Assemblée législative de Terre-Neuve-et-Labrador
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Les femmes dans la Chambre d’assemblée

Cody Broderick
Le Gaboteur
LE GABOTEUR (Terre-Neuve-et-Labrador) – Le mercredi 16 septembre, la Chambre d’assemblée a voté en faveur de modifications permettant aux députés d’amener les nourrissons au travail. Ce changement a été approuvé à l’unanimité et a été salué pour la création d’un environnement de travail ouvert et accessible aux femmes. Ce changement est dû en grande partie à Sarah Stoodley, ministre responsable des Affaires francophones. Curieux de savoir ce qu’elle avait à dire sur les femmes en politique à Terre-Neuve-et-Labrador, Le Gaboteur a demandé à Sarah Stoodley son avis.

Tout d’abord, félicitations pour la grossesse! Non seulement vous allez être une fière maman, mais vous avez également instauré des changements pour permettre aux députés d’amener les bébés au travail.

Merci beaucoup! C’est en fait la Commission du règlement qui a recommandé que des modifications soient apportées aux règles de la Chambre d’assemblée. Auparavant, toute personne présente (y compris un nourrisson) aurait été considérée comme un «étranger» et n’aurait été admise que si le président de la Chambre avait décidé d’«admettre les étrangers» au début de la journée. 

Suivant les recommandations de la Commission du règlement, la Chambre d’assemblée a accepté à l’unanimité de modifier une règle afin qu’un nourrisson puisse être amené à la Chambre avec son parent sans être considéré comme un «étranger».

Je prévois d’allaiter mon fils et de l’emmener avec moi pendant les premiers mois, puisqu’il dormira la plupart du temps (du moins je l’espère!).

Curieux de savoir ce qu’elle avait à dire sur les femmes en politique à Terre-Neuve-et-Labrador, Le Gaboteur a demandé son avis à la ministre responsable des Affaires francophones, Sarah Stoodley.

Quelles sont les barrières qui existent pour les femmes en politique et qui doivent être brisées?

Il existe de nombreux obstacles pour diverses personnes. En ce qui concerne les femmes, elles ont généralement de plus petits réseaux et sont moins à l’aise de ramasser des fonds, ce qui limite leur succès lorsqu’elles se présentent à des élections. 

En outre, même si ce n’est certainement pas le cas dans toutes les familles, ce sont bien souvent les femmes qui ont la responsabilité principale de la garde des enfants. 


« De nombreux hommes n’hésiteraient pas à laisser leurs enfants à la maison avec leur partenaire ou leur mère pour aller faire du porte-à-porte tous les jours et tous les soirs pendant un mois (c’est généralement ce qu’il faut faire), tandis que les femmes, à mon avis, sont moins enclines à demander à d’autres personnes d’assumer la responsabilité de la garde de leurs enfants. »
Sarah Stoodley, ministre responsable des Affaires francophones

Il existe aussi d’autres obstacles. Par exemple, il n’est pas nécessairement possible pour une personne à faible revenu d’accumuler suffisamment de jours de vacances pour prendre trois ou quatre semaines de congé pendant la campagne, ou de prendre un congé non rémunéré. 

Il se peut aussi qu’un employeur n’accepte pas qu’un employé prenne un mois de congé à court préavis. Je ne m’imagine même pas à quel point il doit être difficile de faire campagne et de se présenter à une élection quand on a des problèmes d’accessibilité ou une déficience visuelle.

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Pourquoi pensez-vous que les femmes sont sous-représentées dans la politique de Terre-Neuve-et-Labrador?

Je pense que les femmes sont sous-représentées parce qu’elles hésitent à poser leur candidature. En politique, il y a beaucoup de violence et de harcèlement, en particulier dans les médias sociaux. Peu importe ce que vous faites, il est peu probable que vous réussissiez à satisfaire plus de la moitié de la population. 

Et faire du porte-à-porte, c’est un véritable défi : 


« Lorsque j'ai fait du porte-à-porte pour la première fois l’an dernier, environ huit ou dix personnes m’ont dit qu’elles ne voteraient pas pour moi parce que je suis une femme! J’ai également discuté avec une vingtaine de femmes qui m’ont dit qu’elles ne votaient pas, qu’elles laissaient cela à leur petit ami ou à leur mari. »
Sarah Stoodley, ministre responsable des Affaires francophones

Malgré le chemin parcouru, quelles sont des solutions possibles pour obtenir une plus grande représentation féminine à la Chambre d’assemblée?

Je fais partie du comité spécial de la Chambre d’assemblée sur la réforme démocratique et il s’agit d’un des défis dont nous discutons. Dans certains pays, par exemple, on offre aux femmes candidates des incitatifs monétaires plus importants pour qu’elles se présentent. 

Il est important que les femmes et les jeunes femmes voient d’autres femmes occuper des postes de direction. 

J’ai grandi à Grand Falls-Windsor et Anna Thistle a été notre députée à la Chambre d’assemblée pendant la plus grande partie de mon enfance. Ma grand-mère me disait toujours que j’étais «une vraie politicienne», je me demande si c’est ce qui a nourri mon intérêt pour la politique et m’a donné la confiance nécessaire pour me présenter.

Vous êtes la preuve vivante que le fait d’avoir plus de femmes en politique entraine des changements politiques. Que pensez-vous que les femmes peuvent apporter au domaine politique que les hommes ne peuvent pas?

Je ne pense pas que ce soit les femmes contre les hommes. L’important est plutôt d’avoir une représentation élue qui est le reflet de la société. 

Bien souvent, les hommes ne voient pas le monde de la même manière que les femmes, tout comme je ne vois pas le monde de la même manière que certains de mes collègues plus âgés, qui sont en fin de carrière. 


« Nous avons besoin de gens possédant différentes connaissances, ayant vécu différentes expériences et appartenant à différents profils démographiques pour représenter au mieux les habitants de Terre-Neuve-et-Labrador. »
Sarah Stoodley, ministre responsable des Affaires francophones

Avez-vous des conseils à donner aux filles et aux femmes qui espèrent être élues un jour?

Je les encouragerais à se bâtir des réseaux et à atteindre un certain niveau de réussite professionnelle avant de se présenter. 

Personnellement, le fait de savoir que j’avais des compétences dans des domaines autres que la politique, auxquels je pouvais revenir, m’a donné beaucoup de confiance. Je ne recommanderais à personne de faire carrière uniquement en politique. 

Nous avons besoin de spécialistes techniques, de personnes qui travaillent en enseignement, en soins infirmiers, en agriculture, en ingénierie, en travail social, en rédaction, de tout le monde.