L’accès à des ressources confidentielles en français en santé mentale peut relever de l’exploit dans certaines collectivités.
L’accès à des ressources confidentielles en français en santé mentale peut relever de l’exploit dans certaines collectivités.

Assurer la confidentialité des services en santé mentale

Marie-Paule Berthiaume
Francopresse
FRANCOPRESSE – L’accès à des ressources confidentielles en français en santé mentale peut relever de l’exploit dans certaines collectivités. La proximité des membres des communautés francophones en milieu minoritaire peut en freiner certains dans leur désir d’aller chercher des soins. La création de partenariats interprovinciaux s’impose comme solution pour plusieurs experts du domaine.

«Les services [de santé] en français n’existent à peu près nulle part en Saskatchewan», avance Frédérique Baudemont, directrice générale du Réseau Santé en français de la Saskatchewan (RSFS). Selon elle, l’existence des barrières linguistiques en matière de santé n’est plus à démontrer.

Son organisme a annoncé, au début décembre, l’implantation de la ligne d’écoute TAO Tel-Aide en Saskatchewan. Ce projet est issu d’un partenariat avec l’Autorité de la santé de la Saskatchewan (SHA) et l’organisme TAO Tel-Aide, qui offre des services au Québec et en Ontario depuis plus de 40 ans et au Yukon depuis trois ans.

Frédérique Baudemont, directrice générale du Réseau Santé en français de la Saskatchewan.

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Un rapport de la Commission de la santé mentale du Canada suggère qu’une personne sur deux sera atteinte d’une maladie mentale avant l’âge de 40 ans. Selon ce même rapport, les troubles de l’humeur et les troubles anxieux sont les maladies mentales les plus courantes au Canada.

L’administratrice en chef de la santé publique du Canada, Theresa Tam, l’a d’ailleurs récemment souligné dans un rapport sur les répercussions de la COVID-19 sur la santé publique, au sujet du déclin de la santé mentale des Canadiens depuis le début de la pandémie : «Statistique Canada signale que la santé mentale autoévaluée a diminué pendant la pandémie, comparativement aux données de l’Enquête sur la santé des collectivités canadiennes (ESCC) de 2018», peut-on lire dans le document.

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La confidentialité, un facteur décisif

Frédérique Baudemont se rappelle que dès la première table communautaire au sujet de l’implantation d’une ligne d’écoute en français, un des participants a voulu s’assurer qu’une personne qui appelait le service n’allait pas connaitre ou être reconnue par l’intervenant au bout du fil.

«Nos communautés sont toutes petites, on reconnait parfois même les voix. Tu n’as pas besoin de dire le nom nécessairement», souligne la directrice du RSFS. Elle ajoute que les appelants n’auraient toutefois pas envie d’être reconnus par d’autres francophones qu’ils fréquentent dans la vie quotidienne.

Étant donné que la majorité des bénévoles du service TAO Tel-Aide sont basés en Ontario et en Outaouais, à des milliers de kilomètres de la Saskatchewan, les appelants courent beaucoup moins de risques d’être reconnus par l’intervenant au bout du fil.

La directrice générale de TAO Tel-Aide, Monique Chartrand, affirme que le premier besoin des appelants est de s’exprimer et que son équipe de répondants les encourage à analyser leurs difficultés.


« On outille nos bénévoles à être en mesure de diminuer l’anxiété d’un appelant en début d’appel. Ils peuvent ensuite réévaluer si l’appelant est en bonne posture au niveau de ses émotions pour pouvoir continuer son petit traintrain à la fin de l’appel. »
Monique Chartrand, directrice générale de TAO Tel-Aide

Monique Chartrand précise que moins de 1 % des appels nécessitent des interventions de crise. «Si on prend le temps d’entendre ce que la personne a à exprimer, on réalise parfois à quel point la ressource, elle l’avait déjà.»

Monique Chartrand, directrice générale de TAO Tel-Aide.

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Une nouvelle enquête nationale de l’Association canadienne pour la santé mentale révèle que «la deuxième vague de la pandémie a exacerbé les sentiments de stress et d’anxiété, entrainant un niveau alarmant de désespoir, de pensées suicidaires et de découragement au sein de la population canadienne.» Selon cette enquête, seulement 21 % des répondants se déclarent optimistes vu la situation actuelle.

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L’union fait la force

Frédérique Baudemont constate que le premier réflexe pour arriver à ses fins est souvent de développer ses propres services. Mais son organisme a résisté à tomber dans ce piège du travail en silos en adoptant «une approche collaborative avec l’Autorité de la santé […] c’est le système qui a intégré ce projet-là […] nous avons posé des actions à long terme».

Le conseiller aux communications et coordonnateur des projets francophones chez SHA, Mawuli Kugblenu, confirme que c’est la première fois qu’un projet francophone est soumis par l’Autorité et accepté par Santé Canada.

«Réseau Santé travaille déjà à augmenter l’offre de services en français pour les francophones. […] Si nous entrons en partenariat avec eux, comme nous avons le même objectif, nous pourrons travailler ensemble et atteindre notre but. […] Nous voyons qu’un partenariat avec [TAO Tel-Aide] va nous aider à offrir les services dont notre public, les Fransaskois, a besoin.»

Mawuli Kugblenu, conseiller aux communications et coordonnateur des projets francophones à l’Autorité de la santé de la Saskatchewan.

Le succès de TAO Tel-Aide au Yukon

La directrice de Partenariat communauté en santé (PSC) au Yukon, Sandra St-Laurent, confirme l’impact positif de l’association entre TAO Tel-Aide et le territoire.

«Il n’y avait pas assez de francophones ici pour faire le service 24 heures, rappelle-t-elle. Il y avait aussi un enjeu de confidentialité comme nous sommes une petite communauté. […] TAO Tel-Aide se tient au courant [de notre réalité] et nous permet d’envoyer nos ressources en santé mentale aux répondants au fur et à mesure qu’elles se développent pour faire le lien avec les ressources locales», félicite Sandra St-Laurent.

Sandra St-Laurent, directrice de Partenariat communauté en santé au Yukon.

Elle précise que la communauté francophone du Yukon est composée d’environ 1 500 résidents francophones, dont la moitié ont moins de douze ans. De plus, la majorité des francophones gravitent autour de Whitehorse.

Le contrat de trois ans conclu entre TAO Tel-Aide et le ministère de la Santé et des Affaires sociales du Yukon vient tout juste d’être renouvelé.