Nicolette Horvath présentant, le 6 février dernier, le projet ConnectAînés au Manoir Saint-Joachim d’Edmonton pour les résidents francophones.
Nicolette Horvath présentant, le 6 février dernier, le projet ConnectAînés au Manoir Saint-Joachim d’Edmonton pour les résidents francophones.

ConnectAînés, plus que jamais en première ligne

André Magny
André Magny
Francopresse
FRANCOPRESSE – S’activer pour briser l’isolement des personnes âgées : c’est la mission que se donnent quelques associations membres de la Fédération des ainées et ainés francophones du Canada en pleine guerre contre la COVID-19. Des initiatives qui devraient porter fruit, notamment grâce au programme téléphonique ConnectAînés.

Il y a deux semaines, Francopresse faisait état d’un grand projet de la Fédération des ainées et ainés francophones du Canada (FAAFC) pour vaincre l’isolement des personnes ainées en 2020. Les choses étant ce qu’elles sont avec le coronavirus, la FAAFC et ses partenaires passent à une vitesse supérieure.

Service téléphonique pour discuter, échanger, dialoguer sur différents sujets, ConnectAînés devait être lancé officiellement vers la mi-avril avec l’objectif de contacter 4 000 personnes. Sans mentionner de chiffre précis, le directeur général de la FAAFC, Jean-Luc Racine, parle de «réajuster à la hausse» cet objectif. Le lancement risque aussi d’être devancé.

L’Alberta à l’avant-plan

Pour ConnectAînés, la FAAFC s’est inspirée d’un projet préexistant en Alberta. Nicolette Horvath, assistante en développement de projets à la Fédération des ainés franco-albertains (FAFA), a démarré ce concept en 2019.

Une première expérience a eu lieu en mai. Mme Horvath a fait plusieurs présentations «pour présenter le projet ConnectAînés, démontrer comment le système de visioconférence (Zoom) fonctionne pour participer aux sessions et, le plus utile, pour répondre aux questions des participants potentiels en personne.»

Rappelons que ConnectAînés est un programme téléphonique gratuit, semblable à la version anglophone Seniors’ Center Without Walls (SCWW). Il offre des activités récréatives, de l’information sur des sujets comme la santé et le bienêtre ainsi que des conversations amicales en français pour les personnes de 50 ans et plus sur des thèmes aussi divers que l’optimisme et les souvenirs d’école.

ConnectAînés brise l’isolement, Nicolette Horvath en est convaincue. «C’est très utile. Ça permet de contacter entre 3 et 6 personnes à la fois. Ça dure entre 30 et 60 minutes, une fois à toutes les deux semaines.»

Ça, c’était à la mi-mars. En raison de la pandémie, la directrice générale de la FAFA, Alizé Cook, précise qu’ils sont passés à trois séances par semaine. Le nombre de participants a également doublé. Lors d’une réunion d’information avec une infirmière sur le coronavirus, on comptait 12 participants.

Mais comme on ne veut pas parler exclusivement de la COVID-19, au cours des prochaines séances, les participants auront droit à un café-philo! «Tant que la situation oblige les gens à rester chez eux, on offrira au moins deux séances par semaine», assure Mme Cook.

Le 25 janvier, à Edmonton, Nicolette Horvath présentait le projet ConnectAînés au Campus Saint-Jean lors d’un évènement du Centre de bienêtre et prévention pour Afro-Canadiens de l’Alberta (CBEP).

Vidéos manitobaines

Face à la pandémie, pour briser l’isolement des plus âgés au Manitoba francophone, des capsules vidéos seront proposées. La directrice de la Fédération des ainés de la francophonie manitobaine (FAFM), Lucienne Châteauneuf, explique que d’ici à la fin du mois, de courtes vidéos devraient être mises en ligne pour encourager les ainés à faire de l’exercice physique. «Avant la pandémie, pour briser l’isolement, on sortait nos gens de leur domicile grâce à nos activités comme la danse, le yoga. Mais tout ça, c’est en veilleuse. Maintenant, il faut être créatif.»

L’une des intervenantes de la FAFM a eu l’idée de créer des capsules en ligne pour inciter les ainés à continuer de bouger. «Quand c’est avec un visage connu, la connexion se fait mieux», croit la directrice générale.

Avec l’aide des 15 clubs d’ainés francophones liés à la FAFM, Mme Châteauneuf estime que son organisme peut joindre environ 1 200 personnes grâce à l’envoi de courriels et d’infos diffusées sur la page Facebook de l’organisme.

D’autre part, puisque la langue peut être aussi source d’isolement, la FAFM compte utiliser une autre de ses ressources : le Conseil des francophones 55+. Grâce à ce programme communautaire, l’information circulera auprès des francophones de la région de Winnipeg pour bien les renseigner sur l’accessibilité et la disponibilité des services et des programmes en français destinés aux ainés.

Rester optimiste

La présidente de la FAAFC, Élizabeth Allard, se dit «relativement optimiste pour les jours à venir». S’il faut oublier pour un temps «la coiffeuse, les massages et le magasinage, on n’est quand même pas si pire!» Elle rappelle que les temps qui courent sont peut-être plus difficiles pour les jeunes familles. Elle salue au passage les premiers intervenants comme les paramédicaux et les pompiers. «On est conscient qu’ils mettent leur vie en danger.»

Quant à l’isolement des ainés, Mme Allard assure que la FAAFC est ouverte «à n’importe quelle initiative». D’ailleurs, le 7 avril, une réunion du bureau de direction aura lieu pour veiller à ce que l’ensemble des associations membres de la FAAFC puisse respecter les échéanciers pour l’implantation de ses trois grandes initiatives : ConnectAînés, la création d’un réseau de sentinelles entre ainés(e)s francophones et la mise en place d’une plateforme informatique de partage assurant la gestion et la livraison de formations et d’animation d’activités en ligne pour les 50 ans et plus.

Enfin, Jean-Luc Racine ajoute que la rencontre du 7 avril devrait aussi permettre à la FAAFC d’étudier les récentes propositions du gouvernement canadien face à la sécurité financière des ainés. À titre d’exemple, la ministre des Ainés du Canada, Deb Schulte, a fait savoir cette semaine à la FAAFC que son gouvernement «accordera un paiement spécial ponctuel par l’intermédiaire du crédit pour la taxe sur les produits et services (TPS) d’ici le début du mois de mai.»

Les ainés à faible et moyen revenu devraient recevoir entre 400 $ et 600 $ selon leur situation matrimoniale. «On examinera tout ça pour voir si c’est suffisant», conclut le directeur général.