À la suite du message d’un parent préoccupé, le Canadian Energy Center (CEC) dénonce sur sa page Facebook le traitement réservé à cette dernière dans le dessin animé.
À la suite du message d’un parent préoccupé, le Canadian Energy Center (CEC) dénonce sur sa page Facebook le traitement réservé à cette dernière dans le dessin animé.

En Alberta, la famille Bigfoot agace le gouvernement

Mélodie Charest
Le Franco
LE FRANCO (Alberta) – Le film d’animation franco-belge La famille Bigfoot provoque l’ire du Canadian Energy Center en Alberta. La corporation provinciale, dont le mandat est de promouvoir l’industrie énergétique de la province, dénonce ce qu’elle qualifie de «désinformation sur l’industrie pétrolière et gazière» véhiculée dans le film. La famille Bigfoot raconte l’histoire d’une famille de Bigfoot qui lutte contre une compagnie pétrolière de l’Alaska.

Dès les premières minutes du film, l’ambiance est posée. Dans une vallée de l’Alaska, un loup affamé et un lièvre arctique cessent leur poursuite pour constater les dégâts de l’industrie pétrolière. Ici, la préoccupation pour le désastre environnemental, causé par l’entreprise fictive X-Trakt, fait oublier aux animaux leurs vieilles luttes…

Préoccupé par le sort de cette vallée, Jim Harrison quitte sa maisonnée de l’Oregon pour rejoindre un petit groupe de militants écologiques alaskains. Sa femme et leur jeune fils, Adam, sont inquiets de le voir s’embarquer dans cette aventure. Il faut dire que Jim, comme son fils, est un bigfoot (ou Sasquatch) ; une créature mythique aux grands pieds et aux pouvoirs de guérison.

Jim disparait mystérieusement. Adam et sa maman décident alors de monter à bord de leur fourgonnette pour rejoindre l’Alaska. Bien que X-Trakt affirme que son pétrole est inoffensif pour l’environnement, ce que découvriront les personnages est tout autre…

Une fois sur les lieux, la mère d’Adam disparait à son tour, ce qui plonge Adam dans une double opération de sauvetage : celle de ses parents et celle de la vallée. En infiltrant la compagnie, il y découvre qu’elle prévoit de larguer une bombe dans un forage pour faire remonter le pétrole, et ce malgré les risques. «Plus ça pète, plus ça rapporte!» lance le chef de la pétrolière.

Une réaction explosive 

En Alberta, on ne rigole pas avec l’image de l’industrie pétrolière. À la suite du message d’un parent préoccupé, le Canadian Energy Center (CEC) dénonce sur sa page Facebook le traitement réservé à cette dernière dans le dessin animé.

Le CEC juge que la production «méprise les travailleurs de l’énergie et dénigre le bilan et l’engagement de l’industrie en matière de protection de l’environnement». L’opération de bombardement du film ne reflète pas les vraies méthodes d’extraction.

Consultez le site du journal Le Franco

Bien que le film se déroule aux États-Unis, le CEC a lancé une invitation à remplir une lettre, disponible sur leur site Web, destinée à Lindsey Scully, responsable des communications de Netflix Canada.

Cette lettre, intitulée Tell The Truth Netflix! a pour but de lutter contre la désinformation entourant cette industrie et demander à Netflix de «raconter la véritable histoire de l’industrie pétrolière et gazière». En date du 8 avril 2021, cette initiative avait recueilli plus de 3500 signatures.


Le CEC a lancé une invitation à remplir une lettre, disponible sur leur site Web, destinée à Lindsey Scully, responsable des communications de Netflix Canada.

La lettre rappelle que l’industrie «a dépensé 28,1 milliards de dollars pour la protection de l’environnement entre 2006 et 2018, comparativement à toutes les autres industries canadiennes combinées à 39,6 milliards de dollars».

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La cellule de guerre

Le Canadian Energy Centre, une société d’État indépendante, porte également le surnom de Energy War Room (cellule de guerre). Créé par le gouvernement Kenney, le CEC a pour mandat de «promouvoir le Canada comme fournisseur de choix pour répondre à la demande mondiale croissante d’énergie produite de manière responsable», peut-on lire sur leur site Web.

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Jason Kenney, premier ministre de l'Alberta, dénonce la désinformation et accuse le film de mentir.

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Kenney se prononce 

Le 16 mars, le premier ministre albertain, Jason Kenney, affirmait en conférence de presse que les Albertains et tous ceux préoccupés par les travailleurs de cette industrie ont «tous les droits de mettre en lumière ce genre de mensonges».

Il dénonce la désinformation et accuse le film de mentir et de participer «à ce genre de diffamation vicieuse en accusant les compagnies pétrolières (…) d’être une mafia conspiratrice qui assassine des gens, y compris des enfants. Je pense que c’est très grave».

Tout comme le CEC, Jason Kenney s’inquiète que le film affecte la compréhension et la vision de l’industrie pétrolière et gazière des enfants. Pour reprendre les mots du CEC : «les enfants sont le futur, ils méritent la vérité». Le premier ministre se préoccupe des conséquences d’un message partagé dans le film au sein de la communauté européenne face à cette industrie.

Malgré l’obstination du gouvernement albertain à défendre son industrie pétrolière, plusieurs études mettent en évidence le caractère polluant de l’extraction du pétrole dans les sables bitumineux. L’année dernière, un fond financier norvégien avait abandonné ses investissements dans ce secteur de l’Alberta.

Le CEC, Netflix, nWave Pictures Sa/NV (l’entreprise de production du film) n’ont pas donné suite aux demandes d’entrevue du journal Le Franco.

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