L’équipement de protection des travailleurs de la santé: le masque chirurgical ou N95, la visière et/ou les lunettes, une robe d’isolation, des gants et un couvre-tête.
L’équipement de protection des travailleurs de la santé: le masque chirurgical ou N95, la visière et/ou les lunettes, une robe d’isolation, des gants et un couvre-tête.

En Alberta, le quotidien d’une infirmière francophone au front

Gabrielle Beaupré
Le Franco
LE FRANCO (Alberta) – Infirmière sur la ligne de front depuis le début de la pandémie, Jeanne Hétu s’occupe des personnes atteintes de la COVID-19 dans un hôpital en Alberta. Même si elle considère la situation extrêmement difficile, elle se dit heureuse de faire une différence. «C’est un privilège d’être infirmière et d’aider les gens qui sont dans les moments les plus bas de leur vie».

Jeanne Hétu travaille dans deux départements du milieu hospitalier : l’urgence et les soins intensifs. Elle indique que ses tâches n’ont pas changé, mais que celles-ci prennent beaucoup plus de temps qu’avant en raison de l’habillement de protection obligatoire qui doit être constamment changé et de la désinfection de l’équipement.

À l’urgence, elle continue de rencontrer plusieurs patients par jour, mais affirme que l’équipe de désinfection est omniprésente et que chaque nouvel arrivant doit remplir un questionnaire dès son arrivée.

Aux soins intensifs, ses patients sont principalement les personnes atteintes de la COVID-19 ou n’importe quelle personne ayant besoin du respirateur pour survivre.

Un patient par infirmière

Aux soins intensifs, Jeanne Hétu raconte qu’elle ne sait jamais à quoi s’attendre d’une journée à l’autre. Certains patients atteints du coronavirus vont aller mieux, d’autres vont mourir.


« On travaille si fort avec les patients pour les aider à passer au travers de la COVID, lorsque la maladie gagne [le combat], c’est difficile. »
Jeanne Hétu, infirmière en hôpital en Alberta

Jeanne Hétu informe que chacun des patients aux soins intensifs demande énormément d’attention. «Chaque jour, nous avons un patient, parfois deux [s’il y a trop de patients par infirmière], mais nous ne sommes pas affectés aux mêmes chaque jour». Chaque patient a son propre équipement et la désinfection est de mise.

Par ailleurs, Jeanne Hétu relate que lorsque le département débordait, plusieurs personnes atteintes de la COVID-19 ont été relocalisées dans une autre aile de. De plus, plusieurs infirmières d’autres départements sont venues leur donner un coup de main.

La solitude 

Les patients atteints de la COVID-19 sont isolés dans une petite chambre qu’ils ne peuvent pas quitter.

Jeanne Hétu raconte : «C’est difficile pour moi [d’être témoin]. La plupart des patients que je rencontre sont intubés. Ils sont sur la machine à respirer et on leur donne des sédatifs. Ils ne sont pas vraiment conscients de ce qu’il leur arrive pendant cette période.»

Elle ajoute que les personnes n’ayant plus besoin du respirateur artificiel vont prendre beaucoup de temps à récupérer. Elles ont perdu la notion du temps, la notion du jour et de la nuit, elles n’ont plus de repères. «C’est très difficile pour elles», observe l’infirmière. 

En raison de la pandémie, aucun visiteur n’est accepté.


« Avant la pandémie, la famille était présente pour aider le patient [sortant de l’intubation]. Désormais, les seules personnes qu’ils voient à l’hôpital sont notamment les infirmières, les médecins et les préposés. »
Jeanne Hétu, infirmière en hôpital en Alberta

Cependant, elle indique que les patients peuvent être en contact avec leur famille grâce à la technologie. Ils ont notamment accès à leur téléphone cellulaire et à leur tablette électronique personnelle. Elle précise, pour ceux qui n’ont pas d’objet électronique à leur disposition, que l’hôpital a reçu des iPad afin que les patients puissent discuter avec leur famille.

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Des sacrifices

Pour protéger ses proches de la COVID-19, Jeanne Hétu ne les a pas visités depuis l’été dernier, sauf à Noël où elle a vu ses parents rapidement, sur le pas de leur porte d’entrée, pour échanger les cadeaux.

En période de pandémie, les infirmières peuvent travailler jusqu’à 16 heures par jour.

Sa seule sortie? Ses courses à l’épicerie. Lorsque la température le permet, elle va marcher ou skier. «Autrement, je ne vois personne», indique-t-elle.

Elle mentionne : «Je travaille avec des patients atteints de la COVID-19 chaque jour. Ça ne vaut pas la peine de mettre ma famille à risque.» Les réseaux sociaux, le téléphone et les vidéoconférences lui permettent d’être en contact avec sa famille et ses amis. Elle ajoute en souriant : «Maintenant, ça va changer [puisque] j’ai reçu les deux doses du vaccin.»