Analyse du chômage et des revenus : Les Noirs du Canada face au racisme systémique et persistant

FRANCOPRESSE – La population noire, qui représente 3,5 % de la population totale du Canada, est jeune, diversifiée et son niveau de scolarité a augmenté depuis 2001. Toutefois, les écarts de rémunération et d’emploi qui existaient déjà se sont encore creusés dans les dernières années selon une récente étude de Statistiques Canada.Zoom sur quatre grandes villes canadiennes.

«C’est un indicateur très clair de racisme systémique, et plus précisément de racisme anti-noir au Canada, indique Philip S. S. Howard, chercheur et professeur adjoint au département d’Études intégrées en sciences de l’éducation de l’Université McGill, à Montréal. Ce phénomène est loin d’être nouveau, mais il semble empirer avec le temps.»

De manière générale, les adultes noirs demeurent moins susceptibles d’avoir un emploi que le reste de la population adulte, selon Statistiques Canada.

À Halifax et à Ottawa, le taux de chômage des hommes et femmes noires est plus de deux fois plus élevé que celui du reste de la population, et plus d’une fois et demie supérieur à Toronto ainsi qu’à Winnipeg. Dans les quatre régions, le pourcentage d’enfants noirs vivant en situation de faible revenu varie de 26 à 38 %, soit près ou plus du double des enfants dans le reste de la population. «Cela témoigne des problèmes systémiques que nous avons au Canada et de la saturation du taux de chômage des personnes d’origine africaine», affirme Tolu Ilelaboye, responsable des relations publiques de l’organisme African Communities of Manitoba Inc. (ACOMI).

Les écarts de salaire se sont également accrus. À Halifax, on note un écart de 20 000 $ entre les salaires annuels médians des hommes noirs et ceux des hommes dans le reste de la population et 8000 $ chez les femmes. Les inégalités sont encore plus importantes à Winnipeg, où les écarts sont de 15 000 $ chez les femmes et de 23 000 $ chez les hommes.

Tous les groupes au Canada sont affectés par le chômage, mais les Noirs sont plus durement touchés, proportionnellement. Halifax, par exemple, compte l’une des communautés noires libres les plus anciennes du pays, et a toujours été confrontée au racisme anti noir. «Il est certain que des disparités régionales existent pour différentes raisons, estime Philip S. S. Howard. Mais il serait incorrect de dire que le racisme est pire en certains endroits, il est plutôt vécu différemment.»

<em>NOTA : le premier graphique publié contenait une erreur. Le graphique a été corrigé le 18 mars à 17 h 45.</em>

Immigration et reconnaissance des acquis

L’étude démontre par ailleurs que les immigrants sont plus susceptibles que les non-immigrants de détenir un baccalauréat ou un grade supérieur. Statistiques Canada suggère que cela est surtout vrai chez les immigrants africains noirs, où une plus grande proportion d’hommes que de femmes a été sélectionnée en raison de leurs compétences et de leurs qualifications, comme le niveau de scolarité.

«La plupart des nouveaux immigrants ont du mal à trouver un emploi, commente Mme Ilelaboye. Ceux qui ont la chance d’obtenir un emploi doivent commencer à un poste de premier échelon parce qu’ils n’ont pas l’expérience canadienne.» Il serait donc plus difficile de gravir l’échelle de carrière et de prétendre à des salaires plus élevés, surtout s’ils ont immigré plus tard dans la vie.

Selon l’ACOMI, le processus complexe et parfois imprécis de reconnaissance des certificats et la priorité accordée par le gouvernement à l’expérience canadienne plutôt qu’à la qualification compliquent encore plus les choses. Les immigrants sont forcés d’entrer dans des postes de premier échelon et de réintégrer des postes qu’ils occupaient dans leur pays d’origine. «Il est facile de voir qu’il y a une lacune dans le système qui permet aux nouveaux arrivants d’occuper un emploi rémunéré au pays», ajoute Mme Ilelaboye.

Philip S. S. Howard, chercheur et professeur adjoint au département d’Études intégrées en sciences de l’éducation de l’Université McGill à Montréal.

Accès à l’éducation

De plus, les migrants arrivent souvent avec d’importantes attentes en termes de réussite scolaire. N’empêche, «notre recherche a démontré que plus les personnes noires sont établies au Canada depuis longtemps, moins elles auront accès à l’éducation, indique Philip S. S. Howard. Les deuxièmes et troisièmes générations sont beaucoup plus touchées.»

Pourtant, chez les femmes, les non-immigrantes sont proportionnellement plus nombreuses à détenir un baccalauréat ou un grade supérieur que les immigrantes.


« Personnellement, je considère que le concept de résilience est cruel. »
Philip S. S. Howard

Résilience

Selon Statistiques Canada, la plupart des personnes noires présentent toutefois des taux élevés de satisfaction au travail, de même que des taux élevés de résilience.

«Personnellement, je considère que le concept de résilience est cruel, souligne Philip S. S. Howard. Il suggère que les personnes noires qui font face au racisme et à la violence doivent s’endurcir et se débrouiller, ce qu’on n’attend pas des autres communautés en général.»

Pour le chercheur, l’attention ne devrait donc pas se porter sur la résilience, mais plutôt sur les structures qui causent ces expériences et y remédier. «Il n’y a pas de solution simple, les gouvernements doivent repenser globalement la façon dont est dépensé l’argent et comment leurs politiques affectent les populations de couleur de manière disproportionnée», souligne Philip S. S. Howard.

Des bénévoles durant un événement de l’Association of all African Communities du Manitoba.
Foyers de soins longue durée

En soins de longue durée, chaque établissement doit suivre des règles qui assurent le bienêtre des ainés. Cependant, avec la hausse de risques chez ces derniers, spécialement lorsque des cas de COVID-19 sont découverts dans de telles résidences, le protocole est parfois vite oublié.
Emploi

LE DROIT (Ontario) – Le télétravail dans la fonction publique fédérale est là pour de bon. Il aura fallu une pandémie mondiale pour provoquer ce que de nombreux employés réclamaient depuis une décennie. Enfin, diront plusieurs, il est possible de travailler à la maison et d’éviter les interminables bouchons de circulation sur les autoroutes de la capitale du Canada.
Souveraineté alimentaire

LE GABOTEUR (Terre-Neuve-et-Labrador) – Bien qu’il ne soit peut-être pas conseillé de traverser les frontières en ce moment, des denrées alimentaires et d’autres produits de première nécessité entrent malgré tout dans la province. Ainsi, certaines personnes craignent que le virus puisse arriver dans la province et commencent à se demander d’où vient leur nourriture. Alors que le virus oblige Terre-Neuve-et-Labrador à réfléchir davantage aux origines de ce que la province mange, que fait-on, au juste, pour assurer la sécurité et la souveraineté alimentaire de la province?
Justice

FRANCOPRESSE – Comme les autres composantes de la société, les tribunaux doivent s’adapter à la nouvelle réalité imposée par la COVID-19. Déjà, la Cour fédérale entrevoit que certains changements seront adoptés de façon permanente. Le 22 mai dernier, la juge en chef adjointe de la Cour fédérale, Jocelyne Gagné, a présidé un webinaire intitulé La pandémie : accélération du virage technologique de la Cour afin de discuter des transformations en cours au sein de l’institution.
Santé mentale

FRANCOPRESSE – Que l’on pense aux étudiants et aux professeurs qui ont dû s’adapter aux cours virtuels, aux entrepreneurs qui ont dû fermer leur entreprise pendant deux mois, aux employés qui ont dû demander la prestation d’urgence du gouvernement fédéral ou aux travailleurs de première ligne qui doivent soigner les malades, la pandémie est devenue source de stress pour bien des Canadiennes et des Canadiens. Selon certains experts, la santé mentale pourrait elle aussi faire les frais de la pandémie, entrainant dépression, anxiété et stress posttraumatique. Cette vague a peut-être même déjà commencé.
Éthique

FRANCOPRESSE – Lorsqu’on écrira l’histoire de la pandémie de COVID-19 au Canada, la plupart des chapitres se dérouleront dans les établissements de soins de longue durée. Au début mai, l’Institut national sur le vieillissement de l’Université Ryerson de Toronto estimait que 82 % des quelque 6 000 décès reliés à la COVID-19 au Canada sont survenus dans ces établissements. La quasi-totalité des victimes sont des résidents alors que seulement quelques membres du personnel en sont morts.
Thanatologues

Entre le 15 janvier et le 19 mai, l’Ontario a enregistré 22 384 cas de COVID-19, dont 1919 décès. Comment les entrepreneurs en pompes funèbres ou les thanatologues tirent-ils leur épingle du jeu en ces temps de pandémie? Des experts de l’Est, du Sud et du Nord de la province témoignent.
Portrait d'entrepreneure

Présidente fondatrice de MécenESS, fondatrice de l’Institut social et d’Entreprise collective, ex-directrice générale du Conseil de la coopération de l’Ontario (CCO) : depuis 40 ans, Ethel Côté a fait de l’entrepreneuriat social son cheval de bataille, en toute solidarité avec la francophonie ontarienne.
LGBTQ+

Peu importe le genre, les facteurs de risque face à la COVID-19 sont à peu près les mêmes, mais l’orientation sexuelle peut rendre la situation plus problématique. Certains facteurs médicaux, sociaux et économiques touchent davantage les membres de la communauté LGBTQ+.
Théories du complot

ACADIE NOUVELLE (Nouveau-Brunswick) – Au moins un Canadien sur dix croit être l’objet d’un complot à propos de la COVID-19, selon les résultats préliminaires d’une étude menée auprès de 600 personnes par des chercheurs de l’Université de Sherbrooke au Québec. Comment raisonner votre parent complotiste? C’est presque impossible.
Agriculture

Les agriculteurs exercent un métier essentiel et, en pleine pandémie, leur labeur sera plus que jamais mis à contribution pour nourrir la population, aussi bien près de chez eux qu’à l’autre bout de la planète. Les producteurs saskatchewanais ne manqueront pas à l’appel et le branlebas de combat des semis printaniers a déjà pris son envol.
COVID-19

FRANCOPRESSE – La mort peut paraitre une épreuve insurmontable, surtout lorsqu’elle touche un être cher. Serait-ce encore plus vrai en temps de pandémie? D’est en ouest du Canada, les rites funéraires ont dû être adaptés pour respecter les nouvelles règles de quarantaine et de distanciation sociale qui font aujourd’hui partie du quotidien.
Provinces et territoires

FRANCOPRESSE – Malgré qu’ils aient été frappés par la pandémie de la COVID-19 à différents moments au cours de l’hiver, plusieurs pays, provinces, territoires et États semblent s’être concertés pour entamer à peu près en même temps le «déconfinement», ce néologisme qui s’est propagé dans l’espace francophone aussi vite que la maladie.
Histoire

FRANCOPRESSE – Imaginez avoir un rêve et l’audace nécessaire pour le réaliser, mais pas les moyens financiers. Les autorités qui pourraient le rendre possible refusent de vous aider. Puis, le pays ennemi vous donne toute la latitude souhaitée pour réaliser ce rêve. Et que votre rêve vous survive, et vive même encore 350 ans plus tard!
Territoires

Les résidents des territoires, déjà éprouvés par la crise de la COVID-19, voient la difficulté d’accéder à Internet s’ajouter au poids qui pèse sur leurs épaules. Non seulement les connexions disponibles sont de faible qualité, mais elles coûtent aussi très cher.
Immigration

L’EXPRESS (Toronto) – L’histoire du Canada est intimement liée aux flux migratoires. Les seuls «non-immigrants» sont les descendants des Premières Nations. La première d’une série de conférences sur l’immigration a d’ailleurs eu lieu à Ottawa en 1871, soit seulement quatre ans après la naissance du pays.
Métiers

L'AURORE BORÉALE (Yukon) – La métamorphose du travail se manifeste sous plusieurs angles. Certains travaillent de la maison, d’autres en contact direct avec la communauté. Pour tout le monde, la réalité a été modifiée, mais qu’en est-il de ces personnes qui travaillent dans des emplois désignés essentiels?
Imaginaire

Le Nord, l’Arctique, l’espace blanc: autant de termes qui nourrissent des fantasmes. Décrire cette zone souvent méconnue est complexe. Longtemps abordé sous un angle colonial, au détriment des cultures natives, le Nord a souffert au fil des années d’une description incomplète. Portrait d’un espace bien souvent mal interprété.
Sudbury

LE VOYAGEUR (Sudbury) – Plusieurs étudiants étrangers sont en quelque sorte coincés sur les campus depuis le début de la pandémie. Soit qu’ils ou elles n’ont pas eu l’occasion de rentrer chez eux, soit que ce n’était pas avantageux de le faire. Comme le reste de la population, chacun le vit différemment, mais leur situation entraine des défis bien particuliers. Le Voyageur en a discuté avec des étudiants étrangers qui vivent la pandémie à Sudbury, dans le Nord de l’Ontario.
Agriculture

AGRICOM (Ontario) – L’arrivée des travailleurs étrangers temporaires suscite beaucoup de questions depuis les dernières semaines, avec les mesures de confinement mises en place pour tout Canadien revenant de l’étranger. Le premier ministre, Justin Trudeau, a assuré aux producteurs et commerçants qu’il ne devrait pas y avoir de problème si les travailleurs effectuaient une quarantaine obligatoire de 14 jours à leur arrivée au pays.

Plusieurs communautés dans les Territoires du Nord-Ouest s’inquiètent de l’impact du réchauffement climatique sur leurs cimetières.
Pâques

FRANCOPRESSE – Historiquement religieuse, la fête de Pâques est aujourd’hui dominée en grande partie par son aspect commercial. Le chocolat a pris le dessus sur le jeûne du Vendredi saint et la messe dominicale, mais le congé pascal n’a pas forcément perdu toute sa symbolique. Martin Meunier, professeur de sociologie des religions à l’Université d’Ottawa, répond aux questions de Francopresse.
Alimentation

FRANCOPRESSE – Quels seront les effets à moyen et long terme de la crise de la COVID-19 sur les prix des aliments? Même les experts ont de la difficulté à répondre avec précision à cette question, tellement il y a d’éléments qui entrent en jeu : prix du pétrole, hausse des frais d’exploitation et des salaires dans les épiceries, restrictions de mouvement aux frontières, etc. Ils ont quand même accepté de jouer le jeu.
Impacts genrés

FRANCOPRESSE – Alors que la crise de la COVID-19 fait la Une de tous les médias, que les secteurs scientifiques et politiques luttent ensemble pour trouver les moyens d’en sortir, une réalité se laisse facilement oublier : les conséquences sociales de la pandémie touchent plus durement les femmes, dénoncent plusieurs expertes.
Médias

FRANCOPRESSE – La pandémie de la COVID-19 a entrainé une baisse substantielle et soudaine des revenus publicitaires des journaux et des radios communautaires francophones au Canada, au point de mettre en péril la situation financière de plusieurs médias.
COVID-19

Pour les parents d’enfants autistes de l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.), l’école à la maison est loin d’être une solution en période de confinement. Entre le manque de ressources pédagogiques et l’angoisse exacerbée des enfants, les familles tentent de relever le défi.
COVID-19

ÉDITION ANDRÉ PAQUETTE (Est ontarien) – Crise de COVID-19 ou non, les banques alimentaires de Prescott-Russell continuent leur travail, mais elles s’attendent à une augmentation de la demande dans les semaines à venir.
Ontario

La question des abattoirs irrite plus d’un fermier dans le Nord-Est de l’Ontario. Ils ne peuvent pas vendre leur viande dans les épiceries à grande surface ou les chaines d’alimentation rapide, car ces entreprises n’achètent que de la viande d’abattoirs inspectés par le fédéral, peu nombreux et éloignés. La viande d’animaux provenant d’abattoirs inspectés par la province, comme c’est le cas dans le Nord-Est, peut être distribuée uniquement en Ontario et seulement dans les épiceries indépendantes, les restaurants familiaux.