Le chef néodémocrate, Jagmeet Singh, a présenté son parti comme une opposition efficace qui a su forcer le gouvernement Trudeau à être plus généreux envers les victimes économiques de la pandémie.
Le chef néodémocrate, Jagmeet Singh, a présenté son parti comme une opposition efficace qui a su forcer le gouvernement Trudeau à être plus généreux envers les victimes économiques de la pandémie.

Congrès du NPD : Entre débats restreints et indifférence des libéraux

Marc Poirier
Marc Poirier
Francopresse
FRANCOPRESSE – Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a tenu son congrès annuel virtuellement du 9 au 11 avril. Ce devait être l’occasion pour le parti en quatrième position à la Chambre des communes, avec 24 sièges, de se démarquer des libéraux qui occupent de plus en plus d’espace sur l’échiquier politique. Les militants risquent toutefois plutôt de retenir les pépins techniques, les échauffourées et des résolutions parfois surprenantes.

La formation avait un défi de taille avant même d’entamer ses discussions : son congrès avait lieu en même temps que celui du parti au pouvoir.

Dans son discours aux militants, le chef du NPD, Jagmeet Singh, a fortement attaqué les libéraux, les qualifiant «d’amis des ultrariches et des grandes compagnies pharmaceutiques».

Il a aussi critiqué le gouvernement Trudeau pour sa gestion de la pandémie : «Nous ne sommes pas tous dans le même bateau. Nous sommes tous dans la même tempête. Certains d’entre nous sont dans des canots de sauvetage qui fuient, alors que d’autres sont sur des yachts. Les libéraux continuent de se ranger du côté de ceux qui sont sur des yachts.»

Jagmeet Singh a tiré également quelques boulets sur les conservateurs d’Erin O’Toole, se moquant de leurs tentatives de se positionner comme les «amis» des travailleurs.

«Les conservateurs ne sont pas les amis des travailleurs lorsqu’ils leur refusent l’accès à l’assurance-médicaments ou à des congés de maladie payés. Et ils ne sont certainement pas leurs amis quand ils rendent la syndicalisation plus difficile», a clamé Jagmeet Singh.

Le chef néodémocrate a tenté de présenter son parti comme étant celui qui a forcé le gouvernement libéral à être plus généreux dans son aide aux victimes économiques de la pandémie. Un couteau à double tranchant, croit la politologue Stéphanie Chouinard, professeure adjointe en sciences politiques au Collège militaire de Kingston.

«Le discours de Singh, c’était de dire que toutes les bonnes choses que Trudeau a faites depuis le début de la pandémie, c’est parce qu’il [le NPD] était là pour les pousser dans le dos. Mais il ne donnait pas d’indication solide que demain matin, il aimerait mieux être au-devant de la parade plutôt que de pousser dans le dos du gouvernement», souligne la politologue.

Stéphanie Chouinard, professeure adjointe en sciences politiques au Collège militaire de Kingston.

Des débats sur les politiques ardus qui ont frustré les militants

Les quelque 2 000 délégués inscrits à ce congrès virtuel s’attendaient à débattre d’environ 70 résolutions. Or, seule une fraction de celles-ci a finalement abouti à un vote.

Les discussions se sont butées à de nombreux problèmes techniques, ainsi qu’à de multiples points d’ordre ou points de privilège. Plusieurs délégués ont contesté les décisions prises par les présidents et présidentes des sessions.

Parmi les résolutions acceptées : l’augmentation du salaire minimum, non pas à 15 $ comme l’indiquait la résolution originale, mais à 20 $, adoptée à 80 % ; une autre, controversée, visant à suspendre la vente d’armes à Israël «jusqu’à ce que les droits des Palestiniens soient respectés» et à imposer des sanctions contre les colonies israéliennes jugées «illégales».

D’autres résolutions plus audacieuses — «radicales et farfelues» juge Stéphanie Chouinard — ont été écartées avant même l’ouverture du congrès, comme l’abolition des Forces armées canadiennes, la nationalisation de l’industrie automobile et le rejet de tout projet d’énergie fossile.

Quelques propositions adoptées sont similaires à certaines retenues lors du congrès libéral, comme la création d’un revenu de base garanti, la mise sur pied d’un régime national d’assurance-médicaments, l’amélioration des soins de longue durée, des investissements majeurs dans une relance verte et de rendre permanents les congés de maladie payés accordés pendant la pandémie.

Selon Stéphanie Chouinard, cette «concordance» risque de favoriser davantage les libéraux : «Dans une circonstance où, actuellement, les Canadiens semblent avoir plus d’appétit pour un gouvernement qui prend un peu plus de place, ça risque d’être les libéraux qui vont bénéficier de ces bonnes idées-là, même si ça fait des années et des années que ces idées-là sont portées dans l’arène publique par les néodémocrates.»

Le chef néodémocrate, Jagmeet Singh, a présenté son parti comme une opposition efficace qui a su forcer le gouvernement Trudeau à être plus généreux envers les victimes économiques de la pandémie.

Le silence des libéraux

L’un des faits marquants du congrès néodémocrate n’a toutefois pas eu lieu au congrès du NPD, mais bien à celui des libéraux : le fait que le premier ministre, Justin Trudeau, ait attaqué avec fougue les conservateurs et les bloquistes tout en ignorant totalement les néodémocrates a énormément retenu l’attention.

«D’une part, c’est effectivement un signal qu’on ne perçoit pas les néodémocrates comme l’opposition vis-à-vis de laquelle on doit se distancier, analyse Stéphanie Chouinard. Mais c’est aussi le fait d’une trop grande proximité en termes de politiques entre les libéraux et les néodémocrates.»


« Ça devient de plus en plus malaisant et de plus en plus difficile pour les libéraux et les néodémocrates de démontrer auprès de l’électorat quelle est la différence entre les deux partis. Donc, ça n’était pas avantageux pour M. Trudeau de parler des néodémocrates dans son discours dans ce contexte-là. »
Stéphanie Chouinard, professeure adjointe en sciences politiques au Collège militaire de Kingston

Enfin, Jagmeet Singh a facilement survécu au vote sur son leadeurship. Environ 87 % des délégués ont voté contre le déclenchement d’une course à la direction. Il avait obtenu près de 91 % d’appui lors du congrès de 2018.

Le parti a remboursé ses dettes de campagnes électorales et se dit fin prêt pour un appel au scrutin. Reste à voir si le pari de porter le parti encore plus à gauche tiendra jusque-là, ou si on le verra tirer davantage vers le centre.