La décision d’Élections Canada de ne pas ouvrir de bureaux de vote sur les campus cette année en raison de la pandémie soulève de nombreuses inquiétudes auprès des représentants de la communauté étudiante.
La décision d’Élections Canada de ne pas ouvrir de bureaux de vote sur les campus cette année en raison de la pandémie soulève de nombreuses inquiétudes auprès des représentants de la communauté étudiante.

La communauté étudiante «frustrée» de ne pas pouvoir voter sur les campus

Mélanie Tremblay
Mélanie Tremblay
Francopresse
FRANCOPRESSE – Le taux de participation des 18 à 24 ans aux deux dernières élections fédérales a été le plus bas enregistré par Élections Canada parmi toutes les tranches d’âge. La décision de l’organisme de ne pas ouvrir de bureaux de vote sur les campus cette année en raison de la pandémie soulève de nombreuses inquiétudes auprès des représentants de la communauté étudiante.

Mathilde Thériault se souvient d’avoir vu de nombreux étudiants exercer leur droit de vote sur le campus de l’Université de Moncton lors du scrutin de 2019. Déçue, la présidente de la Fédération des étudiantes et étudiants du Campus universitaire de Moncton (FÉÉCUM) ne remet toutefois pas en question la décision d’Élections Canada de ne pas tenir le programme de vote sur campus cette année.

«On comprend les raisons et le contexte […], mais c’est sûr que ça n’enlève pas notre frustration par rapport à la décision.»

La FÉÉCUM devra redoubler d’efforts afin de bien informer les étudiants qui devront exercer leur droit de vote à l’extérieur du campus selon la présidente de l’organisme, Mathilde Thériault.

Déjà, à l’automne 2020, Élections Canada avait pris la décision de ne pas tenir le programme de vote sur campus en raison «de la complexité que représente ce programme dans un contexte de pandémie», explique l’organisme dans un courriel à Francopresse.

Faute de connaitre la date exacte des élections et de savoir si les étudiants seraient de retour sur les campus en raison des conditions sanitaires, Élections Canada a choisi de «réaffecter les ressources nécessaires au programme de vote sur campus à d’autres programmes qui nous aideraient à mener l’élection».

En juillet dernier, l’organisme annonçait l’évaluation de diverses options pour offrir des services de vote sur les campus aux prochaines élections, tout en précisant que dans le cas où elles seraient déclenchées à court terme, la décision de l’automne 2020 serait maintenue.

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Inquiétudes quant aux taux de participation

La décision déplait à la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF) et à la Fédération des communautés francophones et acadiennes (FCFA) du Canada qui ont exprimé leur désaccord par voie de communiqué.

«On comprend le contexte dans lequel se tiennent ces élections, mais on parle ici de jeunes qui se préparent à exercer leur droit de vote pour la première fois. On veut leur faciliter la tâche au maximum pour que ce soit une expérience positive qu’ils aient le gout de refaire aux élections suivantes. On n’y parviendra pas sans mesures adaptées et, surtout, sans s’assurer qu’ils soient au courant de ces mesures», déplore la présidente de la FCFA, Liane Roy, dans le communiqué.

La présidente de la FCFA, Liane Roy, se dit déçue de la décision d’Élections Canada et craint qu’elle n’affecte la décision des jeunes électeurs d’aller exercer leur devoir de citoyen.

Pour cette raison, la FÉÉCUM redoublera d’efforts afin d’offrir aux étudiants le plus d’informations possible sur les diverses façons de voter.

«On va avoir une campagne pour démystifier tout ce qui entoure le vote : où se trouvent les bureaux, quels bus il faut prendre pour se rendre dans ces bureaux-là. Ce sont des informations importantes à faire circuler vu qu’il n’y aura pas de programme de vote sur le campus», précise la présidente Mathilde Thériault.

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Les 18 à 24 ans votent le moins

Le taux de participation le moins élevé des trois dernières élections a été enregistré chez les électeurs de 18 à 24 ans — 55 % en 2011, 67 % en 2015 et 68 % en 2019 — tout juste derrière les 25 à 34 ans.

Afin de favoriser le vote chez les jeunes, Élections Canada a démarré en 2015 un projet pilote de vote sur campus en ouvrant des bureaux de scrutin dans 39 établissements postsecondaires du pays. Plus de 69 000 personnes avaient alors utilisé ce moyen pour exercer leur droit de vote.

En 2019, le programme a été offert sur 109 campus d’établissements postsecondaires et a permis à plus de 110 000 personnes de voter.

Afin de favoriser l’intérêt du vote chez les jeunes, la FJCF a reçu le mandat de ses membres, en 2015, de travailler avec les élus pour faire abaisser l’âge du vote à 16 ans au Canada.

«On croit dur comme fer au sentiment d’appartenance à la démocratie canadienne […] Pour développer ce sentiment d’appartenance, il faut pouvoir comprendre le système», affirme la présidente de l’organisme, Sue Duguay.

La présidente de la FJCF, Sue Duguay, craint «que l’absence des bureaux de vote spéciaux affecte drastiquement les capacités de vote pour les étudiant.e.s, ce qui pourrait affecter leurs habitudes de vote au long terme».

C’est pour cette raison que dans son mémoire déposé en 2016 au Comité spécial sur la réforme électorale, l’organisme demande qu’un programme d’éducation civique obligatoire soit développé, en accord avec les provinces.

La FJCF a développé en parallèle le projet «Né.e pour voter», qui a pour but d’éduquer les jeunes au vote pendant les campagnes électorales.

«Pour ceux et celles qui pensent que leur “vote est inutile”, c’est important de démystifier ce message-là, de faire comprendre que chaque vote compte. Ça s’arrime donc avec le reste de nos revendications, comme l’abaissement de l’âge du vote à 16 ans et l’éducation civique», ajoute Sue Duguay.

La FJCF utilise les médias sociaux pour aller rejoindre les jeunes pendant la campagne électorale.

À lire aussi : Deux projets de loi pour établir le droit de vote à 16 ans destinés à mourir au feuilleton

Le projet de loi pour faire abaisser l’âge du vote à 16 ans de la sénatrice Marilou McPhedran, déposé en 2020, et celui de la députée du Parti vert Elizabeth May, déposé en mars dernier, sont morts au feuilleton avec le déclenchement des élections.