIVE DE JOURNALISME LOCAL —APF (Atlantique) — Les Canadiens d’origine africaine sont présents depuis très longtemps au Nouveau-Brunswick et sont actifs dans la communauté francophone de Saint-Jean. Bref rappel de l’histoire méconnue des Noirs loyalistes de la province.


En juin prochain, l’organisation New Brunswick Black History Society célèbrera ses 10 ans d’existence. Affiliée à l’organisme communautaire PRUDE Inc. (Pride of Race, Unity and Dignity through Education), celle-ci retrace et documente des siècles d’histoire peu connue du grand public.

Pour Ralph Thomas, coordinateur de projets chez New Brunswick Black History Society et président de PRUDE Inc., l’expérience qu’il a vécue au conseil d’administration du village historique de King’s Landing a rallumé sa flamme de retracer l’histoire des Noirs loyalistes en Atlantique : «Il n’y avait rien sur l’histoire des Noirs. Nous savions que la famille Gordon, dont la maison était située à Fredericton, était d’origine afro-américaine et qu’il y avait un certain intérêt de la mettre en valeur […]. Celle exposée à King’s Landing est identique parce que nous avions à notre disposition les plans de construction de l’originale.»

Deux vagues d’immigration

Se donnant le titre de la «ville des Loyalistes», Saint-Jean a accueilli un grand nombre de Britanniques loyaux à la reine d’Angleterre lors de la Révolution américaine de 1775 à 1783. Selon le gouvernement du Nouveau-Brunswick, ces loyalistes comptaient environ 10 % de personnes noires. Celles-ci, qui se sont établies dans la région vers 1783, étaient des esclaves ou des personnes affranchies en échange de leurs services pour l’Empire britannique dans ses combats contre les rebelles américains.

Une deuxième période d’immigration noire a eu lieu entre 1812 et 1815, durant la guerre anglo-américaine de 1812. Durant ce conflit, l’Empire britannique a utilisé la même technique contre les Américains : on a promis aux esclaves noirs de les affranchir s’ils prêtaient allégeance à la Reine. Selon Ralph Thomas, de nombreux Afro-Américains ont accepté l’offre en échange de leur liberté et de terres promises si l’Empire gagnait la guerre. Une grande partie de ces réfugiés noirs se sont installés à Willow Grove et Loch Lomond, qui font aujourd’hui partie de Saint-Jean.


Abolition de l’esclavage

Un peu plus tard, en 1833, l’esclavage sera aboli au Nouveau-Brunswick. Entre l’arrivée des loyalistes noirs et l’abolition de l’esclavage, le mouvement religieux des quakers était le meilleur allié des Noirs puisqu’il prônait le respect et le traitement équitable de ceux-ci. En refusant aux colons propriétaires d’esclaves de s’installer dans leurs terres, comme à Beaver Harbour au sud de la province, les quakers ont été pionniers dans la reconnaissance de leurs droits.

Après ces deux mouvements migratoires importants et l’abolition de l’esclavage au Nouveau-Brunswick, une femme du nom de Harriet Tubman a joué un rôle majeur dans l’arrivée d’autres citoyens noirs dans la province. Née esclave dans le Maryland, elle a permis, aidée par les quakers, à de très nombreux Afro-Américains de s’échapper des États-Unis pour venir s’établir ici à partir de 1849 en utilisant clandestinement le réseau ferroviaire. Harriet Tubman a libéré tellement d’esclaves, incluant ses parents, que les autorités américaines et les propriétaires d’esclaves ont offert des primes sur sa tête totalisant 50 000 $, ce qui équivaut aujourd’hui à plus de 1 million de dollars. Ses exploits lui ont d’ailleurs valu d’être surnommée «la Moïse noire».