Amir Attaran est professeur à l’Université d’Ottawa, déclencheur de polémique après avoir tenu des propos controversé sur le Québec.
Amir Attaran est professeur à l’Université d’Ottawa, déclencheur de polémique après avoir tenu des propos controversé sur le Québec.

Affaire Attaran : pas d’excuses de l’Université d’Ottawa ni de sanctions

Daniel Leblanc
Le Droit
LE DROIT (Ottawa) – L’Université d’Ottawa continue de se dissocier des propos controversés de l’un de ses professeurs au sujet du Québec et son recteur déplore «de telles déclarations hautement polarisantes et sans nuances qui surviennent trop souvent dans la sphère publique et particulièrement sur les plateformes des médias sociaux», mais l’institution ne compte pas s’excuser ni imposer de sanctions comme le réclamait le chef du Parti québécois (PQ).

Avec Louis-Denis Ebacher et Jean-Simon Milette, Le Droit

Le leadeur du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a publié sur Facebook et Twitter lundi matin la réponse que lui a transmise le recteur Jacques Frémont à la suite de la lettre ouverte qu’il lui a acheminée vendredi et qui a entre autres été publiée dans Le Droit.

Demandant des excuses et des sanctions, le chef du PQ déplorait la décision de l’établissement de ne pas agir relativement «aux nombreuses déclarations intolérantes et diffamatoires» d’Amir Attaran, rappelant que les déclarations de ce dernier durent depuis plusieurs mois.

«Il est surprenant que votre université ferme les yeux sur de tels propos stigmatisants et dénigrants envers les Québécois alors qu’elle a fait de la lutte à l’intolérance et au racisme une priorité qui frôle parfois le zèle au cours de la dernière année», a entre autres écrit le leadeur politique dans sa missive.

«La liberté d’expression n’est pas un buffet»

Or, 72 heures plus tard, même si le recteur affirme qu’il «comprend et respecte le fait que des Québécois soient offusqués, voire offensés par de tels propos», il ne va pas jusqu’à répondre directement à la demande du PQ.

«Nombreux sont celles et ceux, dont j’en suis, qui se désolent devant le ton vindicatif et les attaques personnelles sur les Twitter de ce monde. Par ailleurs, la liberté d’expression n’est pas un buffet où on choisit les cas où le discours est acceptable et où il ne l’est pas», lui répond entre autres Jacques Frémont, répétant du même coup que l’Ud'O s’est dissociée des propos du professeur dès les premières heures de cette controverse et que ce dernier exprime son opinion personnelle.

Le chef du PQ s’insurge de la réponse du recteur de l’Ud’O Jacques Frémont (en photo), jugeant qu’il banalise la situation.

«Il pourra continuer son Québec-bashing», déplore le chef du PQ.

Une décision qui donne «froid dans le dos»

La professeure Verushka Lieutenant-Duval, qui avait elle-même été impliquée dans une controverse de nature raciste l’automne dernier, a fortement critiqué l’absence de sanctions de l’Ud'O envers M. Attaran.

Rappelons que Mme Lieutenant-Duval avait été suspendue par l’institution scolaire pour avoir prononcé le «mot en N» dans un contexte éducatif pendant l’un de ses cours le 23 septembre dernier.

À lire aussi : Ce qu’on fait quand on utilise le «mot en n»

«Si Attaran s’en tire sans sanction, alors que ses propos sont racistes, et que moi, pour avoir fait mon travail, dans un cours où mon syllabus avait un avis annonçant qu’il y aurait des contenus sensibles au programme, cette position de l’UO fait froid dans le dos! […] Je suis absolument outrée!»

M. Attaran n’a pas tardé à répliquer à Mme Lieutenant-Duval par le biais de son compte Twitter, parlant d’«une femme blanche célèbre pour avoir utilisé le “mot en N”» qui dénonce «un homme appartenant à une minorité qui prend la parole pour s’opposer au racisme».

Consultez le site du journal Le Droit

Le PQ s’insurge

Le chef du PQ s’insurge de la réponse de M. Frémont, jugeant qu’il banalise la situation.

«À en croire le recteur Frémont, les expressions “suprémaciste blanc”, “nation spécialement raciste”, “cerveau desséché”, “lynchage médical”, “retardés” et le ciblage constant des Québécois seraient une forme de liberté d’expression normale, un comportement banal qui ne mérite pas de sanctions ni d’excuses. […] Amir Attaran pourra donc continuer son Québec-bashing et le déversement de toute sa haine antiquébécois en toute quiétude», a-t-il réagi.

Autant dans trois messages publiés sur Twitter que dans sa lettre, le recteur et vice-chancelier de l’Ud'O affirme que l’institution condamne «les propos vindicatifs, l’incivilité et les généralisations outrancières envers quiconque, spécialement ceux fondés sur ce que les gens sont, leur couleur, leur langue, leur origine ou toute caractéristique personnelle», ajoutant que «cela ne sert pas les valeurs de rigueur, de nuance et de tolérance que nous souhaitons transmettre à nos étudiantes et étudiants et que nous voulons partager avec toutes les communautés avec lesquelles nous travaillons quotidiennement».


« Je tiens à réaffirmer le profond attachement de l’Université d’Ottawa à l’endroit de la Francophonie, de la société québécoise et des communautés francophones du Canada. »
Jacques Frémont, recteur de l'Université d'Ottawa

Quant au professeur Attaran, il a jeté de l’huile sur le feu avec un autre commentaire sur Twitter à la suite de la sortie publique de l’Université, décochant une flèche envers le PQ et le Québec.

«Salut les péquistes, pas de chance. Vous ne recevrez pas d’excuses et je ne serai pas discipliné. Ce n’est pas parce que le Québec a une liberté académique inférieure (par exemple, l’affaire Andrew Potter) que les mêmes intimidateurs [browbeating] ethnocentriques produisent aussi des résultats en Ontario», a-t-il écrit dans l’un de ses nombreux gazouillis du jour.

Pas d’autres commentaires

Invité par Le Droit à s’expliquer davantage, Jacques Frémont a décliné notre demande d’entrevue.

Le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, qui a dénoncé à maintes reprises les propos de ce professeur ainsi que l’inaction de l’Université, n’a quant à lui pas souhaité en rajouter lundi.

Dans un gazouillis sur son compte Twitter samedi, il affirmait qu’il était heureux que de tels propos soient maintenant largement dénoncés et «qu’on n’a clairement pas à se laisser insulter comme ça».

Le professeur Attaran n’a pas tardé à lui répondre.

«Vraiment, qui se préoccupe de ce que vous pensez? Parce que vous faites partie d’un gouvernement suprémaciste blanc de la CAQ qui choisit de nier l’existence du racisme systémique. Vous êtes du mauvais côté de l’histoire et vous devrez un jour expliquer à vos petits-enfants pourquoi vous êtes raciste», a-t-il écrit.

Le député de Pontiac et leadeur parlementaire de l’opposition officielle, André Fortin, a lui aussi indiqué qu’il ne commenterait pas l’affaire Attaran.

À la Chambre des communes

Le dossier a aussi rebondi jusqu’à la Chambre des communes à Ottawa alors que le député et leadeur à la Chambre du Bloc québécois, Alain Therrien, a fait une déclaration à ce sujet.

«Monsieur le président, il y a une minorité au Canada sur laquelle on peut toujours proférer des propos haineux sans la moindre conséquence. Je parle évidemment des Québécois. Le plus récent exemple nous vient d’un professeur de l’Université d’Ottawa qui pense que le Québec est raciste. Il a affirmé que le premier ministre du Québec est un suprémaciste blanc. Rien de moins. Il a dit que le Québec était l’Alabama du Nord. Il a accusé plus spécifiquement les “pures laines”, d’être des suprématistes blancs. Rien que ça, monsieur le président. Monsieur le président, cet individu s’appelle Amir Attaran. Il ne subira aucune conséquence, parce qu’au Canada, le Québec bashing, c’est permis et ça peut même être payant. Mais je veux au moins le nommer, parce qu’au nom de beaucoup de Québécois, je tiens à ce qu’il soit officiellement inscrit dans les annales et l’histoire parlementaire du Canada qu’Amir Attaran est un francophobe et un ignorant», a-t-il lancé.

La réponse du recteur Jacques Frémont par gazouillis  

L'un des gazouillis du recteur sur la controverse survenue à la suite des propos du professeur Amir Attaran.

«Déçu» et «désolé»

En conférence de presse à Trois-Rivières, lundi, les premiers ministres Justin Trudeau et François Legault se sont montrés peu impressionnés par les propos controversés du professeur, et l’absence de condamnation par le recteur Frémont.


« En tant que Québécois, je suis toujours désolé quand des gens tentent de partager des déclarations-choc pour avoir de la publicité. Ça va faire, le Québec bashing. »
Justin Trudeau, premier ministre du Canada

François Legault s’est dit «déçu de voir que le recteur n’a pas condamné» les propos du professeur.

«Ce n’est pas acceptable», s’est-il exclamé.

Le député fédéral de la circonscription de Pontiac, Will Amos, a côtoyé le professeur Attaran «pendant des années» à la Faculté de droit de l’Ud'O. Il a voulu garder ses distances vis-à-vis la controverse.

«Ce n’est pas dans les priorités de mes commettants. La priorité de mes concitoyens, c’est la COVID, la pandémie. Ils ne veulent pas être distraits par le professeur. J’ai une relation personnelle là-dedans, alors je préfère ne pas entrer dans cette magouille-là. Le Bloc (québécois) va toujours entrer dans la chicane, alors moi je vais leur céder ce terrain-là», a-t-il dit.