La professeure agrégée de l'Université TELUQ et professeure associée de l’Université Laurentienne, Isabelle Carignan.
La professeure agrégée de l'Université TELUQ et professeure associée de l’Université Laurentienne, Isabelle Carignan.

La littératie médicale, ou comment comprendre pour mieux se rétablir

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
LE VOYAGEUR (Ontario) – Une première recherche sur la littératie médicale auprès de patients de chirurgie cardiaque tend à démontrer un lien entre leur rétablissement et le niveau de compréhension de ce qui les attendait. La recherche montre aussi que les documents en français sont plus compliqués à comprendre que les documents en anglais.

Le terme «littératie médicale» fait référence «à toutes les habiletés dont les personnes ont besoin pour fonctionner dans le monde de la santé», explique Isabelle Carignan, professeure agrégée de l'Université TELUQ et professeure associée de l’Université Laurentienne.

Les compétences comprennent la lecture et l’écriture; la compréhension et l’interprétation des concepts; pouvoir parler avec les intervenants et les écouter; et développer certaines habiletés en mathématiques.

La recherche menée par Isabelle Carignan, a été faite à Sudbury avec l’aide du chirurgien cardiaque Rony Atoui. Quatorze des 33 répondants étaient francophones.

«C’est sûr que de mieux comprendre son état de santé, savoir ce qu’il faut mettre en place pour être capable par exemple de subir une chirurgie cardiaque et de mieux se rétablir, ça fait en sorte qu’on s’en sort certainement mieux. Donc ça a une influence positive sur le rétablissement des patients et la prise en charge de la santé», explique Isabelle Carignan, lors de la présentation de sa recherche au colloque La littératie à travers la vie scolaire, communautaire et familiale, organisée par le Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE).


« Il y a une corrélation entre le niveau de compréhension déclarée des patients et le fait de se sentir rassuré. [...] Plus les patients comprennent, moins ils sont anxieux. »
Isabelle Carignan, professeure agrégée de l'Université TELUQ et professeure associée de l’Université Laurentienne

Elle ajoute qu’éventuellement, il serait intéressant de mesurer leur véritable degré de compréhension, entre autres en introduisant un outil multimédia qui explique la chirurgie et comparer le niveau de compréhension. Elle attend d’ailleurs des nouvelles d’une subvention.

Par ailleurs, Isabelle Carignan a noté quelques différences selon le sexe ou l’âge. Par exemple, les femmes disaient, en général, moins bien comprendre avant la chirurgie, mais avaient un niveau de compréhension similaire après. Les patients plus jeunes étaient aussi plus anxieux.

Consultez le site du journal Le Voyageur

Complexité toute française

Isabelle Carignan a remarqué un certain niveau d’insécurité linguistique parmi les participants à l’étude. Sur les 14 participants qui avaient le français comme langue maternelle, seulement cinq ont choisi le questionnaire en français avant l’opération et huit après.

Elle n’est pas certaine de la raison pour laquelle plus de gens ont voulu répondre en français après. «Peut-être le fait qu’ils connaissaient un peu plus la recherche, peut-être que c’est lié au fait qu’ils se sentaient moins stressés après l’opération», avance la professeure.

Elle a aussi voulu mesurer l’efficacité de deux documents qui décrivent l’opération et remis à des patients en chirurgie cardiaque. Il s’agit du Blue Book, pour ceux qui sont opérés d’urgence, de Your Heart, Your Surgery et sa version française Votre cœur, votre opération.

L’analyse des trois documents a permis de constater que Votre cœur, votre opération était plus difficile à comprendre que sa version anglaise. L’indice de Gunning — une formule qui mesure le taux de lisibilité de textes — obtenu pour chaque document indique qu’il faut avoir terminé sa 9e année pour bien comprendre Your Heart, Your Surgery, mais qu’il faut avoir terminé sa 11e année pour comprendre la version française.

Le Blue Book est déjà considéré comme étant plus compliqué et l’analyse révèle effectivement qu’il faut une 11e année pour bien le comprendre.

Environ les deux tiers des participants à l’étude avaient un niveau d’éducation qui ne dépassait pas la 12e année.


« Ça démontre à quel point c’est important d’avoir des documents, dans le domaine de la santé notamment, qui soient compréhensibles, bien vulgarisés et bien traduits. »
Isabelle Carignan

Marie-Christine Beaudry, Ph.D. de l’Université du Québec à Montréal, Annie Roy-Charland, Ph.D. de l’Université de Moncton, Carly Buckner, Ph.D. de l’Université Laurentienne et Alexandre Nazair de l’Université de Moncton ont aussi travaillé à la réalisation de cette recherche.