En 2016, 1810 fermes ontariennes avaient comme exploitant principal une personne de langue française.
En 2016, 1810 fermes ontariennes avaient comme exploitant principal une personne de langue française.

Qui sont nos travailleurs agricoles en Ontario?

Julyen Renaud
Agricom
AGRICOM (Ontario) – Le 25 janvier dernier, Statistique Canada a publié le premier de quatre rapports sur les travailleurs de langue officielle minoritaire. Le Portrait des travailleurs de langue française dans les industries agricole et agroalimentaire de l’Ontario, 2006 et 2016 établit un fait dès son introduction : «Les personnes de langue française actives au sein des industries agricole et agroalimentaire de l’Ontario ont des caractéristiques distinctes et des besoins particuliers, en tant que minorité de langue officielle.» Alors que le taux de diplomation a augmenté chez les travailleurs agricoles francophones, le Portrait souligne le problème criant du manque de relève agricole.

Cette «minorité de langue officielle» est bien présente puisque, selon le Portrait, 1810 fermes ontariennes avaient comme exploitant principal une personne de langue française en 2016, ce qui représentait 3,6 % des fermes dans la province.

En 2016, il y avait près de 3500 travailleurs agricoles de langue française en Ontario (3,4 %). Il est important de noter qu’entre 2006 et 2016, le nombre de travailleurs de langue française a augmenté dans presque toutes les régions de la province.

Si les francophones actifs dans les domaines agricole et agroalimentaire ont des caractéristiques et des besoins distincts, leur réalité est aussi différente à bien des égards de celle de leurs collègues anglophones.

Moins de relève agricole chez les francophones

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le Portrait indique qu’en 2016, en Ontario, plus d’une ferme sur deux était exploitée exclusivement par des gens de 55 ans et plus. Cette proportion est la même chez les exploitants anglophones. Ce qui est inquiétant chez les francophones, c’est que seulement 4,5 % des fermes étaient exploitées exclusivement par des personnes de moins de 35 ans, comparativement à 6,9 % du côté des «fermes de langue anglaise».

La situation est similaire chez les travailleurs agricoles. Le Portrait montre que la portion des 15 à 34 ans représentait, en 2006, 29,6 % des travailleurs agricoles. En 2016, cette proportion avait diminué pour se chiffrer à 28,2 %.

Qui plus est, «l’âge médian [des travailleurs francophones] est passé de 47,0 ans en 2006 à 51,3 ans en 2016. On constate également ce vieillissement en observant la proportion de travailleurs agricoles francophones âgés de 55 ans et plus, celle-ci étant passée de 32,1 % en 2006 à 41,5 % en 2016.» Les travailleurs anglophones vieillissent eux aussi. Ils demeuraient toutefois généralement plus jeunes que leurs pairs francophones.


Le contraste est frappant entre l’est de l’Ontario et le Nord. Dans l’Est, la portion des jeunes travailleurs a augmenté durant ces dix années. En 2016, ces derniers représentaient environ un travailleur agricole sur trois, bien au-dessus des 27,4 % du côté de leurs collègues anglophones. Si l’âge médian est passé de 45,5 ans à 48,2 ans, les travailleurs agricoles de langue française étaient en moyenne plus jeunes que leurs comparses anglophones dans l’Est.

Dans la région agricole de recensement du nord de l’Ontario, le vieillissement de la population active dans l’industrie agricole est un enjeu majeur. En effet, l’âge médian frôlait les 55 ans en 2016. La tranche d’âge des 55 ans et plus représentait, en 2016, plus de 46 % des travailleurs agricoles, soit une augmentation de plus de 20 % si l’on compare les chiffres à ceux de 2006.

Ce qui est d’autant plus inquiétant dans le Nord, c’est que le nombre de jeunes travailleurs a grandement diminué. Dans cette région, près d’une personne sur trois qui travaillait dans le domaine agricole en 2006 était âgée de moins de 35 ans. Dix ans plus tard, moins d’un travailleur agricole sur quatre appartenait à ce groupe d’âge.

Consultez le site du journal Agricom

Nombre de diplômés à la hausse

Le Portrait ne présente pas que des données inquiétantes. En effet, l’étude montre que le taux de scolarisation est à la hausse chez les travailleurs agricoles franco-ontariens. Si plus du tiers (35,7 %) d’entre eux ne possédaient pas de diplôme d’études secondaires en 2006, cette proportion s’élevait à 27,1 % en 2016.

À ce niveau, les francophones ont une longueur d’avance sur leurs pairs anglophones (29,9 % en 2016 ne détenaient pas de diplôme, grade ou certificat).

Dans le nord de l’Ontario, la situation a changé du tout au tout entre 2006 et 2016. Le portrait brossé par l’étude de Statistique Canada montre des données encourageantes : on remarque que la proportion de travailleurs agricoles francophones sans certificat, diplôme ou grade a grandement diminué durant ces dix années.

Elle est passée de 45,9 % à 27,3 %. En 2006, les travailleurs francophones étaient moins susceptibles d’avoir obtenu leur diplôme d’études secondaires que leurs collègues de langue anglaise, mais ce n’était plus le cas une décennie plus tard.

Cette hausse du niveau de scolarité des francophones dans le Nord se constate également par la proportion plus élevée de travailleurs dont la plus haute qualification était un diplôme d’études secondaires (22,3 % en 2006 et 32,1 % en 2016) ou collégiales (14,1 % en 2006 et 27,1 % en 2016). La proportion de travailleurs agricoles francophones qui avaient obtenu un diplôme universitaire en 2016 restait néanmoins plus basse que celle des travailleurs anglophones de cette région.

Les statistiques sont encourageantes à plusieurs autres niveaux. Plus d’un travailleur agricole francophone sur cinq avait suivi une formation collégiale en 2016 (versus 16,6 % en 2006). Proportionnellement, en 2016, les francophones étaient plus nombreux à détenir un grade d’apprenti ou à avoir suivi une formation à l’école des métiers (8,3 % des travailleurs de langue française, versus 5,4 % chez les anglophones).

Toutefois, le Portrait montre que les anglophones qui travaillent dans l’industrie agricole ontarienne étaient plus susceptibles d’avoir fait des études universitaires (13,2 %) que les francophones. En fait, les chiffres dénotent même une faible diminution à ce niveau : la portion des francophones ayant suivi une formation à l’université est passée de 9,8 % à 9,6 %.

À la lecture du Portrait des travailleurs de langue française dans les industries agricole et agroalimentaire de l’Ontario, on se rend compte que l’établissement d’une relève solide et instruite ainsi que le renouvèlement de la main-d’œuvre sont des enjeux primordiaux afin d’assurer la pérennité de la francophonie dans les industries agricole et agroalimentaire en Ontario.