Journée internationale des femmes. Pamela Gallant : pionnière dans le monde du cinéma

Marc Poirier
Marc Poirier
Francopresse
FRANCOPRESSE – Dans l’Île-du-Prince-Édouard où Pamela Gallant a grandi, peu de gens s’étaient aventurés dans le monde du cinéma. Du moins, elle n’en connaissait pas. «J’étais peut-être la première femme à étudier le cinéma», dit-elle.

Elle se rappelle qu’à l’école de son village acadien de Wellington, ce sont les activités artistiques qui l’intéressaient. «J’avais une vieille machine reel to reel video - quart de pouces à l’école. Je faisais des petites vidéos comme passetemps. Je faisais de la photographie, du théâtre. J’aimais la musique; je jouais de la guitare. Mais c’était surtout la scénarisation qui m’intéressait.»

Après le secondaire, c’est cet intérêt pour le cinéma et la scénarisation qui l’a menée à s’inscrire au cégep de Saint-Jérôme, au nord de Montréal, qui offrait un cours de cinéma. Une vraie aventure. «Je me suis retrouvée à Saint-Jérôme : je ne savais pas où c’était et je ne savais pas ce que c’était un cégep», se rappelle-t-elle en souriant.

En fait, le cégep était un moyen pour elle d’atteindre son réel objectif, soit de s’inscrire en cinéma à l’Université de York, à Toronto. Cet établissement exigeait une 13e année et faire une année au cégep permettait d’y être admissible.

Mais sa première année à York l’a autant déçue que son année à Saint-Jérôme l’avait comblée. «Au cégep de Saint-Jérôme, c’était vraiment des profs passionnés, raconte la cinéaste. On faisait des films, on tournait en super 8. C’est là où j’ai eu le gout de réaliser. À York, c’était pas pareil. C’était plus business, alors qu’à Saint-Jérôme, il y avait un esprit de création; les gens s’entraidaient. On voulait juste créer.»

Pamela Gallant n’est pas retourné à York. Elle a obtenu un emploi dans une maison de production à Charlottetown, à l’Ile. Puis, il y a eu une bourse France-Acadie pour un stage de réalisation à Paris, un retour dans les Maritimes à faire du montage pour des films et finalement aboutir à ce qu’elle voulait vraiment faire : réaliser des films.

Un univers transformé

Au fil des années qui vont suivre, Pamela Gallant réalisera sept documentaires et courts-métrages dramatiques, dont Port-au-Port qui remportera le prix du meilleur film francophone aux Rendez-vous Québec Cinéma (Montréal) en 2011.

Depuis un peu moins d’un an, elle vit à Halifax où elle travaille comme monteuse pour la maison de production Arcadia Entertainment.

Le fait d’être une femme a-t-elle été un obstacle au cours de ces années? Oui, répond tout de go Pamela Gallant, surtout en raison de l’absence ou du peu de femmes pendant longtemps sur les jurys des festivals ou des institutions qui décernent des bourses. «Ça joue. Ça joue aux festivals, ça joue pour avoir du financement, ça joue à plein de niveaux. Mais ça a beaucoup changé.»

Elle dit aussi que la génération X dont elle fait partie a eu beaucoup de difficulté à faire sa place face aux baby-boomers, comme ce fut le cas dans plusieurs secteurs de la société.


Un projet à réaliser

Le grand rêve de Pamela Gallant a été — et est toujours — de réaliser un long métrage de fiction. Depuis une dizaine d’années, elle travaille sur un projet : Monica’s News, un film en anglais qui raconte l’histoire d’une jeune fille de neuf ans qui devient la première fille de son village à livrer le journal aux maisons. À travers les efforts de la jeune fille de se tailler une place dans un monde d’homme, on découvre la société de l’époque dans un milieu rural.

Le projet du film a connu plusieurs embuches et Pamela Gallant n’y croyait presque plus lorsqu’elle a remporté, l’automne dernier, un prix d’une valeur de 200 000 $ du Women in the Director’s Chair au Festival de films de Whistler, en Colombie-Britannique.

Le prix, qui vise à encourager les femmes cinéastes au Canada dans leur projet de films, finance des services techniques et la location d’équipement. Il servira de levier pour aller chercher le reste du financement nécessaire à la production du film. Pamela Gallant devra trouver quelques autres bailleurs de fonds avant de faire une demande au principal contributeur : Téléfilm Canada. Il y a quelques années, la cinéaste avait fait une première demande à Téléfilm Canada pour Monica’s News mais avait essuyé un refus, principalement parce qu’elle n’avait pas assez d’autres financements.

«On va refaire une demande ce printemps, mais on a juste deux chances. Si on rate cette fois-ci, le projet est foutu», explique-t-elle. C’est donc probablement la dernière chance pour Pamela Gallant d’accomplir son rêve vieux de 30 ans, et de faire partie de ce très petit club d’Acadiens — et surtout d’Acadiennes — ayant réalisé un long métrage de fiction.