Drapeau de la Nouvelle-Écosse
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Élections en Nouvelle-Écosse : encore quelques jours de suspense

Marc Poirier
Marc Poirier
Francopresse
FRANCOPRESSE – Mardi prochain, 17 aout, la Nouvelle-Écosse deviendra la cinquième province canadienne à tenir une élection en temps de pandémie. Ces élections marquent surtout le retour de trois circonscriptions acadiennes qui avaient été abolies sous les néodémocrates.

Le chef libéral de la Nouvelle-Écosse, Iain Rankin a hérité d’un gouvernement avec une faible majorité lorsqu’il a succédé, en février dernier, à Stephen McNeil, qui avait été premier ministre pendant sept ans et cinq mois. À la suite du départ de la députée Margaret Miller, en mai dernier, le gouvernement libéral est devenu minoritaire par un siège.

Iain Rankin a donc le défi de donner à son parti un troisième gouvernement majoritaire consécutif, ce qui ne s’est pas vu depuis les années 1980 en Nouvelle-Écosse. Et il a choisi de le faire en plein été, alors que la pandémie de COVID-19 n’a pas encore dit son dernier mot.

Selon le politologue de l’Université St. Francis Xavier, Yvon Grenier, le facteur «pandémie» ne sera à l’avantage ou au désavantage des libéraux. Mais, la participation populaire risque tout de même d’en prendre pour son rhume.

Le fait de tenir des élections pendant la pandémie est-il risqué pour le premier ministre Rankin? Le politologue de l'Université St. Francis Xavier, Yvon Grenier, ne le croit pas. Mais ça ne l'avantagera pas non plus.

«La dernière fois, [le taux de participation] était d’un peu plus de 53 %, souligne-t-il. Ce serait symboliquement désastreux si on passait sous la barre des 50 %. Le fait que c’est l’été affectera davantage la participation que la pandémie.»

Les progressistes-conservateurs sont les mieux placés pour ravir le pouvoir aux libéraux. Tout comme Iain Rankin, le chef progressiste-conservateur, Tim Houston, en est à sa première campagne électorale. Afin de pouvoir former un gouvernement majoritaire, son parti devra faire un gain de 11 sièges.

Le Nouveau Parti démocratique, au pouvoir de 2009 à 2013, a bien de la difficulté à retrouver ses heures de gloire, avec seulement cinq sièges. Une lourde tâche pour son chef Gary Burrill, qui mène son parti pour une seconde campagne électorale.

Le retour des circonscriptions protégées

Ces élections marquent le retour de trois circonscriptions acadiennes dites «protégées», qui avaient été abolies en 2012 par le gouvernement néodémocrate. Après une longue bataille judiciaire, une commission spéciale a recommandé le retour de trois des quatre circonscriptions acadiennes abolies : celles de Richmond, au Cap-Breton, Clare et Argyle, dans le Sud-Ouest de la province, ainsi que le retour de la circonscription de Preston, en banlieue d’Halifax, où est concentrée une population aux origines diversifiées.

Contrairement à Preston, où les trois candidats sont noirs, ceux des trois circonscriptions acadiennes rétablies proviennent de divers milieux. Les électeurs acadiens auront le choix selon Marie-Claude Rioux, directrice générale de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE). «On ne dit pas qu’un non-Acadien ne peut pas se présenter comme candidat. Ce qu’on voulait, c’est de donner la chance aux Acadiens d’élire quelqu’un de leur choix.»

La santé et la modernisation de la Loi sur les services en français sont parmi les grandes priorités de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse, estime sa directrice générale, Marie-Claude Rioux.

Le politologue Yvon Grenier croit que les libéraux remporteront deux des trois circonscriptions acadiennes et que l’issue pour Preston est incertaine. «Les circonscriptions qui ont été modifiées pour faire de la place aux nouvelles pourraient surprendre, en particulier dans le Sud-Ouest de la province», soutient-il.

La FANE, qui a mené la lutte pour le retour des trois comtés acadiens, a déposé une requête devant la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse pour la création d’une quatrième circonscription acadienne, soit à Chéticamp, au Cap-Breton. Un combat qui s’annonce de longue haleine.

Santé et droits linguistiques au cœur des préoccupations des francophones

Selon la FANE, ce sont les enjeux de santé qui sont à la tête des préoccupations des électeurs acadiens, comme c’est le cas pour la population néoécossaise en général.

«Mais en Acadie de la Nouvelle-Écosse, cette problématique est encore plus aigüe. Parce que, quand on parle de déficit de services de soins de santé, que ce soit dans les foyers de personnes âgées, santé mentale, etc., ç’a un impact encore plus grand chez les Acadiens de la Nouvelle-Écosse», avance Marie-Claude Rioux.

La modernisation de la Loi sur les services en français est également un enjeu majeur pour la FANE. Au milieu des années 2010, le gouvernement néodémocrate de Darrell Dexter — le même qui avait aboli les circonscriptions protégées — a dilué l’importance de l’Office des Affaires acadiennes et Francophonie au sein de l’appareil gouvernemental. «Il a enlevé tous les pouvoirs de la direction des affaires acadiennes, qui avait un statut de sous-ministre et en a fait une “vassale”», souligne Marie-Claude Rioux.

Depuis ce changement, la FANE tente de, non seulement ramener les pouvoirs perdus, mais aussi d’aller plus loin. «Moi je trouve qu’on est patients assez ; on n’a pas crié assez fort encore. Cinq ans plus tard, je veux un engagement des différents partis que ça allait devenir une priorité pour eux», ajoute la directrice générale de l’organisme.

Justement, la FANE a sondé les principaux partis politiques sur ce sujet. En général, tous les partis affirment reconnaitre l’importance de la communauté acadienne et des services en français. Certains ont souligné les gestes qu’ils ont posés pour l’avancement du fait français, mais seuls les libéraux s’engagent clairement à moderniser la Loi sur les services en français selon la FANE.

Le président de la Chambre de commerce francophone de Halifax, Martin Théberge, estime que les partis politiques en Nouvelle-Écosse tiennent la communauté francophone pour acquise.

L’économie et la communauté acadienne

Si les services en français et la langue prennent beaucoup de place, l’économie n’est pas en reste. La Chambre de commerce francophone de Halifax (CCFH) a identifié trois priorités touchant la communauté d’affaires et les organismes francophones de la capitale.

La première, plus générale, vise à ce que la relance économique post-COVID-19 soit plus inclusive, c’est-à-dire qu’elle englobe les travailleurs et travailleuses autonomes et les petites entreprises, et ne soit pas limitée à des secteurs-clés comme le tourisme.

Selon la CCFH, le prochain gouvernement doit remédier à une grande lacune, soit l’absence de programme de formation, de mentorat ou de coaching en français. Elle souhaite également que la province se dote de cibles précises pour ce qui a trait à l’immigration francophone, afin de pallier les pénuries de main-d’œuvre, présentes et futures.

Le président de la Chambre de commerce francophone, Martin Théberge, estime que l’électorat acadien n’est pas reconnu comme il le devrait par les politiciens. «La communauté francophone est là, elle est très présente, mais je crois sincèrement qu’elle est tenue pour acquise. J'entends le premier ministre actuel à plusieurs reprises parler de la communauté noire et de la communauté autochtone, et même parfois de la communauté gaélique du Cap-Breton, mais c'est très très rare qu'on l'entende parler de la communauté francophone. C'est dommage.»

Le sprint final de ces élections est en cours ; il ne reste que quelques jours aux électeurs et électrices des 55 circonscriptions pour faire leur choix.