Les participants ont observé une minute de silence en mémoire des victimes des pensionnats.
Les participants ont observé une minute de silence en mémoire des victimes des pensionnats.

Un jour de commémoration loin d’être suffisant pour les Premières Nations du Nouveau-Brunswick

Simon Delattre
Acadie Nouvelle
ACADIE NOUVELLE (Nouveau-Brunswick) – La première journée nationale de la vérité et de la réconciliation, il y a une semaine, a été très suivie par les Premières Nations du Nouveau-Brunswick. Elles espèrent que ce moment d’introspection collective et de dialogue sera suivi d’autres actions, en réponse aux nombreux défis auxquels font face les communautés autochtones à travers la province.

Des dizaines de membres des Premières Nations d’Elsipogtog, Metepenagiag, Esgenoopetitj, Eel Ground, et Neqotkuk étaient réunis vendredi au parc Town Square de Miramichi pour commémorer le 30 septembre, une date désormais dédiée à la mémoire des enfants disparus et aux survivants du système des pensionnats pour enfants autochtones.

Entre la fin du 19e siècle et 1996, plus de 150 000 enfants autochtones ont fréquenté ces établissements, créés par le gouvernement du Canada, administrés par des Églises et pensés comme des outils d’assimilation forcée.

De nombreuses bannières «Every Child Matters» [Chaque enfant compte] coloraient la foule, tout comme le chandail orange, devenu un symbole de la dépossession de la culture dont ont été victimes les enfants autochtones pendant plusieurs générations.

«Écoutons les survivants», «Apprenons de notre passé», ou «Amour et compassion», pouvait-on lire parmi les dizaines de messages anonymes accrochés à un grand panneau.

Pour Patrick Francis, ancien chef de la Première Nation de Tobique, il était grand temps de reconnaitre les mauvais traitements dont ont été victimes de nombreux enfants. «Il faut en parler ouvertement», déclare-t-il.

«Les Autochtones du Canada ont longtemps souffert du colonialisme. Nous avons d’abord perdu nos terres, puis notre mode de vie, puis nous avons presque perdu notre langue et notre culture. Nos enfants nous ont été enlevés et ont été abusés. Pour guérir de ces blessures collectives, il est impératif de reconnaitre les injustices du passé et se demander comment nous pouvons travailler ensemble pour soutenir ceux qui ont souffert. Lever le voile d’une histoire enterrée est le premier pas. Les Premières Nations méritent de connaitre la vérité», ajoute-t-il.

 L’ancien chef Patrick Francis (Tobique), le maire Adam Lordon (Miramichi), les chefs Bill Ward (Metepenagiag) et George Ginnish (Eel Ground) ont pris part à la cérémonie, jeudi dernier.

Plusieurs enfants mi’kmaqs et wolastoqueys du Nouveau-Brunswick ont été retirés de leurs familles pour être envoyés au pensionnat de Shubenacadie, en Nouvelle-Écosse, qui a été ouvert jusqu’en 1967.

Et si le gouvernement canadien n’a pas financé de pensionnat au Nouveau-Brunswick, la province a compté 12 écoles de jour situées sur les réserves autochtones ou à proximité, des établissements financés par Ottawa et gérés par les églises catholiques et anglicanes.

Celle de Metepenagiag a notamment gardé ses portes ouvertes jusqu’en 1992.

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«Il ne s’agit que d’un pas en avant»

«Le traumatisme est lentement reconnu, mais il ne s’agit que d’un pas en avant», lance Patrick Francis, qui espère que le 30 septembre deviendra aussi l’occasion de suivre les progrès de la mise en œuvre des 94 appels à l’action formulés par la Commission de vérité et réconciliation (CVR).

Contrairement à ses homologues des autres provinces de l’Atlantique, le premier ministre Higgs a refusé d’offrir ce jour férié aux fonctionnaires provinciaux.

Comme bien d’autres leadeurs, Arren Sock, chef de la Première Nation d’Elsipogtog, exprime sa déception face à un tel choix.

«Nous voyons cette décision comme une occasion manquée de réparer les relations abimées entre les Premières Nations du Nouveau-Brunswick et le gouvernement provincial», exprime-t-il.

En revanche, de nombreuses municipalités — notamment Campbellton, Dieppe, Moncton, Caraquet, Saint-Jean, Edmundston, Bathurst ou Miramichi — ont décrété un congé pour leurs employés. L’Université de Moncton et le CCNB ont fait de même.


« Nous continuerons de nous rassembler en cette journée pour nous souvenir de ceux qui nous ont volés et pour nous battre pour l’égalité. »
George Ginnish, chef de la Première Nation d’Eel Ground, près de Miramichi
Réforme du système judiciaire, financement de l’éducation, lutte contre la pauvreté… De nombreux chantiers doivent être menés au Nouveau-Brunswick, estime le chef George Ginnish de la Première Nation d’Eel Ground.

Il souhaiterait que l’on braque désormais les projecteurs sur les problèmes sociaux qui frappent plusieurs communautés autochtones au Nouveau-Brunswick.

Dans les réserves de sa région, le revenu médian des ménages n’atteint pas la moitié de la moyenne provinciale. Les membres des Premières Nations demeurent surreprésentés au sein de la population carcérale, alerte George Ginnish, qui y voit une conséquence de la pauvreté.

Le chef réclame notamment des services d’assistance parajudiciaire pour les membres des Premières Nations ayant des démêlés avec la justice et la création de programmes de déjudiciarisation autochtone comme il en existe dans la plupart des autres provinces.

«Il nous faut investir dans l’éducation, il nous faut investir dans des opportunités d’emploi, ajoute-t-il. Malheureusement, les choses ne changent pas assez vite.»