La pandémie a affecté la vitalité de la francophonie en Alberta, d’après Sheila Risbud.
La pandémie a affecté la vitalité de la francophonie en Alberta, d’après Sheila Risbud.

Provinces récalcitrantes : l’Ouest espère «plus de dents» du gouvernement fédéral

Mélanie Tremblay
Mélanie Tremblay
Francopresse
FRANCOPRESSE – À l’aube des élections fédérales, les associations francophones de l’Alberta et de la Saskatchewan revendiquent que les transferts fédéraux aux provinces comprennent désormais des clauses pour les francophones et que ce changement soit inscrit dans la Loi sur les langues officielles modernisée. Pour les francophones de l’Ouest, cette mesure permettra d’assurer une reprise économique et communautaire forte, en plus de pallier la pénurie de main-d’œuvre francophone.

En Saskatchewan, la relance économique postpandémique passe par le recrutement de main-d’œuvre qualifiée. Or, celle-ci se fait particulièrement rare en français. Selon le président de l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF), Denis Simard, cet enjeu est directement lié à l’accès à l’éducation postsecondaire en français.

«On a des programmes d’éducation postsecondaire en français très limités ici. Donc, maintenir nos élèves qui sont finissants de la 12e année pour qu’ils puissent faire leur postsecondaire ici et ensuite faire partie de la main-d’œuvre de la Saskatchewan, ce n’est pas évident», précise-t-il.

La province compte deux établissements postsecondaires en français, soit le Collège Mathieu à Gravelbourg, qui offre dix programmes en français, et La Cité universitaire francophone de l’Université de Regina, qui offre quatre programmes en français.


« La majorité de nos jeunes qui veulent aller s’éduquer en français doivent le faire en dehors de notre province. Et là, on parle de recrutement pour les faire revenir chez nous. »
Denis Simard, président de l'ACF
Denis Simard, de l’ACF en Saskatchewan, croit que le Programme de contestation judiciaire (PCJ) devrait être enchâssé définitivement dans la Loi sur les langues officielles afin d’en assurer la pérennité.

Dans la province voisine, l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) espère que le parti qui prendra le pouvoir le 20 septembre assurera une place aux francophones dans la relance postpandémique.

«Dans le plan de relance de l’économie, on aimerait voir une lentille francophone pour reconnaitre les défis particuliers qu’ont les communautés francophones à se remettre sur pied après la pandémie», précise la présidente de l’organisme, Sheila Risbud.

Elle ajoute que la pandémie a aussi affecté la vitalité de la francophonie dans sa province.

«On s’est vraiment rendu compte que le fait français a souffert sous la pandémie parce que les gens n’ont pas pu se rencontrer. Tous les programmes qui étaient offerts à l’entour du milieu scolaire ont été affectés. Alors, la transmission de la langue a aussi été fragilisée», précise-t-elle.

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Mieux intégrer les immigrants francophones

Selon les données du recensement de 2016, le Manitoba, l’Alberta et la Saskatchewan comptent plus de 425 000 francophones, dont environ 20 % sont issus de l’immigration.

En Alberta seulement, l’ACFA estime que 30 % de la population francophone est issue de l’immigration.

Même si la province a un rôle important à jouer dans l’accueil et l’intégration des nouveaux arrivants francophones, la présidente de l’ACFA rappelle que le fédéral est également un acteur clé dans ce dossier.


« On aimerait non seulement augmenter les nombres, mais aussi s’assurer que les gens qui viennent ici aient accès à des services en français pour qu’ils puissent être attirés par nos régions comme une place où ils peuvent vivre en français. »
Sheila Risbud, présidente de l'ACFA
La présidente de l’ACFA, Sheila Risbud, souhaite que le plan de relance économique du prochain gouvernement inclue une lentille francophone afin d’aider la communauté à se remettre sur pied.

Son homologue de l’ACF en Saskatchewan, Denis Simard, abonde dans le même sens. Il souligne également les services en français doivent être à la hauteur de l’image que le Canada projette à l’étranger.

«Malheureusement, tout immigrant qui immigre au Canada, on leur [présente] le mythe du pays bilingue, on leur vend beaucoup une image que partout au Canada, on peut se faire servir dans les deux langues officielles. Donc, lorsqu’ils arrivent, on doit malheureusement leur apprendre la réalité. Ce n’est pas toujours le cas que tu peux te faire servir en français dans l’Ouest canadien, spécifiquement en Saskatchewan […] Donc il faut faire un grand travail d’éducation avec les nouveaux arrivants.»

Denis Simard rappelle que le gouvernement fédéral n’a jamais atteint la cible de 4,4 % d’immigrants francophones à l’extérieur du Québec qu’il s’est lui-même fixée en 2012.

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Des clauses linguistiques dans les transferts fédéraux

À l’instar de la plupart des organismes francophones du pays, le dépôt d’un projet de modernisation de la Loi sur les langues officielles dans les 100 jours suivant l’élection d’un nouveau gouvernement est une priorité pour l’ACFA et l’ACF.

Plus encore, l’ACFA accorde beaucoup d’importance à l’ajout de clauses linguistiques pour les transferts fédéraux vers les provinces dans une Loi modernisée.

«Ce qu’on voit dans les provinces, comme l’Alberta, où le gouvernement provincial ne rencontre pas ses obligations, on voit que le fédéral [pourrait avoir] plus de dents pour obliger que la province à faire quelque chose», précise Sheila Risbud en faisant référence aux difficultés financières du Campus Saint-Jean.

Le président de l’ACF abonde dans le même sens. Il souhaiterait en plus que le Programme de contestation judiciaire (PCJ) soit aussi enchâssé dans le nouveau projet de loi. Une façon, selon lui, d’éviter des jeux politiques à chaque changement de gouvernement.

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«Ce qui arrive depuis les derniers 10-12-15 ans, c’est qu’un certain parti, lorsqu’il arrive au pouvoir, élimine le Programme de contestation judiciaire parce qu’il ne trouve pas justifié que le gouvernement du Canada puisse financer des [procédures judiciaires] qui mettent en cause des lois du gouvernement du Canada.»

Denis Simard admet tout de même que si le nouveau projet de modernisation de la Loi sur les langues officielles est identique à celui déposé en juin dernier, il ne sera pas déçu.

«Ce qu’on aime, c’est que dans le projet de loi, il existe une clause stipulant que [la Loi] doit être revisitée tous les 10 ans […] Là, on sait que tous les dix ans, on aurait la chance de pouvoir aller négocier des modifications à la Loi, ce qui est rassurant», conclut-il.