L’entreprise Madolaine a développé un «masque sourire» muni d’une fenêtre transparente.
L’entreprise Madolaine a développé un «masque sourire» muni d’une fenêtre transparente.

Dans un monde masqué, les sourds sont exclus!

Simon Delattre
Acadie Nouvelle
ACADIE NOUVELLE (Nouveau-Brunswick) – Obligatoire dans tous les lieux publics, le masque est sur toutes les lèvres. Au grand dam des personnes sourdes et malentendantes qui, ne pouvant plus s’appuyer sur la lecture labiale, voient leur communication compliquée depuis le début de la pandémie.

Le masque est aujourd’hui devenu la norme, il réduit le volume de la parole et empêche de capter toutes les expressions du visage. Pour les personnes sourdes et malentendantes, il est impossible de lire sur les lèvres lorsque la bouche de l’interlocuteur est cachée par un bout de tissu opaque.

«Une barrière supplémentaire»

«C’est vraiment un nouveau monde pour nous. Le masque est une barrière supplémentaire dans notre vie», confie Leanne Gallant, de Riverview.

Atteinte d’un trouble d’audition, elle a accepté de réaliser une entrevue en langue des signes pour partager son quotidien, avec l’aide d’une interprète d’expérience, Tammy Pyper.

«Les personnes entendantes se fient à l’intonation de la voix pour déterminer l’intention, l’émotion de leur interlocuteur. Les personnes sourdes et malentendantes dépendent fortement des expressions du visage. On ignore si la personne est satisfaite ou frustrée, c’est un peu intimidant», raconte-t-elle.

Difficile également pour quelqu’un utilisant la langue des signes de porter un masque traditionnel, car c’est souvent le mouvement de la bouche qui permet de savoir avec précision quel mot est utilisé.

Travailleuse en soutien communautaire, Leanne organisait des groupes de soutien, des ateliers d’information et des rencontres de loisirs destinés aux personnes sourdes jusqu’au début de la pandémie. Ces activités, désormais suspendues, étaient une véritable bouffée d’air frais pour les participants.

«Ça faisait partie de notre culture sourde de pouvoir nous retrouver, de faire des choses ensemble. La technologie n’est pas toujours adaptée parce que la langue des signes utilise vraiment les trois dimensions, et puis il y a souvent des problèmes techniques.»

Les cours de langue des signes n’ont pas non plus repris. Lynn Leblanc, la directrice générale des Services aux sourds et malentendants du Nouveau-Brunswick, estime que la situation marginalise un peu plus les personnes qui vivent ce handicap invisible.


« «Ça devient difficile de se débrouiller. Certains sont bouleversés de se retrouver hors de la conversation. C’était déjà une communauté assez isolée avant la COVID-19, on voit un impact sérieux sur leur santé mentale» »
Lynn Leblanc, la directrice générale des Services aux sourds et malentendants du Nouveau-Brunswick

Contourner l’obstacle

Certains fabricants ont proposé une solution. Par exemple, l’entreprise québécoise Madolaine a développé un «masque sourire», équipé d’une fenêtre transparente qui laisse entrevoir une grande partie du visage.

L’Association des personnes avec une déficience de l’audition en a commandé 100 000 qu’elle vend sur son site. Leanne Gallant fait le souhait que ce type de protection faciale se généralise.

En attendant, elle doit compter sur la compréhension de son interlocuteur. «Certaines personnes acceptent de retirer leur masque en restant à distance, pour une personne c’est un signe de respect. Lorsque quelqu’un refuse, on a l’impression de ne pas être important.»

Lire l’article dans son intégralité sur le site du journal Acadie Nouvelle