Ainsi, en Nouvelle-Écosse, lorsque l’on parle de phoque, c’est au phoque gris (halichoerus grypus) qu’on fait le plus souvent référence, puisque c’est cette population qui y est majoritairement présente.
Ainsi, en Nouvelle-Écosse, lorsque l’on parle de phoque, c’est au phoque gris (halichoerus grypus) qu’on fait le plus souvent référence, puisque c’est cette population qui y est majoritairement présente.

La vie des phoques à la loupe au large du Canada

Coline Tisserand
Le Gaboteur
LE GABOTEUR (Terre-Neuve-et-Labrador) – Phoque annelé, barbu, à capuchon, commun, gris ou encore phoque du Groenland… Différentes espèces de phoques sont présentes dans les eaux au large des côtes du Canada. Garry Stenson, chercheur scientifique et chef de la section des mammifères marins à Pêches et Océans Canada, nous aide à y voir plus clair.

Saviez-vous qu’il y a plus d’une espèce de phoque dans les eaux canadiennes? Selon Garry Stenson, ces précisions sont importantes.

«Quand on parle de phoques, la plupart des gens ne savent pas à quelle espèce elles font allusion, car elles n’ont pas conscience qu’il en existe plusieurs au Canada. Chacune a une population, une répartition, des habitudes alimentaires et des impacts très différents sur l’environnement.»

Ainsi, en Nouvelle-Écosse, lorsque l’on parle de phoque, c’est au phoque gris (halichoerus grypus) qu’on fait le plus souvent référence, puisque c’est cette population qui y est majoritairement présente.

À Terre-Neuve-et-Labrador, on chasse le phoque gris, mais on chasse surtout le phoque du Groenland (pagophilus groenlandicus). C’est plus à ce dernier qu’on fait le plus souvent référence dans la province, notamment quand on parle du phoque et de sa population abondante.

Les hauts et les bas des phoques du Groenland

Et on peut dire qu’en matière de phoque, Garry Stenson s’y connait : le chercheur à Pêches et Océans étudie ces bêtes poilues depuis 35 ans. S’il a choisi d’évoquer le phoque du Groenland (harp seal en anglais), c’est parce que c’est l’espèce la plus abondante.

Un phoque du Groenland adulte avec son petit.

«La population de phoque du Groenland est estimée en 2019 à environ 7,6 millions d’individus aujourd’hui, explique le spécialiste. En comparaison, le phoque à capuchon (dans les eaux de Terre-Neuve), qui arrive en deuxième position, en compte seulement 600 000.»

Si cette espèce se porte bien aujourd’hui — elle est au-dessus du niveau de référence de précaution fixé par Pêches et Océans pour une gestion selon une approche de précaution — cela n’a pas toujours été le cas.

À la suite d’une chasse commerciale intensive pour répondre à une forte demande de fourrures de la part du marché européen, les scientifiques ont observé un déclin important de l’espèce entre 1950 et 1970, évalué à l’époque à presque 50 %, mais revu aujourd’hui à la baisse avec les nouveaux modèles d’évaluation qui l’estiment plutôt entre 30 et 35 %.

Dans tous les cas, cette surexploitation a mené à l’instauration d’un système de quotas par le gouvernement canadien pour la conservation des phoques du Groenland en 1971. Depuis, les populations de phoques ont explosé.

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Soixante-dix ans de recherche

La recherche gouvernementale canadienne et l’évaluation des stocks de phoques ont débuté en 1950, notamment avec les travaux de Dean Fisher et David Sergeant, qui s’intéressaient surtout à l’évaluation du nombre de phoques pour assurer une bonne gestion des populations.

Les recherches de Pêches et Océans se sont depuis diversifiées.


« On s’intéresse à la question de l’exploitation durable des stocks, aux conséquences des changements climatiques ou encore aux phoques en tant que prédateurs et à leur incidence sur les environnements. »
Garry Stenson, chercheur à Pêches et Océans

Le chercheur parle volontairement d’environnements au pluriel, puisque les phoques migrent de l’Arctique canadien vers le sud pour se diviser en plusieurs troupeaux, qui mettent bas sur des aires de banquises différentes. Pour la population de phoques de l’Atlantique nord-ouest, la population qu’évoque le scientifique, les femelles rejoignent l’une des trois aires de mise bas à partir du mois de février.

Les troupeaux se répartissent du nord du golfe du Saint-Laurent (le plus petit troupeau) au milieu du golfe à proximité des iles de la Madeleine (30 % des individus) et dans la région du front, zone qui s’étend au large des côtes du sud du Labrador et du nord de Terre-Neuve (le plus gros troupeau, environ 70 % des phoques).

Chiffrer et modéliser les populations

C’est au moment de la mise bas que les scientifiques peuvent commencer leur comptage des jeunes phoques, principalement par dénombrement aérien. En survolant les trois aires de concentration de mise bas, ils peuvent estimer le nombre de petits présents sur la banquise.


« La surface que nous devons survoler est plus grande que les territoires de l’Angleterre, de l’Écosse et du Pays de Galles réunis. »
Garry Stenson, chercheur à Pêches et Océans

Ces estimations de blanchons [les petits du phoque] sont intégrées aux estimations des taux de reproduction et aux renseignements sur les captures afin de construire un modèle pour évaluer la taille de la population. Le modèle, constamment amélioré, permet de suivre les tendances de l’espèce.

D’après le chercheur, outre les quotas, qui ont permis d’éviter le pire aux populations de phoques au XXe siècle, d’autres facteurs ont des impacts sur leur évolution, dont le taux de reproduction des femelles et l’état de la glace, variables qui sont affectées par les changements climatiques.

Cependant, malgré les changements climatiques, la population augmente aujourd’hui de manière stable. La chasse est en déclin général depuis plusieurs années. Bien que le quota actuel soit de 400 000 phoques, seulement environ 60 000 phoques du Groenland sont chassés.

Dans la province, seulement 32 000 phoques de cette espèce ont été débarqués en 2019, une diminution de 46 % par rapport à 2018. La demande pour ce produit a fortement diminué, notamment avec la décision de l’Union européenne d’interdire la vente des produits dérivés du phoque en 2009.

Cette population abondante inquiète notamment les pêcheurs, concernés par la pression exercée par les phoques du Groenland sur les stocks de poissons, notamment le capelan et la morue arctique, dont se nourrit cette espèce.

*L’entretien avec Garry Stenson a été réalisé par le Gaboteur en mars 2020. Les données et informations ont été mises à jour pour ce dossier.