Denis Lord
Denis Lord

Parler d’assimilation prévient-il contre l’assimilation ? : Du bon usage de l’interdisciplinarité et des études comparées en francophonie minoritaire

Denis Lord
Francopresse
Les études sur les francophones en milieu minoritaire souffrent de leur assujettissement au régime linguistique canadien. C’est du moins le postulat avancé par un stagiaire postdoctoral à l’Institut d’études acadiennes, Mathieu Wade, lors du 85e congrès de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS) qui se tenait à Montréal en mai.

Mathieu Wade participait à un colloque qui visait à explorer les apports potentiels de l’interdisciplinarité et de la comparaison dans l’étude des francophonies.

Si le sociologue convient que la précarité financière des milieux de recherche restreint la diversité des champs d’études, il estime que l’interdisciplinarité s’avère excessive. « Dès qu’on s’intéresse un peu aux minorités francophones, avance-t-il, on est amené à avoir des notions de linguistique, de sociologie et de droit. Il faudrait qu’on développe davantage nos spécificités disciplinaires pour comprendre la francophonie de façon plus nuancée et complexe. »

En outre, les champs d’études comparées ou interdisciplinaires sont ténus, contraints, circonscrits par le droit linguistique canadien, déplore Mathieu Wade. « En francophonie canadienne, illustre-t-il, on parle très peu d’inégalités socioéconomiques ou entre les genres, des thèmes qui, lorsqu’on est sociologues, structurent les débats contemporains. On ne parlait jamais d’immigration avant qu’elle ne devienne un enjeu linguistique. J’appelle à l’indépendance disciplinaire, mais aussi à l’indépendance vis-à-vis du régime linguistique canadien. En tant que sociologue, je veux être libre de parler d’étalement urbain, par exemple. »

Des réseaux de recherche

L’analyse de Chantal White, qui a aussi participé au colloque, est diamétralement opposée. « Mon constat, c’est que l’interdisciplinarité peine à s’imposer », affirme la professeure au département d’études françaises de l’Université Sainte-Anne (Nouvelle-Écosse).

Le grand projet de recherche Le français à la mesure d’un continent, cité par Mme White, va heureusement à l’encontre de ce cloisonnement. Richement subventionné, procédant des études comparées et de l’interdisciplinarité, ce groupe de travail réunit 13 co-chercheurs et 88 collaborateurs. S’ajoutera, dès l’automne à l’Université Sainte-Anne un nouveau programme de maîtrise en cultures et espaces francophones basé sur les études comparées et interdisciplinaires, tenant à la fois des études françaises et des sciences sociales.

Joel Belliveau, pour sa part, est professeur d’histoire à l’Université Laurentienne. Il rappelle que la thématique du colloque est née dans la foulée du 25e anniversaire de la revue Francophonies d’Amérique, revue qui a comblé un manque dans le dialogue entre disciplines, entre régions.

M. Belliveau souligne également l’apport du Réseau de recherche sur la francophonie canadienne, qui, depuis plusieurs années, organise dans le cadre des congrès de l’ACFAS des colloques consacrés à la francophonie. L’an prochain pour une première fois, la rencontre annuelle du Réseau aura lieu hors de l’ACFAS et vraisemblablement aussi hors du Québec, chez un membre de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC).

Apports

Concrètement, la convergence des sciences et des régions appuie-t-elle le rayonnement des communautés francophones ? Oui, affirment Chantal White et Joel Belliveau. Elle rappelle que la solution des centres communautaires pour renforcer les communautés provient des études comparées. Elle cite en outre une étude comparative de l’anthropolinguiste Michelle Daveluy sur les mariages exogames en Amazonie et en Alberta. Cette étude trace un comportement parallèle dans les deux régions dans le rejet de la langue minoritaire à l’adolescence et d’un retour ultérieur vers celle-ci.

Quant à Joel Belliveau, il avance que les recherches de Linda Cardinal (Université d’Ottawa) et d’Eric Forgues (Institut canadien de recherches sur minorités linguistiques) ont permis la mise en place d’outils dans l’offre active, la gouvernance et les services gouvernementaux.