La langue crie en péril à Constance Lake ?

Elsie Suréna
Le Nord
En cette « année des langues autochtones » décrétée par l’Organisation des Nations-Unies (ONU), la survivance de la langue ancestrale des ojicrees qui habitent la Première Nation de Constance Lake, dans le nord-est de l’Ontario, semble compromise. C’est du moins ce qui ressort des échanges avec l’agent culturel Standsinwater rencontré à l’occasion du pow-wow célébré annuellement en aout.

Le Nord (LN) : Parlez-nous du programme « Retrouver notre langue ».

Standsinwater (SiW) : Dans la communauté Premières Nations de Constance Lake, nous sommes en train de perdre notre langue. En tant qu’adulte de 60 ans, cela me préoccupe, car nous n’avons plus tellement d’ainés qui la parlent encore. Les gens de mon âge comprennent le cri, mais nous avons du mal à le parler. Ceux plus jeunes que moi ne le parlent pas du tout.

Pour leurs parents ou caretakers, le cri n’est plus la langue maternelle ; il est devenu leur langue seconde, la première étant l’anglais. Et cela nous inquiète beaucoup, nous autres de la vieille génération, et nous voulons faire quelque chose.

Nous avons donc formé un comité de personnes intéressées à retrouver et à maintenir notre langue. Présentement, nous réalisons un sondage et nous demandons aux gens ce qu’ils ressentent face au cri, s’il est important pour eux, s’ils en ont besoin, et quelle est leur langue native. Nous posons environ 30 questions aux vieux et aux jeunes de plus de 15 ans. Le comité cherche ainsi à savoir quelle est la situation réelle de la langue native dans notre communauté.

LN : Que se passera-t-il si les jeunes ne montrent aucun intérêt à l’apprendre ? 

SiW : Justement, certains nous ont demandé pourquoi devraient-ils apprendre le cri, car lorsqu’ils vont ailleurs, ce n’est pas cette langue qu’ils utiliseront, mais plutôt l’anglais ou le français, l’une des deux langues officielles du Canada. En tant qu’ainés, nous répondons que notre langue est notre identité, c’est qui nous sommes, et qu’il est important de connaitre sa propre langue. C’est comme une carte d’identité, une langue est importante pour une population.


LN : Quelle sera la prochaine étape?

SiW : Le sondage en cours nous donnera les informations permettant de montrer au gouvernement fédéral pourquoi il nous faut de l’argent. On aura ainsi une preuve à leur fournir. Nous savons que tout le monde ne sera pas intéressé, et nous l’acceptons. Cependant, nous sommes certains que pour la majorité des gens, notre langue native est importante. Nous aurons donc les chiffres qui le prouvent, puisque ce sont les chiffres qui intéressent le gouvernement pour décider d’un financement.