Un peu moins d’un élève sur trois de la 7e à la 12e année au Nouveau-Brunswick a vapoté dans le mois précédant une enquête fédérale de 2018-2019.
Un peu moins d’un élève sur trois de la 7e à la 12e année au Nouveau-Brunswick a vapoté dans le mois précédant une enquête fédérale de 2018-2019.

Cigarettes électroniques : vers l’interdiction des liquides aromatisés

Cédric Thévenin
Acadie Nouvelle
ACADIE NOUVELLE (Nouveau-Brunswick) – Les députés néobrunswickois ont adopté à l’unanimité un projet de loi libéral pour interdire les liquides à vapoter aromatisés. Le gouvernement progressiste-conservateur souhaite seulement y ajouter quelques amendements mineurs en troisième lecture.

«C’est certain que c’est une victoire, s’est réjoui le porte-parole libéral en matière de santé, Jean-Claude D’Amours, député à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick de la circonscription d’Edmundston-Madawaska-Centre et ancien député à la Chambre des communes du Canada. C’est très rare qu’un projet de loi d’un député puisse avancer comme ça, comparé à ceux des ministres.»

L’élu a indiqué avoir reçu les six amendements que le gouvernement souhaite apporter au projet de loi 17. Il a désiré prendre le temps de les vérifier et laisser l’exécutif les présenter la semaine prochaine.

«C’est vraiment des éléments mineurs pour clarifier les termes de la loi, a précisé Jean-Claude D’Amours. Ma plus grande inquiétude concerne l’énumération des arômes, car il y en a des milliers et leurs noms peuvent changer facilement. Par exemple, la vanille peut devenir vanille française puis vanille française allégée, etc.»

Le député a aussi préféré rester prudent, à cause de possibles amendements dont les progressistes-conservateurs pourraient ne pas l’avoir informé.

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Des changements rapides


« Le gouvernement s’est engagé à faire en sorte que ce projet de loi reçoive la sanction royale avant la fin de cette session, c’est-à-dire pendant les deux premières semaines de juin. »
Jean-Claude D’Amours, député à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick (circonscription d’Edmundston-Madawaska-Centre)

M. D’Amours fait valoir que l’interdiction de la vente de liquides aromatisés pourrait avoir des conséquences sur le taux de vapotage chez les jeunes de la province.

Selon un sondage réalisé par la Société canadienne du cancer, presque tous les jeunes âgés de 16 à 24 ans ont commencé à fumer en utilisant du liquide à vapoter aromatisé. Par ailleurs, la moitié des membres de cette tranche d’âge aimant ce type de produit ont déclaré qu’ils abandonneraient la cigarette électronique sans lui.

Un peu moins d’un élève sur trois de la 7e à la 12e année au Nouveau-Brunswick a vapoté dans le mois précédant une enquête fédérale de 2018-2019. La proportion des utilisateurs assidus est toutefois certainement plus faible (12 % d’entre eux ont vapoté tous les jours ou toutes les semaines au Canada).

Les scientifiques ignorent encore l’existence de conséquences graves pour la santé causées par le vapotage.

Environ 2700 patients souffrant de lésions aux poumons ont dû être hospitalisés aux États-Unis et 60 en sont morts en 2019. Le problème était cependant davantage causé par la consommation de dérivés de cannabis achetés au marché noir que par la cigarette électronique, selon un chroniqueur de Québec Science, Jean-François Cliche.

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Une nicotine addictive

Des effets négatifs sont en revanche certains, comme la dépendance à la nicotine. Chez les adolescents, elle peut provoquer des problèmes de concentration, de mémoire et de développement cérébral, ainsi qu’une augmentation de l’impulsivité, selon Santé Canada.


« Avec les saveurs, ça crée une dépendance, puis les jeunes se mettent à fumer des cigarettes. »
Jean-Claude D'Amours

Le porte-parole francophone de l’Association des représentants de l’industrie du vapotage, Daniel Marien, s’est cependant montré sceptique devant le projet de loi des libéraux du Nouveau-Brunswick.

«S’il passe, ça va rendre impossible la vente de produits aromatisés sur le marché légal et très règlementé, mais ça ne va rien changer chez les jeunes qui se fournissent [notamment] grâce au marché illicite sur internet», a-t-il expliqué.

La législation de la province interdit déjà l’achat de cigarettes électroniques et de liquide à vapoter aux personnes de moins de 19 ans. C’est d’ailleurs pour ça que les libéraux ont écarté l’option de l’élévation de l’âge légal pour s’en procurer, selon M. D’Amours.

Toutefois, seul un quart des jeunes Canadiens fumant la cigarette électronique l’ont obtenue auprès d’un détaillant ou en ligne. La majorité d’entre eux se fournissent auprès de proches plus âgés, selon une étude fédérale.

Une démarche sélective

«On parle aussi de pénaliser des fumeurs de cigarettes adultes qui pourraient trouver une alternative à 95 % plus sure pour eux [avec la cigarette électronique aromatisée]», regrette néanmoins M. Marien.

La Coalition des droits des vapoteurs du Québec a par ailleurs souligné l’existence de produits aromatisés dans les magasins d’alcool et de cannabis. C’est le cas chez Alcool NB (qui vend de la vodka au gout de framboise, par exemple) et chez Cannabis NB.

Pourtant, l’âge moyen de la première consommation d’alcool au Canada est de 13 ans, selon une enquête fédérale. Celui de la première consommation de cannabis est de 14 ans.

«On peut essayer de regarder les autres choses qui existent, admet M. D’Amours au sujet des produits aromatisés. Au moment opportun, nous pourrons considérer d’autres projets de loi. Mais pour l’instant, je n’en suis pas là. Nous nous concentrons sur le vapotage.»