Un outil pour orthophonistes en voie de traduction à Sudbury

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
IJL LE VOYAGEUR (Ontario) - En Ontario, les outils en français pour les soins de santé sont rares et, quand ils existent, ils sont souvent mal adaptés pour les besoins des Franco-Ontariens. Une professeure et une étudiante en orthophonie à Sudbury en sont aux dernières étapes pour adapter un questionnaire pour évaluer le langage des victimes d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) et elles recherchent des participants.

Le test en question est le Western Aphasia Battery-Revised (WABR). Un test largement utilisé pour identifier si une personne souffre d’aphasie et quelles habiletés linguistiques sont affectées. La professeure d’orthophonie à l’Université Laurentienne qui mène le projet depuis le début, Sophie Laurence, dit avoir vu une mention qu’une version française de ce test existait, mais elle n’a jamais réussi à la trouver.

«Le problème qu’on a en Ontario, c’est que les autres produits francophones qui existent ont été développés ou adaptés au Québec ou en France. Ce n’est pas approprié pour la population francophone de l’Ontario», explique la professeure.

La professeure Sophie Laurence mène le projet de traduction du WABR en français.

La différence est surtout au niveau du vocabulaire et des expressions. Il est par exemple impossible d’ignorer le chevauchement de l’anglais dans le français parlé en Ontario. Elle donne comme exemple le mot «tape» pour désigner du ruban adhésif et qui était plus souvent utilisé par les participants à l’étape de traduction et d’adaptation du questionnaire. Ce mot n’est pas utilisé en France, par exemple. «Ce n’est pas dans le dictionnaire, mais ça fait partie du langage courant», justifie Mme Laurence.

Il y avait également des expressions à adapter. L’expression anglaise «They fought like cats and dogs», qui est dans le test WABR, n’a pas de traduction directe en français. Il fallait trouver l’équivalent plus courant en français en Ontario. Finalement, elles ont arrêté leur choix sur «Pas de chicane dans ma cabane».

L’effet des AVC sur la langue

Les AVC sont l’une des principales causes de l’aphasie. L’analyse de leurs effets représente un défi particulier dans une population bilingue, car «un AVC n’affecte pas de la même façon [le français et l’anglais]», note Sophie Laurence. La recherche dans ce domaine avance, mais il reste encore beaucoup à faire. «C’est pour ça que normalement, on devrait évaluer les gens dans leurs deux langues.»

Malheureusement, le test adapté par Sophie Laurence et ses étudiantes ne pourra pas être utilisé pour comparer les différences dans les deux langues puisqu’en raison des particularités du langage en Ontario, certains mots en anglais sont acceptés comme réponses à des questions posées en français. Par contre, avoir ce test dans les deux langues reste un avantage appréciable.

En trois étapes

Le choix d’adapter en français le Western Aphasia Battery-Revised provient d’une consultation auprès de plusieurs orthophonistes bilingues de l’Ontario. Dans une première étape, une étudiante en orthophonie a créé une liste des outils que les orthophonistes aimeraient voir adapter pour l’Ontario français. Le WABR était en tête.

Dans l’étape suivante, l’étudiante à la maitrise en orthophonie à l’Université Laurentienne, Barbara Coelho, a adapté ce test pour les besoins des Franco-Ontariens et l’a testé auprès de quelques participants.

Le projet en est à sa troisième phase, celle de la normalisation, c’est-à-dire établir les normes d’utilisation et de performances pour l’utilisation du test.

La normalisation sera réalisée par l'étudiante à la maitrise en orthophonie, Alex Zannier. Pour y arriver, elles ont besoin aussi bien d’adultes qui n’ont pas de problèmes de langage que d’adultes aphasiques. Sophie Laurence craint qu’il sera surtout difficile de recruter des participants qui ont des problèmes de langage, ils sont pourtant essentiels à l’obtention de normes adéquates.

Le test pourrait être prêt dans un peu plus d’un an, si tout va bien.

Les participants doivent s’attendre à remplir un questionnaire (10 minutes) et compléter deux parties d’un test d’évaluation du langage, ce qui devrait prendre environ 60 minutes.